Rameau et Mendelssohn à la fête

L’Arion Orchestre Baroque photographié en janvier 2020
Photo: Bibliothèque personnelle d'Arion Orchestre Baroque L’Arion Orchestre Baroque photographié en janvier 2020

Arion et l’Orchestre Métropolitain ont mis en ligne en fin de semaine de nouvelles vidéos de concerts qui offrent un fort contraste de répertoire.

Le programme « Musique pour les soupers du Roy » d’Arion Orchestre baroque, dirigé par Mathieu Lussier, en ligne depuis vendredi et pour trois semaines, a été tourné au Gesù le 8 janvier.

Cette captation se démarque notablement de ce que nous vivons depuis le 30 septembre, puisqu’elle a été la première à bénéficier de la présence dans la salle des autres travailleurs de l’institution, une demande de Mathieu Lussier accordée par la Santé publique. « Les travailleurs (y compris les travailleurs bénévoles reconnus par l’employeur) ne sont pas considérés comme des membres du public », a précisé, mardi, la Dre Marie France Raynault de la Santé publique au Devoir. Il est ainsi possible à une poignée de gens liés à l’institution de tenir lieu d’auditoire lors des tournages, de rompre la froideur clinique de l’ambiance et de permettre aux musiciens de jouer pour des gens. Il se pourrait que, pour les concerts de Rafael Payare à venir, l’OSM se prévale de cette possibilité en invitant dans la salle les musiciens qui ne jouent pas sur scène.

Relaxer la musique

Dans le cas d’Arion, le stress palpable lors des deux précédentes webdiffusions fait place à un jeu plus détendu et confiant dans ce programme baroque français dont Rameau est la vedette. En pratique, on ne voit rien de la présence de la dizaine de personnes et on ne les entend pas applaudir. C’est le soutien moral qui compte, l’envie de jouer et l’élan donnés aux instrumentistes. Arion a aussi porté attention à la mise en forme du concert : intervention des musiciens, images d’œuvres d’art de l’époque. Le Gesù permet d’accueillir le nombre de musiciens requis par le programme (la scène de Bourgie aurait été trop petite). Par contre, sur le plan sonore, les défis sont les mêmes : une grande salle vide, cela réverbère. L’oreille finit par s’y habituer.

Le second programme est celui de l’Orchestre Métropolitain. Yannick Nézet-Séguin dirige « De Berlin à Buenos Aires », avec Born by the River de la compositrice canadienne Karen Sunabacka, les Quatre saisons de Buenos Aires de Piazzolla et la 5e Symphonie de Mendelssohn. Blake Pouliot, soliste en résidence, est excellent dans le Piazzolla, qu’on associe en général aux Quatre Saisons de Vivaldi, citées à plusieurs reprises. Mais le clou du spectacle est la Symphonie « Réformation » de Mendelssohn, Yannick Nézet-Séguin semblant trouver désormais dans ce dernier un chant profond qui fait défaut à son enregistrement discographique avec l’Orchestre de chambre d’Europe. Cette interprétation hymnique aux justes tempos est un vrai bonheur.

Cette semaine, mardi, nous attendons le deuxième concert de Rafael Payare à l’OSM. Le soliste en sera Charles Richard-Hamelin dans le 24e Concerto de Mozart. Nous entendrons également une œuvre de Sofia Goubaïdoulina et la suite de Ma mère l’Oye. On espérait que Payare impose un changement de culture conduisant à la présentation du ballet intégral de Ravel, d’autant que Ma mère l’Oye est donné en « pièce de résistance » du concert.

Pour ceux qui vont fureter à l’étranger, le Metropolitan Opera a annoncé deux semaines de diffusion gratuite débutant ce lundi par le Carmen de 2014 avec Anita Rachvelishvili. À ne pas manquer, Norma de Bellini avec Sondra Radvanovsky, Joyce DiDonato et Joseph Calleja (mercredi 20) ; La Walkyrie de Robert Lepage dirigé par James Levine (dimanche 24) ; Le comte Ory de Rossini avec Diana Damrau, Joyce DiDonato, Juan Diego Flórez, Stéphane Degout et Michele Pertusi (mardi 26) et, surtout, une immense surprise, Le vaisseau fantôme capté le 10 mars 2020. Il s’agit de la première du spectacle mis en scène par François Girard, dirigé par Valery Gergiev. Ce spectacle devait être ensuite diffusé en « Live HD » et nous ne savions pas que son unique représentation avant le confinement avait été préservée en vidéo. Elle sera montrée le vendredi 29 janvier.