SOMMM de ses parties

Bien sûr qu’Ariane Moffatt et son ami et complice musical depuis l’enregistrement de son album «22 h 22», Étienne Dupuis-Cloutier, se sont posé la question: ce premier disque de leur projet SOMMM, ils le sortaient en pleine pandémie ou pas?
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Bien sûr qu’Ariane Moffatt et son ami et complice musical depuis l’enregistrement de son album «22 h 22», Étienne Dupuis-Cloutier, se sont posé la question: ce premier disque de leur projet SOMMM, ils le sortaient en pleine pandémie ou pas?

Quoi de mieux qu’un disque de pop insouciante pour diluer l’anxiété pandémique ? Le duo constitué d’Ariane Moffatt et Étienne Dupuis-Cloutier a bouclé à la hâte ce premier album de son projet SOMMM, réunissant en studio vieux et nouveaux amis pour faire des chansons dance-pop donnant l’image d’un après-midi ensoleillé au bord de la piscine. Voilà l’occasion d’abord de révéler ce musicien de l’ombre qu’est Étienne, de redonner ensuite à Ariane le goût d’une pop dans l’air du temps et, enfin, de mesurer la bonne foi des radios commerciales.

Bien sûr qu’Ariane Moffatt et son ami et complice musical depuis l’enregistrement de son album 22 h 22 (2015) Étienne Dupuis-Cloutier se sont posé la question : ce premier disque de leur projet SOMMM, ils le sortaient en pleine pandémie ou pas ? « Finalement, autour de moi, je me faisais dire : “J’écoute de la musique avec les enfants, j’écoute de la musique en joggant, je n’en ai jamais autant écouté. Alors, pourquoi ne le sortiriez-vous pas ?” » Il sort, donc, vendredi.

Tout ça avait pourtant démarré simplement, avec une session d’enregistrement servant de prétexte à Ariane et Étienne pour se revoir. « Il y a eu un déclic », raconte Étienne Dupuis-Cloutier, chez lui dans Hochelaga-Maisonneuve, devant sa webcam. « En studio, ça fonctionne bien, on s’emballe : “Hey ! Est-ce qu’on fait quelque chose avec ça ?” » Dans son chandail rose mou depuis le grenier de sa maison de campagne en Estrie, Ariane bondit : « J’ai même chanté une “zayyyyy” durant cette session », le mot fétiche du rappeur FouKi. Fallait l’inviter sur la chanson : ça a donné Danger, le premier extrait lancé l’automne dernier d’un album qui n’existait alors même pas en pensée.

« C’est ça, SOMMM », résume Dupuis-Cloutier, compositeur-réalisateur travaillant en solo sous le nom D R M S. « D’abord, c’est la somme d’Ariane et moi, puis celle de toutes les autres parties » qui se sont greffées au projet en cours de route. Rosie Valland et sa voix limpide sur l’excellente Le ciel s’est renversé, Clay and Friends sur le succès estival Sunshine, LaF, Maky Lavender, le vétéran beatmaker Ruffsound et une Marie-Pierre Arthur comme on ne l’a jamais entendue sur Chérie, en fin d’album.

Il fut beaucoup question d’instinct dans cette conversation confinée. « Le “zay” dans Danger, j’ai chanté le mot parce que j’entendais FouKi sur la chanson, explique Ariane — Essence, avec LaF, a été composée au même moment. Le ciel s’est renversé, c’était la voix de Rosie, sa poésie, sa manière d’étirer les notes. Pour Chérie, qui d’autre que ma meilleure chum pour chanter quelque chose d’aussi intime ? » Quant à la jeune sensation R&B locale Maky Lavender, ce fut une première rencontre en forme de coup de foudre professionnel. « Il m’appelle “madame Ariane” ! » raconte la musicienne en rigolant, reprenant soudainement conscience qu’elle est une « vétérane » de notre scène pop. Enfin, c’est Étienne qui a attiré l’excellent compositeur Ruffsound (Marc Vincent, collaborateur de Loud, de FouKi, de Cœur de pirate, etc.), rencontré en travaillant sur l’album d’Éli Rose. « Pour chaque chanson, il suffisait de trouver la bonne personne pour que la collaboration se fasse le plus naturellement possible. »

Ils ont donc suivi leur instinct, et cette première session avec FouKi a mené à l’idée d’un EP… et pourquoi pas d’un disque complet ? « Assurons-nous alors d’avoir un vrai disque, avec des chansons qui se tiennent ensemble, un vrai travail en profondeur. On s’est décidé en janvier dernier », confirme Étienne. Le duo a reçu les bandes maîtresses du disque il y a à peine deux semaines. « Ce qui est excitant, ajoute Étienne, c’est que le projet a constitué une grosse partie de nos vies depuis le début de 2020, et là, on le sort. Ça existe, rapidement », ce qui n’est pas dans les habitudes d’Ariane, rompue à pétrir pendant plusieurs années ses albums à elle.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Ariane Moffatt et Étienne Dupuis-Cloutier

Ariane chante sur chacune des chansons, mais elle reconnaît que le contexte est complètement différent de celui de son précédent album, Petites mains précieuses (2018). « Ce dernier album était très ancré dans la pop néo-seventies. Or je n’étais pas embarquée dans le bateau de la pop actuelle, très électro », à laquelle s’abreuvent aujourd’hui ces The Weeknd, Travis Scott, Ariana Grande et Sia dont les noms ont fait surface durant notre conversation.

« Lorsque j’ai appelé Étienne pour cette première session, c’était ça. Je me disais : “Câline, il me manque quelque chose.” J’avais envie d’un rattrapage » auprès d’un ami qui, ces dernières années, a délaissé la scène pour justement se concentrer sur le travail de compositeur-producteur à l’affût des tendances de la pop et du hip-hop moderne. « Je n’ai aucun complexe à faire de la musique ouvertement pop, assure Étienne. Je n’écoute cependant pas du Ariana Grande chez moi, sinon pour l’étudier, pour comprendre comment ils font. »

Le premier album de SOMMM n’a justement pas à rougir par rapport au travail des stars de la pop susmentionnées. Des refrains accrocheurs, des grooves légers, une touche de rap. Des chansons accrocheuses dans l’air du temps, sans prétention, écrivions-nous. La moindre des choses, en ces temps où l’idée de consommer local pour appuyer les artisans du Québec résonne fort dans la population, serait que les radios commerciales les fassent tourner en masse.

À l’écran, Ariane se prend la tête à deux mains, elle qui a pourtant bénéficié d’un soutien de ces frileuses radios. « On joue mes chansons à la radio depuis vingt ans, j’ai un rapport particulier avec elles. Mais j’ai aussi le droit de dire qu’elles n’ont pas de goût. Je parle à nos pisteurs radio [qui soumettent les singles aux directeurs musicaux]. On se fait demander par exemple s’il n’y aurait pas moyen de faire une version sans FouKi de Danger. Je me dis : “Ben voyons, sur quelle planète vous vivez ?” Aimant [la seule sans invité] commence un peu à tourner, mais ce sont toutes des chansons accrocheuses ! Si Sunshine ne tourne pas cet été… Ils me découragent. »

« Je pense que les radios [commerciales] ont une relation particulière avec la musique des artistes québécois, avance Étienne. Ce qu’elles font entendre des États-Unis, ce sont les chansons que toutes les autres radios font jouer, partout. CKOI et Énergie mettent les mêmes chansons que les radios d’ailleurs. En ce qui concerne les chansons en français, ils sont conservateurs, je ne sais pas pourquoi. On dirait qu’on est encore à l’ère où il n’y a que les gars avec des guitares qui passent à la radio. Soit, ça fait partie de notre culture et je ne me battrai pas contre ça. Là où je vais continuer à me battre, par contre, c’est en continuant de faire de la musique de la manière que je la conçois, avec des gens que j’aime, et en ne lâchant pas. »

SOMMM

Mo’Fat Production. L’album sera sur toutes les plateformes numériques dès le 24 avril.