Échos d’une musique classique en transition

Le violoniste canadien James Ehnes se filme pour offrir ses «Recitals from Home» dans lesquels il revient aux essentiels du répertoire pour violon seul: les sonates et partitas de Bach et les sonates d’Ysaÿe.
Photo: Capture d’écran Le violoniste canadien James Ehnes se filme pour offrir ses «Recitals from Home» dans lesquels il revient aux essentiels du répertoire pour violon seul: les sonates et partitas de Bach et les sonates d’Ysaÿe.

Alors que la grande annonce, faite jeudi, du partenariat entre l’Orchestre Métropolitain et Deutsche Grammophon va permettre à l’orchestre montréalais de diffuser internationalement, à partir du 31 juillet, son intégrale Beethoven, alors que le Festival Classica a lancé, mercredi, la plateforme québécoise Le concert bleu (leconcertbleu.com), les initiatives se multiplient pour passer à la monétisation du streaming vidéo.

Si l’on cherche un symbole absolu de cette évolution, on le trouvera chez le grand violoniste canadien James Ehnes, qui a profité de la pandémie pour transformer son salon en studio d’enregistrement. Il a investi dans des microphones (Telefunken M60 Master Set), une interface audio (Audient iD44), des trépieds et un éclairage professionnel. Il se filme, aidé par son épouse et une application (Filmic Pro), après avoir pris des conseils auprès de spécialistes, et revient aux essentiels du répertoire pour violon seul : les sonates et partitas de Bach et les sonates d’Ysaÿe.

Le projet, réalisé, dit James Ehnes sur son site, sans aucune aide extérieure et à son seul risque financier, s’intitule « Recitals from Home ». La série a débuté le 27 juin avec la 1re Sonate de Bach et la 1re Sonate d’Ysaÿe. Samedi, ce sera la 3e Partita de Bach et la 2e Sonate d’Ysaÿe. La location pendant 48 heures coûte 10 $ (américains), l’achat, 20 $.

À noter que le Quatuor Miró lance jeudi prochain, à 20 h 30, sur OurConcerts.live, une intégrale des quatuors à cordes de Beethoven selon un mode de souscription payante.

D’ici et d’ailleurs

Ici, le Domaine Forget propose son second concert estival dimanche à 17 h. « Guitares au diapason » associera Rene Izquierdo, Marco Tamayo et le Quatuor de guitares du Canada. Une contribution solidaire est encouragée : 11 000 $ ont été engrangés précédemment par Marie-Nicole Lemieux et Louis Lortie. Le festival Musiques et autres mondes d’Ottawa promet par sa chaîne YouTube 100 vidéos à compter de vendredi soir. Les premières propositions ont été lancées mercredi avec la Habanera par Wallis Giunta et des jongleurs. Vous pouvez aussi mettre à votre agenda que les classes de maître de l’Orchestre de la Francophonie débuteront dans une semaine, le 17 juillet.

Le concours d’improvisation Do-Mi-Si-La-Do-Ré, l’initiative la plus inattendue et la plus futée du printemps, a livré ses résultats et les vidéos sont proposées sur YouTube. Le 1er prix, décerné par un jury, va au pianiste Henry From. Le prix de participation, lié au plus grand nombre de votes du public, va à Leslie Ashworth, violoniste et pianiste.

Le jury a tenu grand compte de la facture musicale et du talent instrumental (Henry From, Cameron Crozman ou le magnifique duo Allard Beauséjour-Ostiguy, 3e ). Nos coups de cœur vont à des propositions plus inattendues dans la forme : l’exceptionnelle dauphine Jeanne Laforest, révélation de l’exercice, juste devant (à notre avis) la violoncelliste Noémie Raymond-Friset. Très intéressants aussi : l’Octuor vocal, Octava et Marie et Dominique Bégin, classés entre la 4e et la 10e place.

Au rayon des archives, la nouveauté est évidemment le début des diffusions des archives du Festival de Lanaudière. Vendredi à 19 h 30, le concert de gala d’ouverture de l’Amphithéâtre Fernand-Lindsay ; samedi soir, un concert Renata Scotto de 1986 ; et dimanche (15 h 30), un récital donné par Maxim Vengerov à l’âge de 23 ans. Ces diffusions sont gratuites. L’OSM propose les deux œuvres du programme Halloween de 2015 non encore diffusées, soit Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgski et Tamara de Balakirev.

À l’étranger, l’événement du moment est le 1er concert de Klaus Mäkelä en tant que directeur musical de l’Orchestre de Paris. Le direct, jeudi à 14 h 30, diffusé par Mezzo valait le détour : interprétations burinées d’une superbe clarté polyphonique mais d’un grand poids harmonique. Avec Mäkelä, la musique ne « sautille » pas. Vous devez pouvoir rattraper le concert pendant un an sur le site de la Philharmonie de Paris.

Nous vous avions déjà parlé des analyses musicales de James Conlon. Celle sur le Ring de Wagner prélude à une série de diffusions qui débuteront le 25 juillet. Pour le côté éducatif, a été lancée mardi une série audio sur Mahler, Embrace Everything, avec James Conlon et Kent Nagano. Parleront-ils aussi bien de l’influence de Verdi sur Mahler que mon collègue David Hurwitz qui a utilisé le confinement pour créer des capsules musicales YouTube très éclairantes. Son « Music Chat » s’intitule Mahler’s Italian Inspirations.

En opéra, le meilleur choix de la fin de semaine est le Festival de Glyndebourne, qui offre dimanche son incontournable Billy Budd de Benjamin Britten dans la mise en scène de Michael Grandage, dirigée par Mark Elder en 2010.