ATMA Classique vendue à Ad Litteram

ATMA Classique publie notamment les disques de l’Orchestre Métropolitain.
Photo: Francois Goupil ATMA Classique publie notamment les disques de l’Orchestre Métropolitain.

Le Devoir a appris que l’une des deux grandes étiquettes classiques québécoises, ATMA Classique, sera acquise par la société Ad Litteram de Guillaume Lombart. La transaction, dont la date d’entrée en vigueur est le 1er avril, sera officialisée lundi. Nous avons pu nous entretenir avec ses protagonistes.

ATMA Classique, qui publie notamment les disques de l’Orchestre Métropolitain, des Violons du Roy, des Voix humaines, de Pentaèdre et de bien d’autres artistes d’ici, est menée par Johanne Goyette depuis 1995. Elle en est l’unique actionnaire depuis 1999.

J’ai toujours pensé [...] que la qualité dure et qu’elle est indémodable. Je vais continuer à travailler sur cette ligne.

Pour tous ceux qui s’inquiètent d’une rupture dans la ligne éditoriale, tant l’acquéreur, Guillaume Lombart, que Johanne Goyette se font très rassurants : « Je reste directrice artistique et responsable des activités d’enregistrement, nous dit Mme Goyette. La compagnie ATMA reste intègre. Les actions vont être détenues par Guillaume Lombart. Il était important pour moi d’assurer la pérennité de mon entreprise : je ne voulais pas vendre le catalogue et diluer l’ensemble de ce que j’avais bâti. L’offre de M. Lombart était de garder les activités d’ATMA en y adjoignant des pans qui relèvent de son expertise. »

Un nouveau type de consommation

Cette expertise de Guillaume Lombart, qui, en 2012, a mis sur pied le site de diffusion vidéo en continu Livetoune afin de promouvoir la musique des artistes québécois en ligne, se situe dans les domaines de la vidéo et de la diffusion numérique. Interrogé par Le Devoir, il récuse toute idée de morosité du marché : « Je suis éditeur de musique, et la consommation de musique augmente d’année en année dans le monde. C’est la redistribution des revenus qui a beaucoup changé, mais le monde de la musique est en évolution, pas en régression. » Raison suffisante d’investir dans un marché de niche ? « L’avantage de la musique classique, par rapport à la pop québécoise, est qu’elle est exportable et intemporelle, ce qui, pour un éditeur, est un avantage. Je n’ai pas l’habitude de travailler à court terme. Quand, en plus, le territoire est le monde, cela devient intéressant. »

Promoteur de spectacles et producteur dans l’audiovisuel, Guillaume Lombart a des relations avec Stingray et connaît bien les acteurs de Medici.tv et Mezzo Live HD. « Comme nous avons l’équipement pour faire des captations, l’objectif est de produire du contenu audiovisuel diffusé ensuite sur les chaînes internationales. » À cet égard, Guillaume Lombart souligne que la « consommation de musique a totalement changé ». « YouTube est en train de révolutionner la consommation. Apple est en train de faire la même chose. On pourra acheter de la vidéo rémunérée. Encore faudra-t-il être présent. Il faudra donc actualiser l’offre de la musique », résume celui qui considère que « la musique ne s’écoute plus ; elle se regarde ».

Quant au moment, Johanne Goyette le souhaitait, mais il est le fruit de circonstances : « Si je n’avais pas rencontré M. Lombart, j’aurais gardé mon entreprise : cela fonctionne bien, et j’ai l’énergie et l’enthousiasme pour la faire fonctionner. Mais, oui, le moment est idéal pour moi. » Malgré la différence de profil, on comprend que le discours de Guillaume Lombart ait pu séduire l’entrepreneure : « J’ai toujours pensé, peut-être parce que mes parents sont antiquaires, que la qualité dure et qu’elle est indémodable. Je vais continuer à travailler sur cette ligne. Quelque chose de qualité fonctionne toujours après trente ans. Nous allons simplement proposer une offre élargie de moyens de consommation. »