Cindy Bédard avant, pendant et après l’orage

La chanteuse country, originaire de la capitale québécoise du genre, Saint-Tite, sort un nouvel album: «Après l’orage».
Photo: Frédérique Bérubé La chanteuse country, originaire de la capitale québécoise du genre, Saint-Tite, sort un nouvel album: «Après l’orage».

« J’ai une nouvelle maison / Avec de la lumière dedans / Des fenêtres qui donnent sur un balcon / Où j’irai me bercer tranquillement », chante Cindy Bédard dans Quand passent les vents, premier titre de son nouvel album. Les guitares de Rick Haworth et Richard Boisvert fournissent le décor. Panoramique. On voit loin, de ce balcon. « Oh, penses-tu qu’on sera des vieux / Aux diamants dans les yeux », continue Cindy dans Ça se peut : c’est une chanson inquiète qui galope, de peur que tout s’arrête : « La tempête passera chez nous. »

Et ainsi de suite. Impossible de ne pas lier toutes les chansons à ce qu’on vit, chacun chez soi et mondialement, ces jours-ci. L’album s’intitule Après l’orage. On y est, dans l’orage. « Ça oui ! », s’exclame la chanteuse au bout du fil. « Et on n’est pas encore rendu après ! La chanson nous parle autrement. Ça devient plus grand que soi, je pense que c’est la beauté de la musique. Ça peut servir ! » La musique country, ça vaut la peine de le redire, c’est la vie dans sa dichotomie fondamentale. Rencontre et séparation, grandes joies et peines profondes, naissance et deuil, espoir et déception, amour-toujours et amour-jamais-plus, drame et résilience. « Ce mot-là, résilience, est en train de devenir le mot de l’année. En fait, c’est toujours de ça qu’il est question dans la vie et dans les chansons : comment on passe ou pas à travers… »

On est interreliés, on ne l’a jamais senti autant que maintenant, alors qu’on peut pas se toucher. C’est fort, le besoin de toucher, d’être touché.

 

Dans cet album, qu’il s’agisse des chansons écrites et composées par Cindy Bédard (aux titres qui racontent déjà l’histoire : Mon chum, T’aimer tellement, Té juste pas là…), qu’il s’agisse de chansons sur mesure fournies par Paul Daraîche (Je ferai le tour du monde), Daniel Bélanger (Mon irrésistible amour), Éloi Painchaud (Tu comprends rien à la musique country), Andrea Lindsay et Luc de Larochellière (Après l’orage), qu’il s’agisse d’une reprise de Lucinda Williams (Essence), on est fatalement et inexorablement dans un déroulement, quelque chose survient et on réagit. Individuellement ou collectivement, c’est pareil. « On est interreliés, on ne l’a jamais senti autant que maintenant, alors qu’on peut pas se toucher. C’est fort, le besoin de toucher, d’être touché. C’est vrai pour Paul Daraîche comme pour Daniel Bélanger. Ils parlent d’eux-mêmes, de moi, de nous, de ce qui nous unit et nous désunit. On est à la même place. »

Pour ne pas chevaucher seul

C’est de la chanson country de proximité qui a du souffle, de l’envergure et de l’espace, dans les paysages dessinés par les coréalisateurs Rick Haworth et Rob Heany. Fresques pour accompagner la chevauchée. À seul ou à plusieurs. « On a tout enregistré ensemble, et je ressens très fort la présence physique de tout le monde. Rick avec toutes ses guitares, sa mandoguitare, son pedal steel, et son rire ! J’écoute l’album et il me semble que ça n’a pas de bon sens qu’on soit pas en train de jouer quelque part ensemble, dans une place pleine de monde. » À plus forte raison quand on est née à Saint-Tite, et qu’on est encore et toujours résidente de la capitale du country au Québec : « Je suis en plein dans le village : pendant le festival, je loue des places pour les roulottes. Le country, ça se vit beaucoup en gang, même si des fois c’est une gang de gens tout seuls. »

Tout se partage, dans le country. « C’est toujours ça, l’intention. Exprimer et partager. » La chanson de Bélanger, ballade pour cinéma de guitares sur lit de piano électrique, est faite pour tous les esseulés du monde : « Un jour de soleil pourtant / Viens creuser le vide que j’ai dedans. » Celle du tandem Lindsay-Larochellière n’enfonce pas moins le couteau dans la plaie, pour le bien de tous : « Que reste-t-il après l’orage ? / Arbres cassés, sentiers de boue / Quand nous aurons tourné la page / Dis-moi, que restera-t-il de nous ? » La mélodie est caressante et douce, la voix de Cindy réconfortante. « Je pense que c’est une chanson qui dit : oui, il y a des gros dommages, mais on est encore là. C’est pas mal l’essentiel. »

Après l’orage

Cindy Bédard, Audiogram