Al Foster et Eric Reed, protecteurs du jazz

Le pianiste Eric Reed en concert en 2015 au Festival Moers
Photo: Harald Krichel CC Le pianiste Eric Reed en concert en 2015 au Festival Moers

On l’a déjà écrit, peut-être même qu’on l’a écrit plus d’une fois. Alors aujourd’hui, on va le répéter. Mieux, on va le marteler : Smoke Sessions est au jazz de notre époque ce que Blue Note, Prestige ou Riverside furent à celle d’hier, soit le label incontournable. À preuve, ses deux récentes productions : Everybody Gets the Blues par le pianiste Eric Reed et Inspirations & Dedications par le batteur Al Foster.

Lorsqu’on a appris qu’un album de ce dernier serait prochainement disponible, on s’est dit que c’était tout de même étrange qu’il ait si peu enregistré sous son nom propre. Car pour avoir joué avec les plus grands — Miles Davis, Thelonious Monk, Joe Henderson, Sonny Rollins, Art Pepper, Stan Getz et plusieurs autres —, il en est un aussi, ainsi que l’avait d’ailleurs noté Davis, qui fit de Foster son éclaireur musical dans les années 1970 et 1980.

Lorsqu’on a su qu’un disque d’Eric Reed serait mis en marché, on s’est dit que cet homme, qui a en commun avec la regrettée Mary Lou Williams une croyance très marquée en Dieu, allait nous fournir son lot de musiques sacrées. Autrement dit, qu’il avait certainement puisé dans le gospel de quoi décliner sa passion spirituelle dans ses moindres détails. Retournons à Foster.

Photo: Oeyvind Toft Le batteur américain Al Foster

S’il fallait définir son nouveau disque, alors le qualificatif émouvant conviendrait à merveille. Car celui-ci est fait essentiellement de ses compositions — notre homme étant aussi un très bon pianiste —, qui toutes sont consacrées à sa famille. Il faut savoir que Foster a élevé seul ses quatre filles et son garçon, lequel a été assassiné à l’âge de 30 ans. Pour être encore plus précis, ajoutons qu’on a retrouvé le corps de celui-ci un an après sa disparition.

Foster a donc décidé de dédier une pièce à chacune de ses filles, deux à son fils et une au fils de ce dernier, son petit-fils. Mis à part Our Son, ces morceaux inclinent davantage vers la joie que vers son contraire. À ces pièces, Foster a greffé Cantaloup Island d’Herbie Hancock et Jean-Pierre de Miles Davis.

Pour réaliser le tout, il a monté un sacré quartet : le fidèle Doug Weiss à la contrebasse, l’énergique Adam Birnbaum au piano, le dynamique Jeremy Pelt à la trompette et surtout, surtout, Dayna Stephens au saxophone ténor. Ce dernier possède un son d’un velouté qui rappelle Zoot Sims. Impressionnant !

Au bout de ce compte rendu teinté donc par une histoire familiale, une réalité s’impose : Inspirations & Dedications se caractérise par sa sincérité. Par une volonté de coller au plus près à ce qui fait le jazz. Foster est un puriste ? Tant mieux !

Dans la vidéo qui accompagne la sortie de son nouvel album, le pianiste Eric Reed confie qu’il a voulu transmettre les émotions provoquées par la mort de Noirs, dont plusieurs jeunes, au cours des dernières années et qui ont accouché du mouvement Black Lives Matters. Pour mener à bien cet enregistrement, il s’est entouré d’instrumentistes habités par « un souci d’humanisme ». Des instrumentistes qui ont également une bonne connaissance des spirituals.

Comme toujours avec Reed, pianiste virtuose, le résultat est convaincant. Cet homme-là possède une maîtrise des ballades séduisante en diable. Diable ? Façon de parler, évidemment !

Une avalanche de vinyles

Le vinyle revient en force, oui, oui, oui. Don Was, président de Blue Note, qui est aussi le producteur des Rolling Stones, vient d’annoncer que le succès connu par la publication en vinyle, au début de l’année, d’un petit nombre d’enregistrements anciens et récents l’a convaincu de passer à la vitesse supérieure. De ce qui transpire de ses propos, il faut s’attendre à une avalanche de sorties en format 33 tours de disques signés Dexter Gordon, Art Blakey, Lee Morgan, etc. Il faut s’attendre également à ce que tout nouvel enregistrement soit proposé en vinyle.