Une symphonie de Beethoven composée par l’intelligence artificielle

Un quatuor à cordes et un pianiste interprètent la 10e Symphonie de Beethoven réalisée à l'aide de l'intelligence artificielle, à Bonn, le 13 décembre.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Un quatuor à cordes et un pianiste interprètent la 10e Symphonie de Beethoven réalisée à l'aide de l'intelligence artificielle, à Bonn, le 13 décembre.

Ludwig van Beethoven n’avait couché que quelques notes sur un carnet lorsqu’il est mort en 1827. Une équipe de musicologues et d’informaticiens tente de prolonger sa 10e Symphonie grâce à l’intelligence artificielle.

Le résultat final sera présenté le 28 avril 2020 à Bonn et doit constituer un des temps forts des nombreuses festivités, qui ont démarré vendredi, marquant le 250e anniversaire de la naissance du compositeur.

Beethoven avait commencé à travailler sur cette symphonie en parallèle de la célébrissime 9e et son Hymne à la Joie mondialement connu. Mais il a rapidement délaissé la 10e, qui se limitait, à sa mort à 57 ans, à quelques notes, à des schémas et à des esquisses manuscrites.

Une équipe d’informaticiens et de musicologues tente de la prolonger en se servant d’un logiciel d’apprentissage automatique. Le logiciel a d’abord ingurgité et analysé toutes les oeuvres du compositeur. Il génère ensuite, grâce à des algorithmes de traitement de la parole, des tentatives de prolongements de la partition.

Le projet a été lancé par Deutsche Telekom, basé à Bonn, la ville natale du compositeur.

« Tout comme le langage, la musique se compose de petites unités — lettres ou notes — qui, une fois réunies, ont un sens », explique une porte-parole du groupe à l’AFP.

Les premiers résultats ont été jugés il y a quelques mois trop mécaniques et répétitifs, mais les dernières tentatives seraient plus probantes.

« Les responsables nous ont joué de premiers essais. […] Le développement [par rapport à de précédents essais] est impressionnant, même si l’ordinateur a encore beaucoup à apprendre », estime auprès de l’AFP Christine Siegert, directrice du fonds d’archives et du département de recherches de la Maison Beethoven, à Bonn.

Selon cette spécialiste du compositeur, son oeuvre ne « peut être dénaturée par une telle initiative, dans la mesure où ce qui est créé ne fait évidemment pas partie de l’oeuvre et où les fragments de la 10e Symphonie ne sont eux-mêmes que des pistes de travail limitées ».

Mme Siegert se dit « convaincue » que le compositeur n’aurait pas renié ce type d’initiatives étant lui-même un « visionnaire » à son époque.

Le compositeur et musicologue britannique Barry Cooper, auteur lui aussi d’une tentative d’achèvement du premier mouvement de la 10e Symphonie, est plus dubitatif.

« J’ai écouté un court extrait, ça ne ressemblait pas du tout à une reconstruction convaincante de ce que Beethoven voulait faire, même en tenant compte du son informatisé et de l’absence de tout contraste entre les sons fort et doux », explique-t-il à l’AFP, jugeant toutefois qu’il y a « de la place pour l’amélioration » du résultat.

Pour ce professeur à l’Université de Manchester, auteur de plusieurs ouvrages sur le compositeur, « dans toute interprétation de la musique de Beethoven, il existe un risque de déformer ses intentions ». Dans le cas présent, le « risque » de dénaturer l’oeuvre est encore plus grand, la 10e Symphonie n’existant qu’à l’état de timides ébauches.

Une position que partage Dirk Kaftan, le chef de l’Orchestre Beethoven de Bonn, précisant que l’IA permettait de découvrir « un tout nouveau territoire ».

D’autres initiatives similaires ont déjà été menées, sur Mahler, Bach ou Schubert. Avec des résultats plus ou moins convaincants.