Les grooves vagabonds d’Alex McMahon

Alex McMahon cite Khruangbin et Mac Miller comme autant de sources d’inspiration soul pour la confection de son «Expat», un « voyage ».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Alex McMahon cite Khruangbin et Mac Miller comme autant de sources d’inspiration soul pour la confection de son «Expat», un « voyage ».

Alex McMahon a beau présenter cela comme une « musique de commande » — ladite commande provenant du réalisateur Jean-Philippe Pariseau pour sa série documentaire diffusée à la chaîne Casa —, Expat n’en demeure pas moins le tout premier album de ses propres compositions à paraître sous son propre nom, écrit en tout petit sur la pochette. Soyons précis : c’est écrit « Alex McMahon & Friends », la bande, quoi, invitée à jouer des instruments et à chanter ou à rapper sur ses grooves. Après deux décennies à travailler sur la musique des autres, McMahon sort enfin la sienne.

Il aura fallu la télévision pour mettre Alex McMahon sous les projecteurs. L’avez-vous vu, derrière ses orgues, diriger la chorale à Y a du monde à messe, à Télé-Québec ? Sinon, vous le verrez aussi bientôt sur les ondes de TVA, à titre de directeur musical de la nouvelle saison de Star Académie.

Ainsi, « ça prenait beaucoup de musique de synchronisation pour la série Expat, surtout instrumentale, mais Pariseau voulait aussi des chansons », explique Alex, rencontré dans le studio d’enregistrement, rue Saint-Denis, qu’il partage avec l’ami Jean-Phi Goncalves. « Il m’a dit : “T’inviteras tes chums à chanter, c’est tout ! Tu les connais tous dans le milieu, de toute façon”. Je me suis dit pourquoi pas ? C’est comme un défi qu’il me lançait : moi, je suis habitué à écrire de la musique et des arrangements et à réaliser des albums, mais composer des chansons ? »

McMahon a trouvé son filon : la série va à la rencontre des expatriés québécois à travers le monde, et lui a pris « le chemin inverse, en travaillant avec des musiciens qui se sont expatriés pour venir travailler à Montréal ». Gaële, d’origine française, posant sa voix sur la mélancolique Sur mes traces, ballade aux claviers sixties. Nadia Essadiqi, alias La Bronze, certes née ici mais de racines marocaines, sur la plus singulière des chansons de l’album, une sourde rythmique hip-hop rendant sa voix encore plus légère lorsqu’elle chante Qalbi dialna. Les ancêtres de Kim Ho (ex-Creature) viennent d’Asie, ceux d’Alan Prater (The Brooks) d’Afrique, via les États-Unis. Il y a enfin l’Acadien Gabriel Malenfant (Radio Radio) transformé en crooner soul-funk sur la parfaite Par là-bas. Et Eman rappant sur Le tour du bloc ? Il s’est expatrié de Québec pour venir enregistrer ses rimes. Le concept tient.

« J’ai essayé de faire un disque comme dans le temps, avec un ordre choisi de chansons, pour ceux qui écoutent encore ça dans l’ordre », explique McMahon. Un disque de grooves funk, soul et rap, « avec quelques voyages plus spatio-temporels » comme la chanson avec La Bronze.

Enregistré comme dans le temps de Motown, Stax et Studio One, en pressant le citron des musiciens conviés, Maxime Bellavance (batterie, particulièrement rutilante sur cet album !), J-F Lemieux (basse), Jean-Sébastien Chouinard (guitare) : « Les trois quarts du disque ont été enregistrés en une journée de studio. » Les splendides violons qui habillent le soul-disco coulant Home Away from Home avec Kim Ho ? Le résultat de quelques heures libres après une séance d’enregistrement pour les Sœurs Boulay : « J’avais huit cordes à ma disposition ! », se rappelle Alex, encore emballé. Ce rat de studio sait tirer le meilleur du talent de ses collaborateurs et du temps dont il dispose, donc, pas de gaspillage.

Ça a donné de la musique que j’étais tellement content d’entendre que je me suis dit que ça ne pouvait pas rester seulement sur les images de la série. J’ai eu envie de sortir ça en disque.

 

« Mes influences, mes références, en faisant la musique d’Expat, c’était [le trio funk-rock psychédélique] Khruangbin et Mac Miller », résume McMahon. « Cette nonchalance, ce soul feel good, j’aime ce genre de voyage. Quand j’ai fait rentrer les musiciens ici pour faire la session, c’était ce qu’on avait en tête. On s’est mis d’accord là-dessus, et ensuite, je les ai lâchés “lousses”. » Les textes, les mélodies ? Un peu de lui, beaucoup des collaborateurs. « J’avais confiance en ces gens-là. Ça a donné de la musique que j’étais tellement content d’entendre que je me suis dit que ça ne pouvait pas rester seulement sur les images de la série. J’ai eu envie de sortir ça en disque. »

Alors, Alex, es-tu devenu enfin un auteur-compositeur ? « Je ne pourrais pas dire… Ça me confirme comme compositeur, en tout cas. C’est venu tard : j’étais un musicien depuis longtemps. Puis un réalisateur d’album, depuis quinze ans », pour Ariane Moffatt, Catherine Major, Beyrice, Radio Radio, on en passe. « Je suis un compositeur de musique à l’image, mais là, composer des chansons, c’est quelque chose qui me trottait dans la tête depuis un moment. Ce projet me donne la confiance pour en faire d’autres, mais pour être un songwriter, il faut sentir le besoin de partager des idées. J’ai énormément de respect pour mes chums qui font ça, qui ont cet appel, ce besoin, ce métier aussi — écrire des chansons, c’est particulier comme métier ! Mais ça m’intéresse de plus en plus. »

 
 

Expat

Alex McMahon Friends, Duprince