Andre Papanicolaou à l’école des autodidactes

Andre Papanicolaou est surtout connu comme un guitariste accompagnateur respecté.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Andre Papanicolaou est surtout connu comme un guitariste accompagnateur respecté.

Et alors, Andre, laquelle ? « Laquelle quoi ? » Quelle « Strat » de David Gilmour as-tu achetée à la vente aux enchères de Christie’s, en fin de semaine… « J’ai failli me laisser tenter par la noire [adjugée à 3,9 millions américains], mais non finalement, je ne la trouvais pas en assez bon état… » Rigolade de guitaroïnomanes aux deux bouts du fil. Andre Papanicolaou, sur Instagram, ajoute toujours le mot-clic #guitarporn à ses photos de guitares, qu’il s’agisse d’une récente trouvaille ou d’une six-cordes de rêve. « C’est pas juste pour les regarder. C’est pour les utiliser. Toutes. »

Bien vrai. Elles servent. L’Andre champion guitariste accompagnateur des Vincent Vallières, Patrice Michaud, Pascale Picard, Pierre Flynn et tout un tas d’autres sort chaque fois la guitare qu’il faut pour obtenir le son que le contexte demande. L’Andre auteur-compositeur-interprète combine à l’infini acoustiques, électriques et pédales d’effets quand il enregistre chez lui ses chansons, à plus forte raison les très distincts arrangements concoctés pour son Modern Pain Pt. 2, qui paraît maintenant. C’était tout aussi vrai pour son Modern Pain Pt 1. Évidence à l’écoute de ces troisième et quatrième disques : les riffs et pickings ne sont jamais des fins en soi, mais des truchements pour mener plus loin la création. Andre joue plein d’autres instruments. Dont les plus importants : il tire les cordes de l’imagination, de la pertinence, de l’émotion.

Le projet fou

Quelques-unes de ses guitares seront requises pour la reprise de son Nebraska Project, ce jeudi à la Cinquième Salle de la PdA, dans le cadre du FIJM. C’est au Verre Bouteille qu’il a d’abord tenté le coup un peu fou en compagnie d’autres fous comme lui : interpréter tout l’album Nebraska de Bruce Springsteen, si mythique et intouchable soit-il. « L’idée est venue d’une entrevue de Bruce, où il disait que l’album avait été enregistré en band, une version full arrangée, mais qu’il avait préféré sortir ses démos. Faits chez lui avec un 8-pistes Fostex. Alors, je me suis mis à imaginer ce que serait ce Nebraskafull arrangements. C’est pas évident : les chansons sont sombres, Bruce avait raison, le côté minimal est parfait pour rendre ça ; pour moi, c’est un disque hanté. »

« Mais à force d’en parler, d’autres musiciens ont aussi eu envie d’essayer. Jeudi à la Cinquième Salle, je serai avec Mario Légaré, José Major, Denis Faucher. C’est devenu notre projet. On a écrit nos propres arrangements. Librement. On ne cherchait pourtant pas à trop “respecter” quoi que ce soit. On allait où ça nous tentait. Johnny 99, comme on la fait, ça ressemble plus à du Wilco qu’à autre chose. Mais tu sais quoi ? Quoi qu’on fasse, ça sonne comme du Springsteen. » Comme si les chansons portaient en elles leurs indications d’extrapolation. Les voies à suivre. Les balises naturelles des compositions et du propos. « Son empreinte est tellement forte que même en virant les arrangements à l’envers, c’est pas moins Bruce. Pour moi, c’est ça, un auteur-compositeur ! »

Les jouables et les injouables

Toute une série de « versions intégrales » d’albums importants ont suivi, au Verre Bouteille et ailleurs : Andre Papanicolaou et ses très volontaires acolytes ont ainsi tâté du Tom Petty, du R.E.M., du Wilco, et même The Bends, album réputé injouable de Radiohead. « Tu sais quoi ? Quand tu grattes assez profondément, ce que tu trouves chez Thom Yorke la plupart du temps, c’est des chansons à trois accords. Sais-tu quel album on a trouvé le plus difficile à comprendre ? Revolver des Beatles. Chaque chanson est un monde à explorer, c’est fou. »

« J’ai jamais étudié la musique, je suis autodidacte. J’ai l’impression d’aller à l’école dans tout ce que je fais quand j’entre dans le répertoire d’un artiste que j’accompagne, quand je démonte et je remonte ces albums comme je le ferais avec une automobile. » L’école des autodidactes : la plupart de ces créateurs ont également appris « à l’oreille ». Et chacun a bâti son monde à partir d’éléments disparates réusinés. « C’est pas mal ça. Dans mes chansons à moi, c’est pareil. Tout ce que j’ai entendu et compris me sert. » Mettez-lui une Fender Stratocaster dans les mains, n’importe laquelle, donnez-lui douze mesures : sûr et certain qu’il en sortira le substrat de cent solos. Y compris quelques-uns de David Gilmour.

Le Nebraska Project sera présenté à la Cinquième Salle de la PdA, jeudi à 19 h.