S’arrimer d’amour aux rimes riches de Clémence DesRochers

«Maintenant, je suis peintre», déclare Clémence DesRochers en direct de son bord de lac.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Maintenant, je suis peintre», déclare Clémence DesRochers en direct de son bord de lac.

Belle idée. En guise de doux retour à la scène, le Théâtre de la Ville à Longueuil propose « L’histoire de mes chansons », une série de quatre « spectacles entretiens ». Beau programme : conversation menée par Monique Giroux avec un parolier célébré, performances d’interprètes choisis. Ça devait se faire devant public parsemé. Zone rouge oblige, ça se fera finalement pour les caméras seulement, avec accès virtuel chaque jeudi soir de novembre. En parallèle, Le Devoir propose quatre entrevues en autant de semaines. Cette semaine, l’unique Clémence DesRochers.

Clémence, au téléphone, donne des nouvelles d’elle. « Ça va très bien, c’est une belle période de ma vie parce que j’ai rien à faire. » Et Clémence d’énumérer ses riens. « Je fais le ménage de l’automne, les branches tombées, les cocottes. On a beaucoup de pins. Les écureuils cette année nous garrochent des aiguilles de pin. Je coupe aussi beaucoup de fougères. Je suis dehors, beaucoup. Il fait beau. Tiens, c’est ça que je fais. Je fais beau. Il y en a qui font dur, moi je fais beau. »

Clémence. Notre Clémence. Inénarrable, épatante, vive, vivace, vivante, drôle, transparente, adorablement dangereuse, jouissivement chialeuse, éternellement gamine, géniale Clémence DesRochers. Avec elle, on est toujours à petite distance de la poésie chansonnière, jamais loin du monologue. Elle n’écrit plus de spectacles, mais dès qu’elle ouvre la bouche, c’est du Clémence.

« Je ne fais plus de spectacles sur scène, mais je suis encore “artisse”. » C’est exprès, elle disait le mot comme ça sur scène, pour en accentuer le caractère populaire. Et parce que ça rimait avec Coulisse, surnom de sa compagne Louise Collette dans l’une de ses nombreuses incarnations (l’Acheteuse !), dans son rôle de souffleuse officielle et remplisseuse de trous de mémoire.

Le cours du Clémenceen hausse

« Maintenant, je suis peintre »,déclare Clémence DesRochers en direct de son bord de lac. Elle a dit « peintre » avec ce ton qu’elle prenait quand elle imitait une sœur grise lisant une vie de saint (Fra gio gio Fragetti) au réfectoire du couvent. « Je dessine pas de clowns comme Muriel Millard. Mes dessins, ils sont beaux, et pas mal chers. Et j’en vends, imaginez-vous donc ! On peut en voir si on va sur mon site. Êtes-vous capable d’aller sur mon site ? Pas moi. J’suis encore au fax, moi. »

 

Une conversation avec Clémence est un jeu de piste. On se laisse entraîner, on note des repères pour ne pas complètement se perdre. La suivre et se perdre avec elle : ravissement sans fin. On est quand même là pour parler chansons. On est à nos bouts de fil parce que l’un des quatre spectacles entretiens de la série intitulée L’histoire de mes chansons, enregistrés au Théâtre de la Ville à Longueuil (diffusion en novembre sur la plateforme LePointdevente.com), lui est consacré.

« Je voulais pas trop me retrouver sur scène. J’ai accepté par amitié pour Monique [Giroux, qui anime]. Pour lui rendre un peu de tout ce qu’elle m’a donné. Et puis parce que des belles et bonnes chanteuses comme Marie Michèle [Desrosiers] et Luce Dufault chantent mes chansons. » Il y a aussi Joe Bocan, Marie Carmen, Sophie Faucher et Marie Denise Pelletier au beau programme. « Moi, si on me chante, je dis pas non. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Clémence DesRochers

Le blouse de novembre

Les chansons de Clémence. Les chansons supérieurement belles et profondément touchantes de Clémence. On les citerait toutes : La ville depuis, Deux vieilles, Le lac en septembre, La chaloupe Verchères, Je ferai un jardin. Il y a des chansons pour tous les états d’âme, pour toutes les saisons.

November blouse est bonne à prendre maintenant, prenons-en les premiers mots : « C’est à cause du mois d’novembre / Si t’as les bleus, ça ira mieux / La neige va cacher la cendre / Qu’y a dans tes yeux, ça ira mieux ». Musique de Claudel Desrosiers. « C’est beau, hein ! Je suis contente de mes chansons. Il y a les rimes, et le piétage, et je pense que j’ai réussi à aller assez loin, dans la tendresse autant que dans la rage. Et j’ai eu l’art de trouver des magnifiques magiciens de la composition de musique, surtout Marc Larochelle, mon cher Marc, mon semblable. Ça a été une bénédiction de le rencontrer. »

Si la parolière Clémence DesRochers est plus célébrée aujourd’hui, c’est beaucoup grâce à la regrettée Renée Claude, qui a lancé le bal avec son spectacle Moi c’est Clémence que j’aime le mieux !, en 1980. D’autres ont pris le relais, et Marie Michèle Desrosiers a été jusqu’à partager la scène avec Clémence. Le disque de leur spectacle de 2019 paraît d’ailleurs le 6 novembre prochain. Sur les plateformes numériques. « On peut pas l’acheter en vrai, sur un vrai disque, je trouve ça dommage, mais bon. On va pouvoir aller l’entendre sur la patente, là. T’sais, la patente ? »

Clémence au Panthéon

La vie d’factrie — paroles de ClémenceDesRochers, musique de Jacques Fortier — a été intronisée en juillet dernier au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens. « Eh oui. J’ai eu le Panthéon. C’est ben excitant, avoir ça. Un beau cadre noir, avec mon nom. Je mets ça dans le garage… » Grand rire qui fait frire la ligne. « C’est une farce. On va trouver une belle place. À moins que quelqu’un veuille l’acheter… »

Plus cher qu’un dessin de l’artiste ? « Ça devrait. Ça vaut de quoi, quand même, cette chanson-là. Ça rime, en plus. » Oh que oui. Ça rime à quelque chose, comme on dit. Ça s’arrime à la mémoire, et ça se chante, et ça se chantera. « Y’a plus qu’une chose que je désire / C’est d’rentrer vite à la maison / Maint’nant j’ai plus rien à vous dire / J’suis pas un sujet à chanson ».

Elle écrit encore, Clémence. Elle correspond, chaque jour, avec un fidèle ami. « Et j’aime encore ça quand ça rime. Ça me vient de même. » Et Clémence DesRochers d’en offrir quelques-unes : « Le chemin que j’arpente / Parfois à moins trente / » — c’est exagéré un peu —  M’étonne toujours / C’est là que je promène mes joies ou mes peines / Ça dépend des jours… C’est beau, hein ! » Oh que oui. « Ça fait Alfred un peu. Ça me rappelle un soir où j’étais dans un petit cabaret cheap, le bonhomme qui me présentait avait dit ben fort : “Mesdames et messieurs, voici la fille d’Alfred DesRochers… Clémence DuRocher ! » De l’avantage d’être devenue notre Clémence tout court. Pas d’erreur possible. Il n’y a qu’elle.

 

L’histoire de mes chansons

Quatre grands spectacles entretiens avec Clémence DesRochers, Jean-Pierre Ferland, Stéphane Venne et Yvon Deschamps. Diffusions sur la plateforme lepointdevente.com. Tous les jeudis, à partir du 5 novembre.