Une solution plutôt que le silence, demande Nézet-Séguin

Le chef Yannick Nézet-Séguin lors d’un concert de l’Orchestre Métropolitain à la Maison  symphonique  de Montréal
François Goupil Le chef Yannick Nézet-Séguin lors d’un concert de l’Orchestre Métropolitain à la Maison symphonique de Montréal

Plutôt que de purement et simplement museler la création jusqu’au 31 août, Québec devrait faire appel à l’inventivité des organismes culturels pour sortir de cette crise, estime le chef d’orchestre Yannick Nézet-Séguin. Ce dernier ne comprend pas pourquoi les demandes formulées par Québec, vendredi dernier, ne valent que pour le secteur culturel, alors que les organisations sportives professionnelles en sont exclues.

« Qu’on nous laisse quand même, à nous, institutions culturelles, le droit de penser s’il est possible de se rassembler tout en respectant la distanciation, mais en faisant de l’offre culturelle qui pourrait être diffusée en ligne et en direct et pour laquelle il pourrait y avoir éventuellement une structure payante. D’autres l’ont fait et, si c’est la façon de garder à l’emploi des travailleurs culturels, il ne faut certainement pas que ce soit rejeté du revers de la main. »

En entrevue au Devoir, le chef de l’Orchestre métropolitain, mais aussi du Met de New York et de l’Orchestre de Philadelphie, s’indigne de la manière « très délicate » dont les choses ont été annoncées par le gouvernement Legault, soit par voie de communiqué, en fin de journée vendredi, à la veille du congé pascal. « On a annoncé de façon un peu bancale que des événements sportifs pourraient se tenir avec de la distanciation sociale, mais pas les événements culturels », s’étonne-t-il. « En fait, ils n’ont pas dit formellement “pas les événements culturels”, ils n’y ont juste pas pensé… », ajoute le chef.

Ce deux poids deux mesures choque aussi la direction de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), qui a vu s’évanouir vendredi ses concerts dans les parcs, au festival de Lanaudière, mais aussi et surtout l’au revoir à Kent Nagano, à travers la Virée classique et un grand concert de l’Esplanade du Parc Olympique avec la 9e Symphonie de Beethoven. « J’ai été très intriguée par le fait que le sport professionnel pourrait recommencer, affirme la cheffe de la direction de l’OSM, Madeleine Careau. Je voyais les joueurs de football tous agglutinés les uns aux autres sur le terrain et me posais des questions sur la manière dont de tels acteurs pouvaient donner un spectacle sans distanciation de 2 mètres entre chaque participant. »

Pour l’heure, l’Orchestre se perd en conjectures. « Pourrons-nous revenir sur scène avec l’orchestre ? Nous sommes dans l’inconnu », constate Mme Careau, qui caresse encore l’espoir de pouvoir reporter les concerts dans les parcs à l’automne.

Démonstration à faire

Yannick Nézet-Séguin de son côté est prêt à rebrasser toutes les cartes « Je veux assurer que nous tous, à l’Orchestre métropolitain, et moi, personnellement, nous sommes tous derrière le gouvernement. On fait la bonne chose. Se faire dire que tout rassemblement, c’est ça qui est dangereux et que peut-être on va être les derniers à rouvrir, je comprends la logique. Mais ce qu’il faut faire pour nous, maintenant, c’est démontrer que, peut-être, si nous changeons nos façons de faire, que ce soit dans les salles, que ce soit dans notre comportement sur scène, nous pourrions revenir plus tôt qu’on pense. »

Si, sur une scène, il faut se mettre à deux mètres de distance, « il faut l’essayer plutôt que de dire que cela ne se fait pas : le contenu des pièces m’importe moins, aujourd’hui, que le fait de rejouer ensemble », poursuit le chef.

Yannick Nézet-Séguin espère que son cri du cœur et son appel à la réinvention vont être entendus en haut lieu pour faire réviser la fatalité du couperet arbitraire du 31 août. « Même si je crois que le concert doit être une expérience, en absence de cette expérience live, au lieu du silence, il vaut mieux trouver une autre solution permettant de continuer à apporter de la musique aux gens d’une autre façon en attendant. Il faut être créatifs. Nous le sommes sans doute chacun dans notre coin, mais c’est un moment pour mettre toutes ces idées en commun, car c’est en commun que tout cela va pouvoir recommencer. »