L’OSM ose un automne international

À cause des restrictions liées à la pandémie, l’OSM ne pourra pas avoir autant de musiciens sur scène qu’auparavant. Et le public devra être limité à 250 personnes. Un défi de taille en vu de la programmation automnale.
Orchestre symphonique de Montréal À cause des restrictions liées à la pandémie, l’OSM ne pourra pas avoir autant de musiciens sur scène qu’auparavant. Et le public devra être limité à 250 personnes. Un défi de taille en vu de la programmation automnale.

Après la salle Bourgie, l’Orchestre symphonique de Montréal dévoile son automne musical d’une « saison absolument unique en son genre », selon les mots du président du conseil d’administration, Lucien Bouchard.

Avec une restriction à 250 spectateurs pour l’heure, l’OSM met en place une formule numérique pour ses sept premiers concerts, dont le premier, confié à Bernard Labadie, le vendredi 11 septembre à 20 h, réunira Marie-Nicole Lemieux et Karina Gauvin dans un programme Mozart et Beethoven diffusé en direct gratuitement sur medici.tv et osm.ca.

Bernard Labadie et l’OSM donneront une série de concerts concentrés dans le temps, puisqu’entre vendredi soir et dimanche après-midi, le chef québécois dirigera quatre programmes différents autour de Beethoven. Charles Richard-Hamelin jouera le 4e Concerto pour piano, James Ehnes le Concerto pour violon et Bernard Labadie dirigera la Symphonie pastorale. Ces rendez-vous en salle nourriront ensuite la programmation numérique du site Internet de l’orchestre, les mardis 15, 22 et 29 septembre. Pour visionner les vidéos, disponibles pendant 7 jours, le public devra s’inscrire et faire un don de 10 dollars ou plus.

Ce schéma se reproduira avec la Finlandaise Susanna Mälkki, qui a accepté tout spécialement de se soumettre à une quarantaine pour venir diriger l’OSM les 30 septembre, 1er octobre et 2 octobre. Ce dernier concert, avec le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, Siegfried-Idyll de Wagner et la Symphonie inachevée de Schubert sera diffusé sur Mezzo et medici.tv. Les autres alimenteront le site osm.ca, dont celui du jeudi 1er octobre avec une version légèrement réduite des Planètes de Holst.

Du 18 au 22 novembre, John Storgårds assumera quatre concerts avec, notamment, des versions réduites des Symphonies no 7 de Bruckner et no 10 de Mahler puisque la distanciation sanitaire empêche de réunir un orchestre de plus de 50 musiciens. Storgårds sera immédiatement suivi par Pablo Heras-Casado, ce dernier dirigeant trois fois, entre le 24 et le 26 novembre, la 2e Symphonie de Beethoven et le Poème de l’amour et de la mer de Chausson avec Marie-Nicole Lemieux. Deux cheffes, Dalia Stasevska et Jeannette Sorrell, seront invitées entre le 1er et le 9 décembre.

Habillage scénique

Pour habiller les concerts destinés à une double vie, en salle et sur écran, l’OSM fera équipe avec Brigitte Poupart afin d’offrir « une expérience enrichie et une scénographie originale », mais aussi de créer un « sens de la communauté », selon les termes de Marianne Perron, directrice des opérations artistiques, qui souligne cette nécessité lorsqu’une salle de 2000 places est occupée par 250 personnes.

Il faut considérer la programmation dévoilée aujourd’hui comme un tronc susceptible de se ramifier. En ce qui concerne les diffusions, l’expérience pourrait être prolongée, le cas échéant, au-delà des sept premiers concerts. D’ailleurs, le bouillonnement musical autour de la venue de John Storgårds est de la même nature que celui conçu avec Labadie et Mälkki.

Le programme édité laisse aussi la place à des projets spéciaux. Il manque ainsi pour l’heure un gros projet de Noël. On remarque par ailleurs un grand trou entre début octobre et mi-novembre. « S’il y avait des changements à la situation qui nous amenaient à avoir de nouvelles opportunités, on se garde de la souplesse », nous dit Marianne Perron.

En pratique, la seconde moitié d’octobre est, d’après les informations du Devoir, la période visée pour les adieux nouvelle manière de Kent Nagano. « Actuellement, nous ne sommes pas en mesure de confirmer quand M. Nagano pourra venir », affirme Marianne Perron. « Nous allons tout mettre en œuvre pour le ramener le plus vite à Montréal », affirme la responsable artistique qui a conçu la programmation en équilibrant « une approche réaliste et une forme d’optimisme, car en absence d’optimisme, il n’y a aucune créativité ». Madame Perron considère que la COVID-19 n’a pas défiguré ses projets : « L’essence de la saison, les compositeurs et les créateurs qu’on avait envie d’entendre, nous avons pu les maintenir. »

Pour la cheffe des opérations, Madeleine Careau, le défi est de « rassurer le public et de lui donner le goût de revenir en salle ». La suite de la saison sera évaluée à l’automne avec pour ligne directrice « le devoir et l’intérêt de travailler avec ceux qui s’étaient engagés à collaborer avec l’OSM » dans le cadre de la planification initialement établie. Ces projets sont pour l’heure plus ou moins réalisables, artistiquement, en fonction du nombre de musiciens permis sur scène, et pragmatiquement en raison des mesures de quarantaine ou de fermeture des frontières.

L’essence de la saison, les compositeurs et les créateurs qu’on avait envie d’entendre, nous avons pu les maintenir

Comme on le voit, en faisant appel à des chefs finlandais ou espagnols, l’OSM ne s’enferme pas dans une « saison locale ». « Nous faisons partie d’un écosystème québécois et canadien, mais aussi d’un écosystème international et il nous a paru important de maintenir les ponts entre l’Europe et l’Amérique », résume Marianne Perron.

Madeleine Careau se pose, elle, en gardienne de la « sécurité des gens ». « En Europe, le déconfinement un peu rapide a mené à un reconfinement draconien : nous ne voulons pas de cela ici », résume-t-elle. Mais elle considère aussi que les institutions culturelles de la Métropole ont un rôle majeur à jouer : « La culture va amener les gens au centre-ville tous les soirs pour faire fonctionner les restaurants et les commerces. On sait qu’en journée, c’est très difficile, on sait que les tours de bureaux sont remplies à 25 %. C’est nous qui allons amener la vie. »

Les défis sont nombreux et vastes. Mais le premier à gagner sera musical et identitaire, dans cette première saison sans directeur musical.

À voir en vidéo