Alexandre Shelley, magistral!

Alexander Shelley, directeur musical de l’Orchestre du Centre national des arts
Photo: Dwayne Brown Studio Alexander Shelley, directeur musical de l’Orchestre du Centre national des arts

Vous voulez vivre un moment avec l’OSM comme vous n’en avez pas eu depuis les passages d’Alain Altinoglu, Rafael Payare ou Lorenzo Viotti ? Alors, branchez-vous sur le concert en ligne depuis mardi soir. Le chef invité est Alexander Shelley, directeur musical de l’Orchestre du Centre national des arts. Sa présence au Canada pendant cette seconde vague est une aubaine pour bien des institutions.

Dans un préambule qu’il aurait dû oser partager entre la langue française et l’anglais, Alexandre Shelley rappelle l’activité de chef d’orchestre de Richard Strauss et la leçon musicale que l’on peut tirer de ses enregistrements, très sobres sur le plan expressif. « Il ne faut pas rajouter du sucre au sucre », résume le chef anglais avant de diriger les Quatre derniers lieder et Mort et transfiguration, séparés par la Valse triste de Sibelius.

Objectivité bien placée

Le simple énoncé d’une « recette » ne nous préparait pas, toutefois, au choc d’un Mort et transfiguration exceptionnel. Hors du commun, car même à travers les haut-parleurs transparaissent le travail sur la texture des cordes, la tension et la saturation harmonique, éléments fondamentaux lorsque l’effet de montée d’adrénaline ne résulte d’aucune concession expressive.

Comme Jacques Lacombe, Alexandre Shelley adopte une approche « objective », plus droite, de la musique. Mais, contrairement à Lacombe, il ne cherche jamais lapidairement à nous prouver le bien-fondé de sa démarche : la musique coule avec une souplesse et un naturel beaucoup plus évidents.

On attendait évidemment cette esthétique appliquée à l’introduction du quatrième des Derniers lieder, « Im Abendrot », si souvent ralenti par les interprètes. Shelley en ressent la parfaite respiration, qu’il tente de faire adopter à l’orchestre, très majoritairement convaincu. Mais c’est en ces moments de risque et d’exposition à quelque chose d’inédit que manque le soutien de la présence du public. Ce dernier porterait aussi Adrianne Pieczonka, dont la voix est excellente, à davantage d’émotion.

Entre deux, la Valse triste de Sibelius, jamais enlisée, est abordée avec beaucoup de finesse. L’OSM nous a promis d’espacer lors de la mise en ligne le commentaire musicologique subséquent pour laisser un plus grand silence après l’œuvre. On notera que l’OSM a finalement adopté l’éclairage de la salle (spots le long des balcons) utilisé par l’OM et Yannick Nézet-Séguin, qui ajoute de la vie aux plans du chef en contre-plongée. Par contre, plusieurs éclairages sur l’orchestre sont un peu insuffisants.

Alexander Shelley dirigeait également dimanche en direct l’Orchestre symphonique de Québec. Ce concert, comprenant la Symphonie minute de José Evangelista, Pezzo Capriccioso et Variations sur un thème rococo de Tchaïkovski avec Yegor Dyachkov et Shéhérazade de Rimski-Korsakov, est présenté gratuitement sur YouTube. On se familiarise petit à petit avec le son plus sec du Grand Théâtre. Le concert (un vrai, avec une entrée hasardeuse dans le 2e mouvement de Shéhérazade autour de 1 h 10 min) est très bon sans être impérissable.

On notera qu’alors que les organismes, ici, tentent au mieux de vendre leurs concerts, de nombreuses institutions internationales (Metropolitan Opera, Opera de Vienne, Philharmonie de Paris) se sont mises à apporter à nouveau de l’eau au moulin de la gratuité, ce qui brouille un peu le message attendu sur la valeur des choses.

Bach, la suite

Depuis le concert d’ouverture, le Festival Bach a ajouté deux programmes unis par plusieurs dénominateurs communs : la qualité de la présentation, de la mise en forme, des prises de vues et du rendu sonore.

Dimanche, Clavecin en concert jouait à Notre-Dame-de-Bonsecours dans une formation clavecin, violoncelle et marimba. La présence du marimba pose à notre avis un problème difficile à résoudre, car cet instrument très sonore tend à prendre le pas sur les autres. À vrai dire, même si le prix attractif des diffusions du Festival (9 ) invite à la découverte, nous ne saurions recommander ce programme qu’aux amateurs convaincus de marimba.

Tout au contraire, la soirée concoctée lundi par l’Orchestre de l’Agora et Nicolas Ellis s’adresse à tous. Excellente idée de la part du Festival de faire confiance à ces jeunes musiciens qui n’avaient aucune réputation particulière dans la musique baroque. Leur programme regroupant le Concerto grosso op. 6 no 7 de Corelli, la Suite orchestrale « Les nations » et le Concerto pour alto, en sol majeur, TWV 51 : G9 (avec Marina Thibeault) de Telemann ainsi que la 3e Suite orchestrale de Bach a été travaillé avec envie et ferveur (écoutez « Les Moscovites » des « Nations », près de 46 min 30 !). On aurait aimé que ce message lumineux puisse aussi toucher quelques personnes dans la salle, mais son humanité et sa chaleur crèvent l’écran et les haut-parleurs.

L’enregistrement à la salle Bourgie manque un peu d’impact, mais flotte beaucoup moins que d’autres (Arion récemment). Comme à l’OSM, l’éclairage sur scène est plutôt tamisé, sans doute, ici, pour renforcer les vitraux et les couleurs du balcon. Concert vraiment recommandé.