Du rock pour vieillir avec le sourire

Les deux membres du groupe The Monkees, Mike Nesmith et Micky Dolenz, présentent depuis l’an dernier leurs plus grands succès avec la tournée «The Mike And Micky Show».
Photo: Warner Music Canada Les deux membres du groupe The Monkees, Mike Nesmith et Micky Dolenz, présentent depuis l’an dernier leurs plus grands succès avec la tournée «The Mike And Micky Show».

« Hello là-haut ! Êtes-vous en sécurité ? » Cette voix souriante au bout du fil. Une voix avec des frisettes tout autour. C’est lui, ça ne peut être que lui. « It is ! » Grand éclat de rire. Hé hé, c’est Micky ! Micky Dolenz, des Monkees. Comme dans la chanson thème de leur géniale émission de télé de 1966-1968 : « Hey hey we’re The Monkees ! » L’entendre, c’est déclencher une playlist fabuleuse : c’est lui qui chante Last Train to Clarksville, I’m a Believer, Pleasant Valley Sunday, (I’m Not Your) Steppin' Stone, et un tas d’autres.

Le regretté Davy Jones en chantait aussi, le tout aussi regretté Peter Tork en poussait une de temps en temps, Michael Nesmith, sous sa tuque verte, parvenait toujours à glisser ses créations country pop dans les disques du groupe, mais la voix des Monkees a surtout été celle de Micky. Même s’il officiait derrière la batterie. Ringo Starr l’avait bien montré : un batteur qui chante, ça peut être très cool.

Il nous parle de chez lui, bien évidemment. Quelque part dans les hauteurs de Los Angeles. « Je suis un privilégié. Ici, ma compagne et moi, on a de l’espace. Bien sûr, nous sommes prudents, mais il y a des sections très densément peuplées à L.A., où garder en tout temps ses distances est vraiment un problème. Cette situation rend encore plus inégales les inégalités… »

C’est un peu étrange, un Micky Dolenz sérieux. À 10 ans, il jouait dans la série télé L’enfant du cirque, parmi les clowns. Le faciès lui est resté. La bonne humeur aussi. « C’est ma nature. Ça et le fait que je pouvais tenir la note, je pense que ça a contribué à ce je sois choisi pour les Monkees. »

Stephen Stills non, Micky oui

Pour les 400 jeunes chevelus qui ont répondu à la petite annonce parue en septembre 1965 dans le Hollywood Reporter et le Daily Variety, « MADNESS !!», en caractères gras et en majuscules, était le premier critère de sélection. « Il ne faut jamais oublier qu’au départ, les Monkees étaient une invention de jeunes producteurs qui voulaient faire de la télé autrement. J’ai été engagé pour jouer un rôle dans un groupe imaginaire… Qui est devenu un vrai groupe. »

Ce sont les vrais de vrais Dolenz et Nesmith qui présentent depuis l’an dernier le spectacle intitulé The Mike And Micky Show, et qui le présenteront encore une fois le virus vaincu. Mais dès ce vendredi, on peut se procurer (commander, télécharger…) le CD ou le DVD du spectacle. C’est le tout premier live des Monkees. Il y a bien eu le Live 1967 paru chez Rhino en 1987, mais c’était un document a posteriori : « Les conditions d’enregistrement à l’époque étaient bien primitives… Ce n’était pourtant pas si mal pour des gars qui apprenaient à jouer ensemble ! »

Qui plus est, la presse rock était alors en pleine campagne de dénigrement. Des musiciens de studio jouaient sur la majorité des succès du palmarès, mais pour le journal Rolling Stone naissant, il fallait séparer les demi-dieux des faux jetons. Que le Jimi Hendrix Experience soit programmé en première partie des Monkees était une sorte de blasphème. « Il y a eu ce moment où le rock s’est pris très au sérieux. Résultat, nous étions catalogués. Mais pas par les fans, et pas non plus par les musiciens. »

Il ne faut jamais oublier qu’au départ, les Monkees étaient une invention de jeunes producteurs qui voulaient faire de la télé autrement. J’ai été engagé pour jouer un rôle dans un groupe imaginaire… Qui est devenu un vrai groupe.

 

Frank Zappa était fan, Hendrix copain, Stephen Stills s’était présenté aux auditions et aurait bien pu être l’un des Monkees. Les Beatles, qui avaient eux-mêmes fait les guignols au cinéma, étaient admiratifs. « John me disait qu’on était des Marx Brothers chantants. Quand je suis allé à Londres la première fois, au début de 1967, j’ai abouti chez Paul [McCartney] à St John’s Wood, et puis on est allés aux studios d’EMI pour écouter leurs nouvelles chansons qui venaient tout juste d’être mixées : Strawberry Fields Forever et Penny Lane. »

Bannis, mais ravis

« Faire un spectacle au Hollywood Bowl le soir, puis tourner des scènes le lendemain matin, ils comprenaient ce que c’était. Et ils comprenaient que s’imposer en tant que musiciens sur nos propres disques n’avait rien d’évident. » En 1967, moins d’un an après « l’invention » des Monkees, le troisième album du groupe était entièrement joué par les quatre jeunes gens, devenus inséparables et solidaires. « On faisait partie de la scène musicale. »

N’empêche qu’à ce jour, les Monkees n’ont toujours pas été intronisés au Rock and Roll Hall of Fame. « Je suis dans la fondation du Hall of Fame, et j’en suis fier. Mais le comité directeur, il faut bien l’avouer, est un private club. » Jann Wenner, qui lança Rolling Stone, y siège. Ceci explique cela. « Ce n’est pas bien important. Nous préférons propager de la joie et chanter nos chansons. C’est comme notre chanson thème, je le répète : “We’re too busy singing / To put anybody down”. Je tiens à vieillir avec le sourire. »

The Monkees Live: The Mike and Micky Show

The Monkees, Rhino Entertainment