Le concert bleu, une nouvelle plateforme de diffusion québécoise

Le concert bleu, qui instaurera le modèle du «Pay-Per-View», veut aller à l’encontre de tout ce qui se fait dans les plateformes actuelles, de type YouTube, où les revenus sont anecdotiques.
Photo: Festival Classica Le concert bleu, qui instaurera le modèle du «Pay-Per-View», veut aller à l’encontre de tout ce qui se fait dans les plateformes actuelles, de type YouTube, où les revenus sont anecdotiques.

Le Devoir a appris, ces derniers jours, qu’une plateforme numérique québécoise de diffusion de concerts classiques était en cours d’élaboration. Nous en avons eu la confirmation par son instigateur, Marc Boucher, directeur du Festival Classica. Le conseil d’administration de Classica se réunissait mardi soir pour l’entériner. L’annonce du lancement sera faite ce mercredi matin.

Cette nouvelle plateforme qui, s’inspirant de l’initiative du Panier bleu, sera nommée Le concert bleu souhaite devenir la vitrine numérique de la musique classique d’ici. Le site leconcertbleu.com, mis en ligne ce mercredi, a été développé sous l’impulsion de Marc Boucher et du Festival Classica, mais ses visées sont bien plus larges.

« Le concert bleu, c’est la grande boîte. Le Festival Classica ne se met pas en avant. C’est une idée générique pour tout le milieu artistique et on invite tout le monde à déposer du contenu. » Le projet vise en effet à regrouper les contenus numériques de musique classique réalisés au Québec en proposant un outil de monétisation qui permettra de générer des revenus, partagés à 70 % entre les artistes et à 30 % pour le maintien et le développement de la plateforme.

Tendance lourde

De très nombreux acteurs du métier, partout dans le monde, réfléchissent aux canaux de diffusion et à la rémunération de la composante virtuelle des arts de la scène et du spectacle qui s’est installée avec la COVID-19. Offertes gratuitement pour apporter du réconfort, les prestations artistiques ne peuvent être dévaluées à long terme. Il faut envisager le passage à une phase permettant une juste rétribution des artistes. Mais sur quelle plateforme ? Hervé Boissière, le directeur général de Mezzo et de Medici, avait abordé le sujet dans Le Devoir, le 23 mai. Depuis, Deutsche Grammophon (DG Stage) et Idagio (Global Concert Hall) ont lancé des initiatives.

« Le pari que nous faisons est 100 % québécois. C’est de créer un lien entre les artistes d’ici et le public d’ici et d’ailleurs. Nous souhaitons que le public s’identifie à nos artistes, dans des lieux d’ici », nous assure Marc Boucher, porteur du projet. « Il y a un momentum, grâce à Yannick Nézet-Séguin, qui est dans une position exceptionnelle sur le plan musical mondial. Cela coïncide avec une affirmation des musiciens québécois sur le plan international », ajoute-t-il.

Le projet a été développé par ellicom / LCI-LX, société montréalaise spécialisée dans les plateformes d’apprentissage et d’éducation. « ellicom / LCI-LX, une organisation solide, est partie prenante de l’expérience et va contribuer financièrement de manière importante. » Ainsi, la grande plateforme, dont le coût se situe entre 400 000 et 500 000 dollars, selon Marc Boucher, et dans laquelle sera développée leconcertbleu.com, sera produite à un prix minimal, comme une sorte de commandite. En effet, leconcertbleu.com y sera une sorte de vitrine qui pourra être « déclinée et appliquée à l’éducation, à la danse ou au théâtre. »

Le pari que nous faisons est 100 % québécois. C’est de créer un lien entre les artistes d’ici et le public d’ici et d’ailleurs.

 

Applications

« La structure peut fonctionner selon un modèle d’organisme à but non lucratif », considère Marc Boucher. « Dans les circonstances présentes où les ordres de gouvernements proposent des sommes importantes pour le développement de telles plateformes », l’artiste entrepreneur y voit une occasion.

Le concert bleu, qui instaurera le modèle du « Pay-Per-View », veut aller à l’encontre de tout ce qui se fait dans les plateformes actuelles, de type YouTube, où les revenus sont anecdotiques.

« Ce que nous espérons, c’est que les artistes et institutions arrêtent de déverser des vidéos sur des plateformes et des réseaux sociaux de manière gratuite et gaspillent leur contenu », résume Marc Boucher.

Le lancement, qui se fera ce mercredi, sera donc avant tout une invitation au milieu musical. « Au début, j’ai pensé à une plateforme pour Classica, et très rapidement, il m’est apparu que pour maintenir l’intérêt pendant l’année, cela prendrait des centaines de vidéos et que, donc, Classica allait être une boîte dans une plus grande boîte. Nous allons notamment inviter quelques nouvelles personnes à se joindre à un conseil d’administration d’un nouvel organisme. »

Leconcertbleu.com est appelé à durer au-delà de la pandémie et à amener des organismes à développer des contenus visuels en complément de leurs concerts vivants. Classica utilisera la plateforme pour la nouvelle déclinaison virtuelle, du 11 au 20 décembre 2020, de son festival annulé cet été sur le thème « de Beethoven à Bowie ».

Complémentaire à Yoop

Au moment où les initiatives se multiplient, on peut se demander s’il n’y avait pas lieu, par exemple, de créer un volet classique dans Yoop, de Louis Morissette. « Le concept du Concert bleu, c’est “lieu réel-concert virtuel”. Cela veut dire bénéficier de l’acoustique naturelle des lieux de concerts. Yoop est une salle virtuelle recréée, ce qui implique forcément une manipulation du son. La considération acoustique impose une autre voie », estime Marc Boucher.

Tous les organismes sont les bienvenus, même l’OSM qui a déjà sa politique audiovisuelle. « C’est sûr que l’OSM est le bienvenu, comme l’OM ou les Violons du Roy. Je sais que l’OSM travaille avec Medici. Mais je ne connais pas les revenus que l’OSM tire de ces captations. Est-ce davantage que de la notoriété ? Le modèle d’affaires du Concert bleu est très simple. Il en coûtera zéro dollar à l’OSM pour déposer le contenu et il retirera 70 % de ce que les visionnements rapporteront. »

Si Le concert bleu devient un réceptacle à contenus vidéo, Marc Boucher devra définir des standards de qualité. Il s’en dit conscient. Une expérience d’ingénieurs du son connaissant la musique classique sera adjointe à ellicom / LCI-LX, qui proposera aux organismes le souhaitant, des forfaits de captations entre 2 000 et 12 000 dollars ; libre à eux de faire affaire avec d’autres sociétés. Marc Boucher espère que les programmes de soutien pour la captation numérique permettront à des organismes de créer ce contenu additionnel. Le promoteur du projet a aussi eu des discussions avec Guillaume Lombart et sa société Ad Litteram, « qui croit au support de la vidéo pour la musique et connaît très bien la question de la récupération des droits voisins » et espère « joindre Guillaume à ellicom ».

Tout comme Alexander Shelley en entrevue au Devoir en mai, Marc Boucher considère que « le premier souci, c’est l’expérience acoustique. Si l’expérience acoustique est mauvaise, on a beau avoir les plus belles images, cela ne sert à rien. »

Il avoue n’avoir « aucune idée de la réponse et aucune idée de l’adaptation des grands réseaux qui hébergent du contenu gratuit », mais il est sûr d’une chose : « Je ne crois pas à la distanciation dans les salles. On passe beaucoup de temps à faire des calculs. C’était déjà difficilement viable quand les salles étaient pleines, de pouvoir de produire des concerts. Et là, on veut imaginer des scénarios avec distanciation ? C’est une chimère, un fantasme économique. Nous allons ajouter une plateforme numérique, c’est-à-dire une occasion supplémentaire de générer des revenus même si, pour l’heure, nous n’avons aucune idée de l’impact. »

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