Mudie, sous sa carapace

Hugo Mudie lance aujourd’hui «Concerta Fantasio<i>»</i>, un nouvel album solo qui révèle au monde entier le cœur tendre qu’il a toujours dissimulé sous ses tatouages.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Hugo Mudie lance aujourd’hui «Concerta Fantasio», un nouvel album solo qui révèle au monde entier le cœur tendre qu’il a toujours dissimulé sous ses tatouages.

La vie en temps de pandémie n’a rien d’ennuyant pour l’icône du punk québécois Hugo Mudie, c’est le cas de le dire. D’abord, il a dû se résoudre à reporter à mai 2021 la 10e édition du festival qu’il a fondé, le Pouzza Fest. Il s’est ensuite remis aux jeux vidéo, avec son fils, ainsi qu’à la peinture — ses anciennes amours ! Enfin, il lance aujourd’hui Concerta Fantasio, un nouvel album solo qui révèle au monde entier le cœur tendre qu’il a toujours dissimulé sous ses tatouages.

Rien d’ennuyant, mais on a un peu l’impression d’un lion en cage à regarder Mudie s’activer avec tant d’enthousiasme sur les réseaux sociaux depuis le début de la crise. Un jour, il essaie de faire fonctionner sa caméra le temps d’une séance musicale impromptue. Le lendemain, on le prend à vider ses cartons de disques en édition limitée, exemplaires promos et acétates, de ses anciens projets, le groupe folk-rock Yesterday’s Ring et surtout les mythiques The Sainte Catherines, pour ensuite les mettre à l’encan.

Hugo Mudie expose aussi en ligne ses nouvelles œuvres : « Tu sais, j’ai étudié en arts visuels. Tout le visuel du Pouzza Fest, des Sainte Caths, c’est moi qui les faisais. » Il s’y est remis plus sérieusement l’an dernier lorsque le réseau RDS l’a invité à faire de la peinture (sportive !) en direct, ce qui lui a valu une offre de l’équipementier CCM pour illustrer une paire de patins remis à l’étoile des Oilers d’Edmonton Conor McDavid, lors du dernier match des étoiles ! « Avec la pandémie, histoire de me fixer l’esprit sur quelque chose de précis, je me suis remis à dessiner. J’ai reçu une soixantaine de commandes — en ce moment, je dessine un joueur des Yankees pour un fan à Singapour ! »

De quoi le faire patienter jusqu’à la tournée qui suivra la sortie, aujourd’hui, de l’album Concerta Fantasio. « À l’origine, je voulais écrire un album-concept à propos d’un extraterrestre qui atterrit sur notre planète et décide d’y rester par amour pour une fille », nulle autre que la pop-star Kesha, dont il est un authentique fan. « Mes disques préférés des cinq dernières années sont ses deux plus récents, assure Mudie. Je suis même allé la voir en spectacle. » Sur cette chanson, il s’enfuit avec elle en soucoupe volante, non sans avoir séquestré son agresseur (présumé), le producteur Dr. Luke, qui n’en mérite pas moins.

De cette idée initiale reste donc Hang Out avec Kesha ainsi que la chanson Alien, « mais j’ai laissé tomber le concept durant l’enregistrement. Finalement, il en reste encore quelque chose d’autre puisqu’il y a, au fil des chansons, ce feeling de l’ado grandissant en banlieue qui sent qu’il n’a pas rapport. Tu vois un peu, ce sentiment que ta propre famille n’est pas comme toi, qu’ils ne te comprennent pas, ces fois où tu donnes ton opinion et ils se moquent de toi ? C’est ça, se sentir comme un alien. »

À l’origine, je voulais écrire un album-concept à propos d’un extraterrestre qui atterrit sur notre planète et décide d’y rester par amour pour une fille

 

Ainsi, il est beaucoup question des cicatrices laissées par le passage de l’adolescence au monde adulte sur ce touchant album de pop-punk que Mudie assure ne pas être nostalgique : « Jamais je ne dis : c’était mieux avant… D’ailleurs, aujourd’hui, je suis aussi heureux que je pouvais l’être lorsque j’étais jeune. Mais cette impression de nostalgie s’est quand même un peu révélée à moi à la toute fin de l’enregistrement de l’album — par exemple, j’y fais beaucoup référence à mon grand frère, probablement parce qu’il me manque ; il habite au Colorado aujourd’hui… Sans le vouloir, j’ai écrit là-dessus, même chose à propos des références au divorce de mes parents. »

Ce divorce, abordé sur l’extrait L’exorcisme et sur la touchante ballade La maladie d’amour, « m’a en effet beaucoup traumatisé, dit-il. Je ne m’en suis toujours pas remis et je ne crois pas que je m’en remettrai un jour. Je m’en souviens, j’avais 14 ans, c’était un peu la honte. Les adultes autour de moi ne voulaient pas en parler, me regardant en ayant l’air de dire : “Ça doit être weird, non ?” Personne ne m’a pris dans ses bras pour me dire : “Ça va être correct, c’est pas de ta faute”… Toute ma vie, j’en ai un peu voulu à la planète entière à cause de ça, parce que, quand t’es jeune, ton monde, c’est ta famille et là, tu réalises que tout ça était un mensonge. Après ça, tu regardes les adultes et tu te dis : “Tous des osties de menteurs. Je ne veux pas vieillir, je ne veux pas être comme vous, je ne veux pas avoir des jobs de marde comme vous.” »

Les chansons de Concerta Fantasio, on le devine, passeront pour les plus intimes qu’ait écrites Mudie, qui projette plutôt l’image d’un dur à cuire de la musique underground. « Un grand sensible ? Je pense que je l’ai toujours été, seulement j’avais mes moyens de m’en protéger, estime-t-il. Cette attitude punk et tough qui vient avec le style de musique que je faisais. Mais honnêtement, depuis que j’ai commencé à écrire des chansons, j’ai toujours écrit sur l’amour et l’amitié, seulement je le faisais en anglais et sur du punk, donc ça transparaissait moins. »

« D’album en album, de groupe en groupe et de projet en projet se révèle ma vraie nature, suggère Mudie. C’est le propre de vieillir, j’imagine, avec l’avantage de devenir plus conscient de qui on est. J’ai moins besoin de jouer un personnage de punk tough, juste besoin d’être qui je suis, un dude de 40 ans, père de famille qui tripe encore sur les cartes de hockey. En même temps, je ne racontais pas d’histoires : quand je faisais des disques de Yesterday’s Ring où je chantais avoir envie de boire du whisky, de me pogner des filles et faire de la poudre, ben c’est ça que j’étais… »  

Concerta Fantasio

Mudie, Music Mansion Records