«La Veillée de l’avant-veille»: le folklore vole en éclats

Le Vent du Nord sera accompagné de La Galvaude ainsi que du duo Seba et Horg pour sa Veillée de l’avant-veille.
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Le Vent du Nord sera accompagné de La Galvaude ainsi que du duo Seba et Horg pour sa Veillée de l’avant-veille.

Les musiques du terroir québécois brilleront à nouveau au Club Soda ce soir pour la traditionnelle Veillée de l’avant-veille organisée par Le Vent du Nord. Cette année, l’orchestre a préparé une exceptionnelle affiche faisant voler en éclats notre folklore : en plus des hôtes, qui proposeront un répertoire s’appuyant sur le matériel de leur 10e album, Territoires, lancé au début de l’année, nous giguerons au rythme du duo rap Seba et Horg et renouerons avec La Galvaude, groupe phare du renouveau de la musique trad des années 1990 réuni sur scène après quasiment 25 ans d’absence.

La Galvaude a filé comme une comète dans le firmament musical du Québec au début des années 1990, cette glorieuse époque pour notre tradition musicale. Grâce au génie de la Bottine souriante et à ses grands albums Jusqu’aux p’tites heures (1991) et La Mistrine (1994), notre musique explorait alors d’autres avenues musicales en suscitant de l’intérêt partout sur la planète.

Profitant de cet élan de créativité, de jeunes musiciens formaient alors La Galvaude qui, en trois albums — dont La danse des foins (1993) et Le rapide du Joual blanc (1995) —, a intégré une touche de rock à notre tradition, tout en insistant joliment sur ses racines irlandaises. Le groupe témoignait alors de l’émergence d’une nouvelle génération de musiciens, généralement issus des bancs d’école, versés en jazz, en musique classique ou populaire, qui revisitait à sa manière les musiques de racines québécoises.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le duo Seba et Horg

La Galvaude n’a existé que pendant cinq ans, entre 1991 et 1996, mais a laissé une trace indélébile sur le développement de notre musique. Le retour est un petit miracle de Noël ! « Ça fait plus de vingt ans qu’on n’avait pas joué ensemble », raconte le guitariste et multi-instrumentiste Éric Beaudry qui, après l’aventure Galvaude, a rejoint les rangs de la Bottine pendant une quinzaine d’années, puis formé le trio De Temps Antan.

C’est l’insistance du festival Mémoire et Racines de Joliette qui nous permet de replonger aujourd’hui dans le répertoire du groupe : « Nous sommes remontés sur scène l’été dernier, à leur demande ; on s’est dit que tant qu’à remonter un concert, pourquoi pas en faire au moins un autre ? Le groupe ne se reforme pas pour repartir sur la route ni en studio, seulement pour trois concerts et c’est parfait ainsi », dit le musicien qui enseigne également son art au cégep de Joliette.

« Non, je n’enseigne pas l’histoire de La Galvaude, mais j’explique la réalité d’un musicien traditionnel en 2019. On n’a pas la chance de beaucoup jouer au Québec — quoiqu’il y a de plus en plus de festivals qui diffusent cette musique chez nous, depuis quelques années —, mais la réalité est qu’on donne 80 % de nos concerts ailleurs que chez nous. » À preuve, De Temps Antan et Le Vent du Nord donneront leur concert SOLO le 24 janvier prochain au prestigieux Carnegie Hall de New York.

Rapper ses racines

Et que viennent giguer Seba et Horg là-dedans ? D’abord, en décembre 2018, le duo dévoilait une collaboration avec les musiciens du Vent du Nord, reprise rap en chemise à carreaux du classique de Noël Deck the Hall, traduite en « Fa La La » et agrémentée d’un texte original signé Seba. Pariez qu’on l’entendra au Club Soda.

Dans la prosodie aussi, il y a un lien, du rap à la turlutte — quand t’écoutes Jos Montferrand de Gilles Vigneault, c’est du rap, au fond !

Ensuite, il y a certainement un lien à établir entre le travail du rappeur et celui d’un « calleur » comme le réputé Jean-François Berthiaume, qui animera la dance en fin de soirée. « J’ai beaucoup lu sur l’histoire du rap, explique Seba. Les premiers MC, dans le fond, c’était le gars au micro pendant que le DJ faisait jouer les chansons et qui parlait au public : When I say “ Ho ! ”, you say “ Ho ! ”. C’est la même affaire que de dire : “ Swinguez de bord votre compagnie ! ” Dans la prosodie aussi, il y a un lien, du rap à la turlutte — quand t’écoutes Jos Montferrand de Gilles Vigneault, c’est du rap, au fond ! »

Puisqu’il n’y a pas de hasard, c’est justement un rapport que Seba entend explorer au cours de l’année qui arrive, lui qui prépare son album solo : « Je m’enligne sur une écriture humoristique dans mon rap, explique le musicien. Avec Horg, je remarque que les gens rient durant nos concerts et j’aime vraiment ça. Je me suis forcé à écrire des textes dans cet esprit. »

Allant même jusqu’à suivre une formation en écriture humoristique pour alimenter sa plume. « Souvent, les humoristes préparent des numéros de cinq minutes ; moi je me force pour écrire des raps humoristiques de trois minutes ! »

Or, ce prochain album solo aura une couleur résolument trad, insiste Seba en expliquant son processus d’écriture : « Quand je compose le texte, je commence par turluter sur un beat ; ensuite, je me base sur ça, cette prosodie, pour composer mon texte. » Cinq ou six chansons ont déjà été enregistrées, « mais elles ne sont pas encore assez abouties pour pouvoir les présenter au public le 30 décembre. Quand même, c’est dans cette direction que je vais, un rap influencé par la musique traditionnelle. »

 

La veillée de l’avant-veille

Avec Le Vent du Nord, La Galvaude, Seba et Horg et Jean-François Berthiaume, au Club Soda, lundi, dès 20 h 30.