La thérapie The Brooks

The Brooks combat l’apathie du confinement en lançant, cinq mois plus tard que prévu, «Any Day Now», un troisième album dégoulinant de cuivres, de violons et de soul qui confirme la pertinence de l’orchestre dans la très nichée, mais si accueillante, scène funk mondiale.
Photo: Richmond LAM The Brooks combat l’apathie du confinement en lançant, cinq mois plus tard que prévu, «Any Day Now», un troisième album dégoulinant de cuivres, de violons et de soul qui confirme la pertinence de l’orchestre dans la très nichée, mais si accueillante, scène funk mondiale.

Tant qu’il y a du funk, il y a de l’espoir : le groupe montréalais The Brooks combat l’apathie du confinement en lançant, cinq mois plus tard que prévu, Any Day Now, un troisième album dégoulinant de cuivres, de violons et de soul qui confirme la pertinence de l’orchestre dans la très nichée, mais si accueillante, scène funk mondiale.

Car n’eût été le virus, la voie de The Brooks était déjà toute tracée, en tout cas pour l’année en cours, assure le cofondateur, bassiste et réalisateur Alexandre Lapointe : « Le calendrier était très chargé [de concerts] à l’extérieur du pays. Allemagne, Suisse, Danemark, Maroc, Côte d’Ivoire, on partait loin et pour longtemps. Or, c’est complètement l’inverse qui s’est produit… »

Comme les valises prendront en effet la poussière au fond du placard pendant plusieurs mois encore, aussi bien offrir quelque chose aux fans : Any Day Now est un disque merveilleusement insouciant, enregistré dans le plaisir et la collégialité — The Brooks compte officiellement huit membres, mais ils sont plus d’une vingtaine d’autres musiciens à collaborer sur le plus ambitieux album de la discographie de ce groupe rompu aux grandes scènes extérieures de festivals.

L'album «Any Day Now» du groupe The Brooks

Ce qui n’était pourtant qu’un passe-temps pour Alexandre et les trois autres fondateurs de The Brooks a mis moins de dix ans pour se transformer en un monstre du funk. « Comme on se plaît à le dire, il y en a qui vont jouer au hockey un mardi soir, nous, on allait en studio pour “jammer” et écrire des chansons, raconte Lapointe. Notre but n’était pas nécessairement de former un groupe comme tel. Tout ça, c’était juste pour le plaisir de jouer de la musique ensemble — à la limite, on s’imaginait proposer notre travail pour certains projets. On se voyait comme un groupe de musique instrumentale, alors on s’imaginait que notre musique pourrait servir au cinéma, à la publicité, dans des jeux vidéo, ce genre de créneau… »

C’est un peu grâce au polyvalent claviériste Daniel Thouin que The Brooks a vu la lumière hors de son local de répétition. « Sur la scène musicale, à peu près tout le monde est pigiste, tout le monde se connaît ; Dan avait entendu ce qu’on faisait, il s’est proposé pour jouer avec nous sur quelques chansons » avant d’intégrer officiellement l’orchestre. « On a fini par sortir de notre studio lorsque Dan a reçu un appel de Gary Tremblay, patron du Dièse Onze, la boîte de jazz de la rue Saint-Denis ; il cherchait à proposer autre chose que du jazz, en soirée les mercredis ». Ça a duré près de trois mois, The Brooks chauffant les planches avec son radiateur funk, invitant sur scène différents chanteurs. Kim Richardson y est passée, idem pour Marie-Christine Depestre, Antoine Gratton (il signe les opulentes orchestrations de cordes du nouvel album) et un certain Alan Prater.

C’est lui, la voix de The Brooks. Natif de Jacksonville, en Floride, biberonné au gospel, musicien de scène d’expérience — vrai de vrai, il était choriste pour Michael Jackson pendant la tournée Thriller ! —, tromboniste aussi, Prater permet à The Brooks d’être un peu plus que la somme de ses parties : il donne un souffle, un sens au répertoire du groupe, lui permet aussi de s’affranchir de la simple image du bon jam band festif grâce à son authentique voix éraillée.

Sur Any Day Now, The Brooks porte ses influences sur sa veste comme des médailles — Funkadelic sur ZENDER (The MTL), l’Isaac Hayes orchestral sur la suave Moonbeam, Curtis Mayfield sur l’étonnante The Crown, inspirée par l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris —, mais trouve malgré tout son identité propre, croit Alexandre : « Regarde les groupes [funk] qui ont explosé sur la scène ces dernières années, les Vulfpeck, Louis Cole [du duo Knower], d’excellents groupes de grooves,des virtuoses, mais ils ne travaillent pas tant que ça avec des chanteurs. Nous, on a Alan : c’est grâce à lui qu’on peut évoluer, qu’on arrive avec des idées différentes tout en collant à notre esthétique. »

C’est l’étincelle d’Any Day Now : la voix, la rythmique, imaginées dans un écrin de cordes somptueuses, « comme tous ces grands chanteurs à l’époque, Hayes, Sam Cooke, Ray Charles, qui proposaient des chansons soul-pop avec grand orchestre, souligne Alexandre. Sur les précédents albums, on avait aussi une section de cordes, mais, cette fois, on voulait pousser l’idée plus loin » et souligner cet aspect musical en commençant et en concluant l’album avec deux compositions instrumentales, Nebula et Étoile Polaire.

Sur disque, le résultat est probant. Restera à The Brooks à résoudre ce casse-tête pour les spectacles… lorsque ceux-ci pourront reprendre. Dans l’immédiat, les gars se demandent comment ils feront pour lancer Any Day Now : « Lorsque t’es dans un groupe avec un nombre plus restreint de membres, ça doit être plus facile, avance Lapointe. Mais un groupe comme The Brooks, avec huit membres, dont des cuivres et un chanteur ? »

Ils prévoyaient un concert de lancement webdiffusé au Ministère, « mais on vient d’apprendre que les normes avaient changé. Avant, il fallait que les musiciens gardent deux mètres de distance, sauf que maintenant, pour les cuivres et le chanteur, c’est trois mètres. Ça complexifie la démarche : si on voulait filmer pour une webdiffusion, ça devient difficile d’avoir de bons plans de caméra en distanciation ».

Mais tant qu’il y a du funk…

Any Day Now

The Brooks, Duprince