«Pour une histoire d’un soir»: le retour d’une bonne idée

Marie Denise Pelletier, Joe Bocan et Marie Carmen lors du spectacle «Pour une histoire d’un soir»
Photo: André Chevrier Marie Denise Pelletier, Joe Bocan et Marie Carmen lors du spectacle «Pour une histoire d’un soir»

Les trois chanteuses apparaissent ensemble, main dans la main. Accueil plus que joyeux. L’acclamation est aussi bruyante que la Cinquième salle de la Place des Arts le permet, quand c’est plein. Et c’est complet. C’est complet les quatre soirs à la PdA, en mars comme en mai. Et ce sera souvent complet en tournée aussi. L’orchestre a servi en entrée un pot-pourri instrumental des grands succès de Marie Carmen, Joe Bocan et Marie Denise Pelletier, préparant le terrain.

On comprend vite que la soirée va bien se passer. La chanson à trois pour commencer. Et puis sept titres en rafale, où chacune rappelle ce qu’elle sait faire, avec les deux autres qui demeurent sur scène, bombardées choristes. C’est déjà suffisant pour que le plaisir soit grand, et partagé. Le timbre si particulier de la voix de Marie Carmen fait son effet : Dans la peau, parmi les sept, soulève instantanément. Marie Denise Pelletier, qui n’a jamais été sous le radar et poursuit sa belle carrière, surprend moins, époustoufle encore : c’est une interprète incomparable, capable de tout chanter. Joe Bocan avait du chien, du charme et du chic, elle en a encore autant.

Une très gagnante formule

« Si vous saviez à quel point on a rêvé à cette soirée… », lâche Marie Denise sans exagérer. Ça se prépare depuis un an, ajoute-t-elle. Fébrilité sentie, mais entre vous et moi, ça n’allait pas rater. Formule gagnante. Éprouvée, même. Le spectacle Entre vous et moi, qui réunissait Luce Dufault, Marie-Élaine Thibert, Martine St-Clair et Marie-Michèle Desrosiers, a été l’un des rares succès grand public dans les salles de la Belle Province : des salles pleines partout, un véritable engouement populaire comme on en voit peu, désormais. Il y avait de quoi : complicités non feintes, succès à la pelle, chanteuses imparables.

Pareil ce soir. Quand Marie Denise refait Inventer la Terre, la chanson qui lui avait permis de se distinguer au Festival de la chanson de Granby, c’est l’ovation. « Nous sommes de l’époque où les 45 tours existaient », précise Joe. Ils existent encore, le Jour du disquaire s’en vient, il y aura plein de sorties à petit tirage. Le 45 tours a eu le temps de partir et de revenir, pourrait-elle dire. Ça donne la mesure de l’intervalle : toutes trois ont dominé les palmarès au début des années 1990, en pleine transition vers le CD. C’était il y a trente ans : c’est le délai idéal pour présenter un tel spectacle, les gens en ont plus qu’envie, ils en ont besoin.

Au FEQ l’an dernier, quand Julie Masse est venue rejoindre Corey Hart sur scène, le triomphe n’était pas usurpé : on retrouvait toute une chanteuse, et aurait pris un plein spectacle d’elle. Imaginez des dizaines de milliers de spectateurs extatiques qui ne veulent rien d’autre qu’entonner C’est zéro. Marie Carmen ravivant J’ai le blues de vous mardi soir ? Toute la salle se souvenait des paroles. Et faisait le même constat : elle nous a manqué, Marie. Sa version de L’Aigle noir aussi. Jusqu’au tour de manège des « dididam dididam papampampam » à la fin. Oui, ovation.

Les belles de Michel Berger, Germain Gauthier… et Luc Plamondon

Pour l’inévitable séquence Plamondon, Marie et Marie Denise s’échangent leurs rôles et leurs chansons : c’est mille fois plus réussi que tout le spectacle symphonique en hommage à Plamondon, de récente et navrante mémoire. Chansons incarnées, chanteuses ! Quand Joe se joint à Marie Denise et Marie pour partager J’ai douze ans, la magnifique mélodie de Germain Gauthier est dûment célébrée, les mots de Plamondon tout autant.

Au retour de l’entracte, chacune y va de ses incontournables, qui ne sont évidemment pas contournées : ce qu’il y a de bien dans ces spectacles, c’est précisément qu’on reste tout en haut du palmarès : que des succès qui méritaient de l’être ! Avec des refrains qui cartonnent invariablement. Tous les cris, les s.o.s, la chanson de feu Balavoine, est si bien construite, si parfaite pour le large registre de Marie Denise Pelletier, on avait oublié à quel point. Ôtez-vous de là ! Fa-bu-leu-se version ! La force de l’ovation étonne la chanteuse jusqu’aux larmes.

Quand Joe Bocan arrive à Repartir à zéro, elle a gagné aussi son ovation. Quand Marie Carmen pousse Entre l’ombre et la lumière, la salle est soulevée, transportée. Je me suis souvenu de la première d’un très bon spectacle d’elle au Saint-Denis, dans l’autre siècle. Et le souvenir n’était en rien déficitaire. Cette histoire d’un soir est celle de vies qui continuent.