Berlin boucle la boucle

La série de  concerts du  Musikfest Berlin offerts en ligne comportera  une intégrale des sonates pour piano  de Beethoven  avec Igor Levit.
Robbie Lawrence La série de concerts du Musikfest Berlin offerts en ligne comportera une intégrale des sonates pour piano de Beethoven avec Igor Levit.

La musique classique sur Internet aura été une grande consolatrice au plus fort de la pandémie. Cette période de plus de cinq mois a été une vitrine inattendue pour la musique classique filmée. Il reste désormais aux institutions musicales à transformer cet engouement, né dans un océan de gratuité, en modèle économique d’appoint de leurs activités.

Après trois mois, deux logiques se démarquent : celle de la plateforme internationale (DG Stage, Idagio, Dreamstage) et celle de l’achat local. Mais une tendance se dégage : les consommateurs vont désirer suivre leurs ensembles, et la multiplication des « circuits courts » (sites osm, livetoune, leconcertbleu) ne saurait guère poser de problème de cohérence ou de clarté de l’offre.

Contrairement à ce que pensait en mai Hervé Boissière, président de Medici.tv et de Mezzo, il n’y aura pas de demande impérieuse d’un portail unique pour tout centraliser. Ces sites, tel medici.tv, garderont leur vocation de vitrines internationales pour des projets particuliers. Mais le besoin pragmatique d’élargissement des publics québécois et canadien au-delà de la jauge des salles, limitée pour l’heure à 250 personnes, sera comblé localement.

La Neuvième sur DG Stage

Alors que nous tentons un retour à une forme de normalité dans notre vie quotidienne, Berlin, la ville qui, la première, a ouvert numériquement ses portes au monde avec la gratuité d’un mois du Digital Concert Hall dès le 12 mars, offrira sur ce même portail 18 concerts du Musikfest Berlin.

Des concerts de festival seront offerts pendant 72 heures après leur diffusion. La série comportera une intégrale des sonates pour piano de Beethoven avec Igor Levit et débutera d’ailleurs par des concerts de ce cycle, samedi, dimanche et lundi (la suite les 8, 10, 15, 19 et 20 septembre). Le dimanche 6 septembre, à 14 h, Nicolas Alsteadt interprétera les six suites pour violoncellede Bach. Les autres concerts sont des programmes de musique contemporaine dont le fil conducteur est la compositrice Rebecca Saunders.

L’Orchestre Métropolitain et Deutsche Grammophon ont enfin officialisé, jeudi, la diffusion de la 9e Symphonie de Beethoven sur DG Stage. Ce sera le vendredi 4 septembre à 14 h, et pour 48 heures, avec, en solistes, Marianne Fiset, Rihab Chaieb, Frédéric Antoun et Russel Braun. DG rediffusera ensuite toutes les semaines le cycle à rebours : Symphonies nos 7 et 8 le 11 septembre, nos 5 et 6 le 18, nos 3 et 4 le 25 et nos 1 et 2 le 2 octobre.

S’agissant de concerts payants, les trois temps forts ces jours-ci sont la prestation de Lise Davidsen pour le Metropolitan Opera (samedi), l’ouverture de la saison du Philharmonique de Berlin par Kirill Petrenko (vendredi et samedi) et le concert du 1er Livre du Clavier bien tempéré de Bach par Martin Stadtfeld (Dreamstage, 4 septembre).

Puisque nous rebasculerons dans deux semaines dans une tentative de nouvelle normalité, ces carnets de concerts qui vous accompagnent tous les vendredis depuis le 20 mars s’arrêteront à ce 24e épisode, après des centaines de recommandations de concerts et d’opéras et, nous espérons, moult découvertes de musiques que nous n’avons pas l’occasion d’entendre ici, tels ces opéras de Rimski-Korsakov, de Schreker ou de Korngold, ou cet incroyable concert rituel de Teodor Currentzis à la Sainte-Chapelle, que nous avions associé au déconcertant programme « Prophètes » de Simon-Pierre Bestion à la basilique Saint-Denis, l’appariement le plus vertigineux de ces 24 semaines.

Vous aurez découvert, nous l’espérons, des artistes, notamment les chefs Klaus Mäkelä, Teodor Currentziset Kirill Petrenko, qui bénéficie encore d’une liste de vidéos accessibles librement à Berlin, et dans laquelle il ne faut pas manquer la 7e Symphonie de Beethoven.

L’expérience vous aura donné peut-être l’habitude durable d’aller voir de temps à autre sur Arte Concerts, la Philharmonie de Paris, ou Operavision.eu, projet de scène virtuelle soutenu par la Communauté européenne, ce qui peut s’y nicher.

Une institution prolifique est déjà au rendez-vous de cette rentrée : le Concertgebouw d’Amsterdam, qui diffuse ces vendredi et samedi, la 2e Symphonie de Rachmaninov par Andris Nelsons, en direct. Si vous êtes en manque de Beethoven, vous pourrez aussi aller du côté de Francfort, où Philippe Herreweghe dirigeait jeudi la 5e Symphonie et Coriolan.

Dans le domaine de l’opéra, les choix sont clairs. Allez absolument au Met revoir, vendredi soir, la Traviata avec Diana Damrau et Yannick Nézet-Séguin, qui sera aussi dans la fosse, samedi, pour Don Carlos de Verdi. Tournez-vous aussi encore et toujours du côté de Glyndebourne, pour Fairy Queen, cette semaine, et une grande production des Maîtres chanteurs, avec un formidable Gerald Finley, une gloire du chant canadien, à partir de dimanche.