Pour l’amour du contraste

Les organisateurs du festival ont décidé de tester cette nouvelle formule de spectacle présenté directement sur la plage de Tadoussac.
Photo: Jay Kearney Les organisateurs du festival ont décidé de tester cette nouvelle formule de spectacle présenté directement sur la plage de Tadoussac.

Forcément, on attend les gros noms, les artistes accomplis ou les sensations du moment. Mais cette année, au Festival de la chanson de Tadoussac, les belles rencontres musicales sont venues par des chemins moins fréquentés, portées par des talents bien souvent méconnus.

On l’a vue partout, de jeudi à dimanche, mais Sara Dufour a su décliner ses chansons de multiples façons et susciter un réel intérêt dans le petit village de la Côte-Nord. On a aimé sa prestation dépouillée au possible, voix légèrement éraillée et joie sincère, sur la rive du fjord du Saguenay, bercée par le brouillard qui remontait du large.

L’artiste originaire de Dolbeau-Mistassini, surtout connue au cours des derniers mois pour sa chanson Chez Té Mille, avait visiblement son lot de fans aussi sur la plage, vendredi. Car, enfin, les organisateurs du festival ont décidé de tester cette nouvelle formule de spectacle présenté directement sur la plage de Tadoussac, au creux de la baie.

Les Raton Lover (un nom à retenir, avec leur folk mélancolique passablement bien ficelé) y ont accueilli plusieurs artistes de la programmation. En plus de partager la scène avec Sara Dufour et Marc Déry, ils ont offert la très belle Gallaway Road en compagnie de Maude Audet. Une formule à retenir pour les années à venir.

Une autre formule devenue tradition, la recette gagnante des « concerts cachés » a permis cette année à Beyries de présenter, en solo, un spectacle à quelques dizaines de personnes réunies au Centre d’interprétation des mammifères marins. Sous les squelettes de bélugas suspendus au plafond, elle a notamment offert une version littéralement débranchée de Je pars à l’autre bout du monde.

On a aimé la voix de Beyries, mais aussi celle de Jordane, chanteuse originaire des Escoumins, qui rappelle un peu celle de Marie-Pierre Arthur ou de Florence Welch. Elle était cette année du groupe des « Chemins d’écriture », une belle tradition de Tadoussac qui permet à de jeunes artistes de monter sur scène, après avoir travaillé leur matériel pendant quelques jours.

Culture et régions

Interpellés avant leur spectacle dansant au possible, les membres de Loco Locass évoquaient justement l’importance de faire vivre la culture musicale en dehors des grands centres et de leurs grands festivals. « Il est absolument essentiel de décentraliser la culture, de la faire sortir de Montréal. C’est un vaste territoire, le Québec, et il faut permettre une circulation et une fluidité de la culture sur tout le territoire. Ce genre de festival nous permet de brasser un peu les choses et les idées reçues, pour sortir de cette vision monolithique qu’on peut avoir des différentes régions du Québec », a fait valoir Sébastien Ricard, alias Batlam.

Il est absolument essentiel de décentraliser la culture, de la faire sortir de Montréal

Sébastien Fréchette, alias Biz, rejette d’ailleurs l’étiquette de festival « de région » accolé bien souvent à celui de Tadoussac. « Tout est une question de point de vue. Lorsqu’on est ici, c’est Montréal qui est une région éloignée. Et moi, je déplore que les gens de Montréal ne sortent pas de l’île. Ils font le tour du monde, mais ils n’ont souvent jamais mis les pieds ici, sur la Côte-Nord. Pourtant, c’est un endroit magnifique et un lieu historique majeur. »

À l’autre bout du spectre des contrastes, Zachary Richard avait parfaitement sa place dans l’église du village. L’ambiance, quasi monastique, a laissé toute la place aux mots de l’artiste, qui a lui aussi salué la tenue, depuis maintenant 36 ans, du Festival de la chanson de Tadoussac.

En réponse au Devoir, M. Richard a surtout insisté sur « l’importance symbolique » de ce genre de rendez-vous musical estival. « Il faut occuper l’espace public, l’habiter. Donc, pour moi, les festivals de musique sont essentiels, parce qu’ils sont rassembleurs. Et dans le cas d’un festival comme celui de Tadoussac, qui existe depuis plus de 30 ans, on parle d’un événement qui a su créer une grande tradition. Si un tel festival n’existait plus, ça laisserait un grand vide. »