Guillaume Arsenault sur son vaisseau folk-prog au Ministère

La chanson-titre du dernier album de Guillaume Arsenault est pleine d'oiseaux qui pépient au-dessus d'un grand filet de pickings acoustiques, surplombant une plage de piano électrique et de trombone.
Photo: Jérôme Landry La chanson-titre du dernier album de Guillaume Arsenault est pleine d'oiseaux qui pépient au-dessus d'un grand filet de pickings acoustiques, surplombant une plage de piano électrique et de trombone.

Cinquante ans après In The Court Of The Crimson King, quarante-cinq après le premier Harmonium, la manière folk-prog du nouvel album de Guillaume Arsenault étonne sans étonner vraiment. Tout revient, non? Ne sommes-nous pas en plein recyclage des matières plastiques des synthétiques années 1980-1990, façon A-Ha, Talk Talk et Duran Duran? (Pourquoi diable des noms de groupes en double, déjà le déficit d'attention?) C'est cyclique, c'est normal, et pourtant, à la différence des musiques brutes, du rockabilly au rock de garage en passant par le punk, le prog semblait lié à son époque faste.

À plus forte raison le folk-prog. Qui se souvient de Fairport Convention, de Pentangle, de l'Incredible String Band? Et pourtant, pourtant, ce mardi soir dans un Ministère composé de gens de tous âges, les musiques à la fois très mélodiques et pas du tout simples de Guillaume Arsenault semblent échapper au temps. Oui, c'est du folk-prog, mais sans âge, justement, insaisissable et vivant. Pas aussi fou que le néo-prog du Lennon-Claypool Delirium, mais tout naturellement audacieux quand même.

Le temps des coudées franches

Il avait le folk plus folk, avant, Guillaume Arsenault. Est-ce l'éloignement relatif du gars de Bonaventure qui lui donne ainsi les coudées un peu plus franches que la moyenne? Est-ce plus facile de créer quand l'horizon n'est pas bouché? Est-ce la liberté qui vient avec un certain lâcher-prise quant au succès grand public? Arriver à peu près intact au sixième album, c'est se dire: j'y vais à fond, qui m'aime me suive.

Le fait est que cette première montréalaise du spectacle de l'album La partie de moi qui tremble ne cède pas un micron, et encore moins le micro, aux chansons des disques précédents: sinon l'ordre d'arrivée, permutations plutôt subtiles, c'est l'album entier qui est joué. Fidèlement. Pas en version minimale pour la scène. Point de demi-mesure là non plus.

Des sons plein l'horizon

C'est un spectacle qui prend son temps. Ou plutôt: qui s'empare du temps. Cela s'entend dès la chanson d'ouverture, Le chemin des montants, dûment longue, avec vocalises, séquences instrumentales et modulations extrêmes. On passe aux chansons suivantes comme s'il s'agissait de mouvements d'une seule et même oeuvre, comme autant d'étapes d'un même voyage. La voix et les mots de Guillaume ont beau être très à l'avant-plan dans le mix, l'attention se promène au gré d'arrangements franchement envoûtants. Les métaphores, le vocabulaire recherché, les allitérations donnent la meilleure place aux sons, on attrape des agencements de mots plutôt qu'un fil narratif.

Les Monstres, Il a replu, Plymouth Volare se distinguent de l'ensemble, mais c'est tout juste. La chanson-titre est pleine d'oiseaux qui pépient au-dessus d'un grand filet de pickings acoustiques, surplombant une plage de piano électrique et de trombone. Allez vous concentrer sérieusement sur le propos d'Il a replu quand un synthé digne de Keith Emerson dans Lucky Man vous entraîne sur sa planète. Aussi bien s'abandonner à l'expérience et ne pas trop chercher à comprendre. Tenter de décrire l'affaire devient un peu vain. Parfois, il faut simplement se repaître de ce qu'on entend.