Le retour de la mission première du Festival de la chanson de Granby

Le nouveau directeur général du Festival international de la chanson de Granby, Jean-François Lippé
Photo: Stéphane Audet Le nouveau directeur général du Festival international de la chanson de Granby, Jean-François Lippé

Le bon mot pour le décrire ? Il y a chez Jean-François Lippé quelque chose d’apaisant. Dans le ton, le timbre même. Il n’aime pas être sur le devant de la scène, et surtout pas s’écouter parler. L’oreille, le regard, la qualité d’attention le distinguent d’emblée. En un mot : bienveillant. Le nouveau directeur général du Festival international de la chanson de Granby (FICG) est bienveillant.

La rencontre a lieu pour faire connaissance. Il est en poste depuis mars. « Ça fait à peine cinq mois, j’arrive, j’observe, j’écoute, je découvre, j’apprends, j’apprivoise, je fais confiance. La 51e édition était déjà en train depuis un bon moment. L’équipe en place a pris grand soin de la maison. » Le directeur précédent a été congédié il y a tout juste un an, dans des circonstances dont la gravité donnait la mesure du malaise qui minait le vétéran festival : on ne peut pas faire autrement que se demander comment va la maison, la famille. État des lieux, évaluation des dommages, inspection des fondations.

Élargir l’horizon, permettre à des artistes extrêmement différents de s’exprimer, c’est la mission première, le centre vivant, le coeur battant

On connaît maintenant les cinq finalistes qui se succéderont sur la scène du Palace vendredi prochain. Nommons-les : le.Panda, Classe Mode, Guillaume Bordel, Laurence et les Polygones, La Croisée d’antan. Une donne bien répartie dans le jeu : tous auteurs-compositeurs-interprètes, mais évoluant sur des exoplanètes de galaxies far, far away. « J’ai connu le festival par son concours. Élargir l’horizon, permettre à des artistes extrêmement différents de s’exprimer, c’est la mission première, le centre vivant, le coeur battant. »

Le concours, puis le reste autour

Cela fait du bien d’entendre parler d’abord du concours. On l’avait relégué au second plan, sous le précédent régime. La programmation extérieure, prioritaire, prenait tant de place que Granby devenait un gros festival de plus dans l’été. Pour un peu, on aurait ajouté un volet de sauts en parachute, pour concurrencer les montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu. « Pour moi, tout doit découler du concours : autant les spectacles au parc Daniel-Johnson que les vitrines professionnelles — mais ouvertes au public — à l’église Saint-Georges, c’est la découverte qui prime, c’est faciliter l’émergence. Les artistes connus, en tête d’affiche, ont passé par le concours, en perpétuent l’esprit. »

L’entrevue aurait pu se faire au téléphone. Jean-François Lippé, en plein branle-bas de FICG, a insisté pour faire le détour par Montréal et la cafétéria de Radio-Canada ce samedi après-midi. « Je tenais à ce qu’on se rencontre, je veux connaître celles et ceux qui suivent le festival, qui l’ont à coeur, entendre leurs commentaires, sentir l’appartenance… et comprendre ce qui s’est passé. » Léger sourire. « Je pense que je veux en premier lieu réunir la famille. » Ces dernières années, les départs — volontaires ou encouragés… — ont privé le festival de plusieurs dévoués à vie (et de leur expertise), sapé les bases mêmes d’une continuité historique essentielle. « Il y a des gestes à poser. Des mains à tendre. Des liens à renouer. C’est essentiel. »

Notamment avec l’École nationale de la chanson de Granby, qui a permis à un très grand nombre d’auteurs-compositeurs-interprètes de se « trouver », de cerner des personnalités fortes (de Damien Robitaille à Sara Dufour, de Salomé Leclerc à Lisa LeBlanc…), d’outiller l’artisanat chansonnier et de valoriser l’idée même du travail dans la création. Faute de place dans le portrait, l’École s’est éloignée. Tout sourire, le nouveau directeur a une nouvelle à transmettre : « Je peux annoncer qu’on entre dans une ère de grande collaboration avec l’École nationale de la chanson de Granby. Le directeur, Bruno Robitaille, déjà cette année, présente un prix. C’est une question de focus : tous les projecteurs doivent être tournés vers les artistes et les chansons. »

Il ajoute : « Cette entrevue, on ne la fera pas tous les ans. On se rencontrera, bien sûr, mais on ne me verra pas beaucoup la face. J’ai été relationniste de presse, je n’ai aucunement besoin d’être en avant. Je veux qu’il y ait un porte-parole, que ce soit chaque année un artiste de la famille Granby qui porte le flambeau. La base du changement, pour moi, c’est l’ajustement de l’éclairage. C’est le concours qui doit recevoir le plus de lumière. Moi, je veux simplement assurer une bonne gestion, bien déléguer. » Être une sorte de présence… bienveillante ? « Je pense que c’est le bon mot. »