«Frenergy»: diversifié et enlevant

À la tête de cet orchestre de composé de 76 musiciennes et musiciens, dont 35 Européens de 16 pays, Montréal découvrait ce soir le chef autrichien Sascha Goetzel.
Photo: Tam Lan Truong À la tête de cet orchestre de composé de 76 musiciennes et musiciens, dont 35 Européens de 16 pays, Montréal découvrait ce soir le chef autrichien Sascha Goetzel.

Une détonante et juvénile association musicale canado-européenne dans une période surprenante, les orchestres de jeunes oeuvrant en général pendant les vacances estivales, valait à Montréal de découvrir jeudi soir un chef autrichien de 49 ans, Sascha Goetzel, qui dirige depuis 10 ans le Borusan Philharmonic Orchestra d'Istanbul. Avec cet orchestre, il a notamment enregistré avec le violoniste Nemanja Radulovic le Concerto pour violon de Khatchaturian et celui de Tchaïkovski pour DG.

Cette soirée était aussi pour nous l’occasion de revoir le violoniste canadien Blake Pouliot. Ce dernier a pleinement confirmé son rang parmi les dauphins de James Ehnes, avec, notamment, un Introduction et Rondo capriccioso abordé crânement, avec une projection intense, une justesse impeccable, une précision millimétrée. Tout cela était à la fois risqué et aiguisé. Il a renouvelé cette hargne bien placée dans Tzigane de Ravel, sans aucune exagération, joué avec un instinct à la fois ludique et sportif et beaucoup de finesse dans les aigus.

Le concert démarrait sur les chapeaux de roues avec une pièce de John Estacio une fois de plus enthousiasmante et redoutablement efficace. Si un jour on en venait à perdre la bande-son de Bernard Hermann pour La mort aux trousses de Hitchcock, Frenergy pourrait servir de socle pour une musique de substitution, notamment dans la scène de l’avion épandeur poursuivant frénétiquement Cary Grant dans le champ de blé. Le concert a fini avec la même énergie sur Unter Donner und Blitz (« Sous le tonnerre et les éclairs ») de Strauss, en rappel, avant un inattendu revirement, lorsque tout l’orchestre s’est levé pour entonner a cappella le choeur Lead Us Home du compositeur canadien Matthew Emery.

Sascha Goetzel a soigné, dans Tannhäuser de Wagner, la culture sonore plus que la passion dévorante et la flamme dont il aurait pu animer les jeunes musiciens dans la succession des divers thèmes. Les phrases étaient bien soutenues, les attaques de cuivres (superbes cors et trombones) cultivées et point trop dures. L’emballement attendu a eu lieu dans la coda seulement.

La seconde partie voyait le chef autrichien à l’oeuvre dans l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini et la Suite de 1945 de L’oiseau de feu de Stravinski. Cette dernière réintègre de courtes pantomimes qui préservent des couleurs très Rimski-Korsakov du ballet intégral.

Les options de Goetzel et le jeu de l’orchestre, mené dans cette seconde partie par une violoniste qui semblait faite pour le rôle de Konzertmeister, semblaient monter d’un cran. Dès le début de Guillaume Tell, la violoncelliste irréprochable était soutenue par son pupitre, mais aussi des contrebasses très agissantes qui créaient un mouvement fort intéressant. La suite, tonique, mais jamais bruyante nous transportaient à un autre niveau que le Wagner, à l’exception du cor anglais assez exotique.

L’oiseau de feu a été admirablement buriné et calibré avec, en prime, les coups d’archet « russes » (en tous cas ceux d’Evgueni Svetlanov) dans le Finale. Ils s’imposent et pourtant on les entend si rarement. Cet orchestre composé de 76 musiciennes et musiciens, dont 35 Européens de 16 pays, laissera vraiment un très bon souvenir. Quant au chef, on a hâte de le revoir à l’OSM ou à l’OM.


Frenergy

John Estacio : Frenergy. Saint-Saëns : Introduction et Rondo capriccioso. Ravel : Tzigane. Wagner : Tannhäuser (ouverture). Rossini : Guillaume Tell (ouverture). Stravinski : L’oiseau de feu (Suite, 1945). Blake Pouliot (violon), Orchestre national des jeunes du Canada, Orchestre des jeunes de l’Union européenne, Sascha Goetzel. Basilique Notre-Dame, jeudi 14 novembre.