Post Malone, l’homme qui murmurait à l’oreille des millénariaux

À Montréal, Post Malone a usé de son charisme pour chanter les cœurs brisés, encenser l’amitié et célébrer la vie. Et tant pis pour ceux qui le détestent.
Photo: Tim Snow À Montréal, Post Malone a usé de son charisme pour chanter les cœurs brisés, encenser l’amitié et célébrer la vie. Et tant pis pour ceux qui le détestent.

Depuis la lancée spectaculaire de sa carrière, Post Malone s’est fait reprocher moult choses. Mais on ne saurait lui reprocher de ne pas faire preuve de reconnaissance. Devant la foule de 16 120 personnes rassemblées au Centre Bell dimanche soir, l’artiste de Dallas a dit merci plus de fois qu’il n'a dit fucking. Et ça, ça veut dire plein de fois.

C’est dans la fumée qu’Austin Richard Post, de son vrai nom, a ouvert les festivités. Et il l’a fait avec la pièce-titre de son éclectique troisième album, Hollywood’s Bleeding, sombre complainte sur ces vampires s’abreuvant à la célébrité des autres. « You never took the time to get to know me », a-t-il chanté avec intensité. Vrai que, face à « Posty », beaucoup ne passent pas outre la première impression. Celle du type échevelé au visage recouvert de tatouages. Celui avec le mot « Always » sous un œil et « Tired » sous l’autre. C’est d’ailleurs son côté légèrement endormi que ses détracteurs lui reprochent. Vingt-quatre ans, déjà fatigué ? Garçon, allez.

Dans un article dévastateur ayant fait date, le Washington Post l’a même qualifié de « star représentant parfaitement l’instant présent de l’histoire américaine ». « Ce n’est pas un compliment », ajoutait le journaliste, juste pour être sûr. Pour ce qui est de sa musique, il la qualifiait de « forme de bâtardisation du rap la plus superficielle de tous les temps ».

Homme de son temps, celui qui mêle si bien pop et hip-hop s’est néanmoins employé année après année à faire mentir ceux qui ne cessent de prédire sa fin. Celle de sa carrière comme de sa personne. L’été dernier, lorsque l’avion qui le transportait a dû atterrir d’urgence, de nombreux internautes ont exprimé leur déception à l’idée qu’il ne se soit pas tout bonnement écrasé.

Sa réplique ? Chanter, simplement, « J’avais des amis, maintenant, j’ai des ennemis » dans la bien nommée pièce Enemies, l’un des nombreux airs accrocheurs à s’être glissé dans sa liste dimanche. Car ce chic type combat la haine à coup de tubes à la chaîne. Et il les a fait défiler dimanche, entrecoupant le tout de mercis, toujours. « Thank you so fucking much, ladies and gentlemen. »

Pour certains, Post Malone demeure un phénomène incompréhensible. Certes, le spectacle peut mystifier. À l’exception de projections de lui-même sur grand écran, Post Malone se promène sur scène seul avec son micro, sans instrument, armé seulement de ses chansons et de ses tracks en playback. Ses propos vont droit au but : « J’aimerais avoir une meilleure histoire à vous raconter, mais j’ai écrit cette pièce parce que je venais de m’acheter une montre vraiment cool », a-t-il par exemple remarqué avant d’interpréter Psycho. Pour qui aime les envolées lyriques, cela peut sembler bien faible. Pour ses fans, c’est justement ce côté candide qui fait son succès.

Car la star aux multiples milliards d’écoutes sur Spotify a une âme sensible. Certes, il psalmodie parfois sur la marque de ses sous-vêtements et celle de la bière qu’il descend (dans ses mots poétiques : « Versace boxers on my dick | Bud Light runnin' through my piss »), mais au cœur de la majorité de ses textes se trouve le thème qui a abreuvé 99,9879 % de toute la musique de tous les temps : les peines d’amour. « Toutes mes compositions parlent du fait de se sentir comme de la merde et d’être triste », a-t-il rappelé à un public qui se sentait visiblement à l’opposé de ces sentiments. Pour appuyer son propos, il a balancé Better Now, où il assure qu’il ira bien même s’il a été quitté. Après tout, c’était « seulement » l’amour de sa vie. Oh.

Dans un registre plus joyeux, cette machine à mélodies qu’est Posty a interprété Saint-Tropez, une « célébration de l’existence ». « Vous essayez de me donner des conseils, mais je fais ce que je veux depuis que je suis un fœtus », y clame-t-il essentiellement. L’idée de faire ce que l’on veut sans se soucier des autres a du reste traversé le concert. « Je vais me défoncer », a-t-il ainsi prévenu, en levant son verre, en se grattant la tête tendrement. Personne n’a soulevé d’objections.

D’une voix forte, il a interprété une autre ode, encore une, au fait de « se sentir nul et d’avoir le cœur brisé ». C’était Goodbyes, si belle pièce de « presque rupture » où il dit ne pas avoir de talent pour les adieux. Mais il en a pour les raconter.

Malheureusement, de l’endroit où nous nous trouvions du moins, le son au volume maximum s’est passablement détérioré durant le concert pas par sa faute. Durant Wow., c’était tellement dans le tapis que cela rendait l’appréciation moins agréable. On a quand même suivi lorsque, romantique, il s’est enquis si tout le monde avait passé une chouette Saint-Valentin avant de présenter une autre chanson qui parle d’être salement triste. « J’espère que personne ici ne se sent de la même façon », a-t-il lancé.

Parlant de lancer, il a avoué qu’il avait joué au beer pong durant toute la journée (comprendre : à du tennis de table, en version alcoolisée). Et que c’est dans cet état altéré qu’il allait nous « jouer de la fucking guitare ». « Donc si certains se souviennent des paroles… » a-t-il ajouté. Il s’en souvenait, cela dit. Et c’est ainsi qu’il a fait Stay, un des meilleurs morceaux de son répertoire, dans lequel quelqu’un lui éteint élégamment une cigarette sur le visage.

Après cet interlude en mode ballade, il a d’ailleurs laissé sa guit' au profit d’une cigarette, pour enchaîner avec cette célébration de l’amitié qu’est Go Flex, tirée de son premier album, Stoney. Le même disque qui contient son premier tube de toujours, White Iverson (en référence à l’étoile du basket, Allen de son prénom). « Avant d’écrire cette chanson, je dormais dans le placard de mon ami, a-t-il raconté, ému. Maintenant, je fais le tour du monde. Merci, merci beaucoup. »

Après une finale a cappella, et une révérence, son ami rappeur Swae Lee, qui avait officié en première partie, l’a rejoint pour Sunflower — et pour distribuer des fleurs à l’assemblée. « Depuis que je suis connu, ma vie a changé pour le mieux, mais aussi pour le pire. Mais c’est correct parce que les mêmes fils de *** qui m’insultaient me tendent désormais la main dans la rue pour me féliciter », a résumé la rockstar avant de conclure sur le supersuccès du même nom (lire : rockstar, « grrra-ta-ta-ta »), suivi de Congratulations. Conclure ? Non, il lui restait encore une chose à dire. « Merci, merci, merci, fucking merci. »