RAMZi, la créatrice d’ambiances au MUTEK

Phoebé Guillemot, alias RAMZi, compte déjà sept albums à son actif et boucle en ce moment la production de son huitième.
Photo: Bruno Destombes / Never Apart Phoebé Guillemot, alias RAMZi, compte déjà sept albums à son actif et boucle en ce moment la production de son huitième.

Sa musique possède une identité instantanément reconnaissable. Une sorte de house volatile, mais délicat, aux orchestrations de synthés ondulantes posées sur les basses dub, orné des percussions naturelles qui percent le groove et de petits bouts de voix, extraits volés et échantillonnés de disques, de films, de vidéos trouvés sur YouTube. Une musique à la fois expérimentale, psychédélique et envoûtante évoquant pêle-mêle les rythmes des Caraïbes et le mystère des sons d’Asie, planante et complexe et colorée et… quoi encore ? On cherche le mot juste. « Je dirais enfantine ! » s’exclame la compositrice montréalaise Phoebé Guillemot, alias RAMZi, qui se produira jeudi soir sur la scène extérieure gratuite de MUTEK, sur l’esplanade de la Place des Arts.

C’est ça ! Enfantine. Ludique. « L’idée qui habite mes compositions est d’être comme dans un jeu vidéo, avec des obstacles à surmonter, renchérit-elle. Il y a cette idée du jeu dans ce que je fais. Un jour, je composerai pour le jeu vidéo, j’espère… » Une musique pleine de surprises, comme cette voix qu’on a là au bout du fil à défaut d’avoir trouvé le temps de discuter autour d’un café comme nous essayions de le planifier depuis déjà plus de deux mois.

Phoebé Guillemot, est un poisson difficile à attraper : « Chez moi, c’est Montréal, ce sera toujours Montréal, mais je compte déménager à Rotterdam cet automne », annonce la bourlingueuse qui a vécu en Australie, au Mexique et à Berlin ces dernières années. « C’est assez fou, où RAMZi m’amène, échappe-t-elle. Je me sens comme dans une quête. Je rencontre les bonnes personnes, je fais mon chemin grâce à ce projet. Je me sens très chanceuse et aussi surprise que les gens apprécient autant ma musique, parce que je n’essaie pas de faire quelque chose qui se classe facilement [dans une catégorie]. »

Aller loin dans l’expérimentation

Une bouffée d’air frais que ses sept albums, offerts depuis cinq ans, qui dessinent les contours volontairement flous d’une électro multiculturelle s’inspirant notamment des rythmes latins et caribéens. Phoebé Guillemot parle avec affection de son père mélomane qui l’a initiée à toutes les musiques, « sauf la musique électronique, ça j’ai découvert toute seule à l’adolescence », puis de ses classes à l’école secondaire FACE. « J’avais suivi des cours de trompette… Sinon, on avait des cours de chant, on apprenait à lire la musique, ça m’a beaucoup aidée. Par contre, adolescente, j’étais obsédée par le théâtre — pas celui du texte, le théâtre expérimental. Les professeurs nous appuyaient beaucoup là-dedans, monter des pièces, on faisait ça au parascolaire. On a été vraiment bien formés à aller loin dans l’expérimentation. J’aimais jouer, mais la mise en scène m’intéressait encore plus. L’idée de créer des ambiances — quand j’étais petite, je rêvais de devenir créatrice d’ambiances ! J’ai réalisé que les musiques électroniques étaient la bonne avenue pour créer des univers et partager des émotions. »

J’ai réalisé que les musiques électroniques étaient la bonne avenue pour créer des univers et partager des émotions

Des références musicales variées

En marge des grands courants qui animent l’underground électronique planétaire, RAMZi a creusé son sillon avec cette forme bien personnelle de house, planante et exotique : « Plus jeune, le dubstep m’a beaucoup influencée, mais autrement, mes références musicales sont très variées. J’ai écouté beaucoup de musiques des Caraïbes et, pendant un voyage en Asie du Sud-Est, j’ai découvert la musique de là-bas que j’aime beaucoup, la pop du Laos et du Cambodge que j’achetais en CD dans les petits marchés. Aussi, je m’intéresse beaucoup aux étiquettes qui font un travail ethno-musicologique et dénichent des trésors. »

Dès son troisième album, HOUTi KUSH (paru en 2015 sur étiquette 1080p), les médias spécialisés internationaux se sont penchés sur son passionnant travail. Elle boucle en ce moment la production de son huitième, attendu à l’automne, qui s’intitulera « probablement » Camouflé. Un disque pour lequel elle doit encore préciser la ligne directrice, car « pour moi, chaque chanson est une scène en soi, un moment, toutes détachées les unes des autres, mais liées sur l’album par une sorte de narration ». Ce sera aussi un disque plus dansant encore que ce qu’elle présentait sur le précédent Phobiza. Amor Fati vol. 3 (paru l’an dernier) et sur lequel on découvrira une collaboration avec son ami et collègue compositeur Francis Latreille, alias Priori, codirecteur de la jeune étiquette NAFF Recordings.

« Ah ! Y’a aussi cette nouvelle chanson que je vais jouer à MUTEK [jeudi soir pendant son DJ set], s’emballe-t-elle. Elle s’appelle La nuit, l’été, 1996. La vision que j’ai voulu mettre en musique est celle de mes souvenirs d’enfance, dans les années 1990, quand j’allais voir des concerts au Festival international de jazz et au Festival international Nuits d’Afrique avec mes parents, surtout mon père. Les impressions que je garde d’être là, le soir, dans la foule, entourée de bonne musique. D’être là, tout le monde ensemble. C’est ça que j’aurai envie de recréer durant ma performance à MUTEK » en clôture du programme gratuit Experience 2 sur l’esplanade de la Place-des-Arts, avec YlangYlang, Slim Media Player, Xavier Lebuis et Akufen.

RAMZi sera en spectacle à l’Esplanade de la Place des Arts jeudi soir dans le cadre du festival MUTEK.