Jean-François Lapointe, un chanteur à la barre de l’Opéra de Québec

Grégoire Legendre avait mis l’Opéra de Québec «sur la carte» de la planète lyrique. Il faudra maintenant à Jean-François Lapointe augmenter l’aura des productions de l’Opéra.
Photo: Renaud Philippe Archives Le Devoir Grégoire Legendre avait mis l’Opéra de Québec «sur la carte» de la planète lyrique. Il faudra maintenant à Jean-François Lapointe augmenter l’aura des productions de l’Opéra.

Jean-François Lapointe a été nommé jeudi dernier directeur artistique de l’Opéra de Québec à compter de septembre 2020. Le baryton à la carrière internationale florissante, qui succède à Grégoire Legendre, en poste depuis 25 ans, a confié ses premières impressions au Devoir.

Alors qu’il est toujours au faîte d’une carrière européenne florissante et qu’il vient de faire ses débuts au Metropolitan Opera de New York dans Dialogues des carmélites de Poulenc, Jean-François Lapointe se voit confier la succession de Grégoire Legendre, qui a mis l’Opéra de Québec « sur la carte » de la planète lyrique, notamment à travers le Festival d’opéra de Québec, où il a présenté bon nombre de mises en scène de Robert Lepage et tissé des liens étroits avec le Metropolitan Opera.

Grégoire Legendre quittera l’institution en décembre 2020, après une période de codirection de quatre mois avec son successeur. Comme il le confie au Devoir, pour Jean-François Lapointe, cette réorientation de carrière qui s’est dessinée cette année et accélérée depuis l’été entraîne dans un premier temps une « situation complexe ». « Il y a des deuils à faire au niveau du chant, un métier que je pratique depuis 36 ans. Je ne pourrai plus faire de six à huit productions par an en tant que chanteur. Lorsque l’offre est venue, j’avais déjà décidé de réduire mes activités à trois projets annuellement, non pas pour travailler ailleurs, mais pour avoir davantage de temps pour moi. »

« Dans l’immédiat j’ai dû annuler deux productions l’an prochain, car dans le modèle actuel de l’Opéra de Québec, c’est-à-dire avec deux productions, l’une en octobre et l’une en mai, il n’était pas question pour moi de ne pas être présent à Québec à ce moment-là. » Décision « déchirante » pour un chanteur qui n’a « jamais annulé de production » dans sa carrière. Il a aussi mis une croix, d’ores et déjà, sur un engagement la saison suivante. Par contre, il ne renoncera pas totalement au chant. « Je réduirai mes activités de chanteur de manière progressive, mais mon intention est de continuer à chanter, d’autant qu’il est très important d’entretenir des liens pour nourrir mon activité de directeur artistique en restant présent dans le métier. Peut-être ferai-je davantage de concerts qui prennent moins de temps que les productions scéniques et il faudra cibler dans le calendrier, selon mon implication dans la production à Québec. »

Désirs et réalités

Si le Festival d’opéra de Québec jouit d’une grande notoriété, la saison de deux opéras, très souvent des blockbusters, n’a pas la même aura. Comment Jean-François Lapointe peut-il changer cela ? « Le Festival, c’est l’image, mais c’est aussi la porte d’entrée à autre chose. Le Festival amène des collaborations qui sont salutaires pour l’Opéra. Or la structure établie à l’Opéra de Québec est formidable. Nous avons la force d’une équipe, et je suis un gars d’équipe. Les artistes qui passent par Québec sont frappés par le côté familial, presque ludique, porteur de créativité. Il n’y a pas de révolution à faire. Il faut continuer à travailler. Je vais amener mes goûts, mes contacts, ma personnalité, le métier que j’ai construit à travers le monde depuis plus de 30 ans. Je veux que cela aille encore plus loin. C’est sûr que cela va passer par une augmentation des budgets. Il faut en arriver à pouvoir avoir plus de liberté créatrice. Mon défi sera de convaincre que l’art et la culture sont essentiels à la vie ! »

Jean-François Lapointe va devoir équilibrer ses désirs et la réalité : les désirs doivent être connectés aux réalités de la vie et des budgets. Parmi les désirs, l’intérêt pour des opéras peu montés dans la capitale jusqu’ici. « Si je considère ma propre carrière de chanteur, j’ai chanté 80 rôles. Sur ces 80, il y en a 60 d’opéras moins joués. Je suis donc intéressé par ce répertoire. Ce n’est pas parce qu’une oeuvre n’a pas été présentée qu’on ne peut pas trouver un angle qui la rende vendable. Mais il faut tisser des collaborations intéressantes, des appuis financiers et remplir la salle et, si on remplit la salle, il faut que le public ait envie de revenir. Je suis très conscient de la difficulté de l’équilibre. Je veux développer l’opéra au Québec, donc je ferai tout pour servir cette compagnie et arriver à des offres artistiques variées. »