Faut-il moduler la distanciation des musiciens sur scène?

Selon une nouvelle étude menée en Bavière, le rayonnement d’impulsion mesuré vers l’avant de la flûte traversière atteint deux mètres.
Photo: Centres hospitaliers universitaires (CHU) de Munich et d’Erlangen Selon une nouvelle étude menée en Bavière, le rayonnement d’impulsion mesuré vers l’avant de la flûte traversière atteint deux mètres.

Une nouvelle étude sur l’optimisation de la distanciation des musiciens au sein de l’orchestre introduit une différenciation accentuée selon les instruments et une variabilité en largeur et en profondeur.

L’étude rendue publique mardi par les centres hospitaliers universitaires de Munich et d’Erlangen, en Bavière, qui travaillent avec l’Orchestre de la Radio bavaroise dans le cadre d’une enquête soutenue par le ministère de la Culture et de la Science de Bavière, porte sur la dispersion des aérosols par les trompettistes, flûtistes et clarinettistes.

Ces recherches amènent à conclure que les distances dans l’orchestre pourraient être inférieures à celles actuellement recommandées, et en vigueur au Québec, mais en distinguant latéralité et profondeur. Cette différenciation était déjà apparue cet été dans les investigations sur le chant choral. D’ailleurs, le professeur Stefan Kniesburges, du CHU d’Erlangen, déjà impliqué dans des protocoles avec le Chœur de la Radio bavaroise, avaitpréconisé la distinction latéralité et profondeur en juillet.

Dans le cadre de cette nouvelle étude, un dispositif a été conçu pour suivre la propagation, lors de la pratiqueinstrumentale, de substances préalablement inhalées au moyen de cigarettes électroniques.

Ces nuages d’aérosols « marqués » ont été suivis et ont montré les caractéristiques du rayonnement de chaque instrument vers l’avant. « Pour latrompette et la clarinette, nous avons mesuré des distances moyennes de 0,9 m entre la bouche et le nuage. Certains musiciens atteignant 1,5 m, la distance de sécurité de 2 m vers l’avant semble raisonnable. Pourla flûte traversière, cependant, lerayonnement d’impulsion mesuré vers l’avant atteint 2 m. Par conséquent, une sécurité de 3 m semble plus raisonnable.

Par contre, le rayonnement sur le côté étant inférieur à 1 m pour tous les musiciens, une distance latérale de 1,5 m semble suffisante », a déclaré le professeur Matthias Echternach, du CHU de Munich. Son collègue Stefan Kniesburges ajoute : « Les données ne concernent que la propagation directe par auto-impulsion pendant le jeu. Pour la sécurité des musiciens, il est important que les aérosols soient également retirés de la pièce de façon permanente afin qu’ils ne s’accumulent pas. »

On en revient donc à la question de la ventilation, et les chercheurs avouent que « en ce qui concerne les conditions réelles de répétition et d’exécution de la musique, des études complémentaires sont nécessaires ».

Normer la ventilation et la filtration des aérosols va être un défi des mois à venir. Mais la voie ouverte par l’étude Munich- Erlangen est fort prometteuse, car le concept « d’aérosols marqués » pourrait ouvrir la porte à une méthodologie pour suivre leur propagation et leur distribution dans un espace.

Quant aux musiciens, ils se réjouissent. Non seulement se rapprocher de 50 centimètres va faciliter l’écoute mutuelle, mais « la simple réduction de l’espacement latéral des instruments à vent nous permettrait d’interpréter à nouveau un répertoire beaucoup plus vaste », a déclaré Nikolaus Pont, directeur de l’Orchestre symphonique de la Radio bavaroise.

Au Québec, la norme est de 1,5 m entre les instrumentistes à cordes, percussionnistes, harpes et instruments à clavier, et de 2 m pour les vents. Elle est en vigueur depuis la fin août, où elle a remplacé le 2 m généralisé.

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