L’immersion tranquille de Richard Reed Parry

Les deux minialbums qui composent la trame de la soirée, «Quiet River of Dust», «volumes 1 et 2», sont des voyages en soi, et la prestation à la SAT est en cela un supplément hallucinogène.
Photo: Sébastien Roy Les deux minialbums qui composent la trame de la soirée, «Quiet River of Dust», «volumes 1 et 2», sont des voyages en soi, et la prestation à la SAT est en cela un supplément hallucinogène.

Le bruit du sonar. Le fameux bruit du sonar de sous-marin. C’est le premier son de la première pièce de l’expérience immersive que proposait Richard Reed Parry à la Société des arts technologiques (SAT) mardi soir. Deux références se court-circuitent dans mon cerveau : la série télé Voyage au fond des mers et le début d’Echoes, la face B de l’album Meddle de Pink Floyd. Pingggg ! Pingggg ! Pingggg !

Des projections nous surplombent et nous ceinturent, on ne sait pas trop si on est sous les nuages ou sous l’océan. Sont-ce des formations de coraux ou des chaînes de montagnes tout autour ? Tout ça en même temps ? Chose certaine, on est transportés… ailleurs. Les deux minialbums qui composent la trame de la soirée, Quiet River of Dust, volumes 1 et 2, sont des voyages en soi, et la prestation à la SAT est en cela un supplément hallucinogène. Une sorte de drogue sans drogue, comme je dis souvent.

Le fait est que tout ça constitue la vision de Richard Reed Parry et de ses collaborateurs. Un choix d’illustrations pour des sons et des mélodies. En chemin, alors que j’écoutais un segment de Quiet River of Dust en empruntant pour la première fois le pont Samuel-De Champlain, j’étais tout aussi ailleurs. J’ouvrais pareillement la porte d’un monde inconnu. Et la musique épousait parfaitement la courbe du pont.

Chacun son film dans le film

Tiens, là, le mélange de guitares et d’harmonies célestes rappelle le Pink Floyd acoustico-électrique de Cymbaline : le doux timbre de Parry flotte dans la place. On a l’impression d’être tous à l’intérieur d’une goutte d’eau. Une référence de plus : quelqu’un se souvient-il de ce film d’anticipation où l’on miniaturisait une équipe de scientifiques et de médecins pour les injecter dans le corps d’un malade ? Quelque chose comme ça.

Tout dépend de vos références, j’imagine. Chacun apporte son ballot de rêves et d’expériences sensorielles. Peut-être certains ont-ils été enlevés par des extraterrestres et revivent-ils leur périple ? Nous vivons une rencontre d’un autre type, ça, c’est certain. On est à des années-lumière du travail de Richard Reed Parry avec Arcade Fire. Mais où sommes-nous au juste ? Il y a certes un propos derrière tout ça, les livrets dans les pochettes en témoignent, mais c’est quand même d’abord et avant tout un bain de sons étranges ou étrangement familiers. Ou les deux à la fois.

En ce moment, il y a des projections de forêt tropicale, on pourrait être dans le film Obscured by Clouds (La vallée, 1972), et je m’attends à tout moment à voir Bulle Ogier danser avec des émissaires d’un peuple jusqu’alors protégé par une jungle inexpugnable autant qu’inextricable. C’est quand même bête de ne pas en avoir fumé du bon avant d’entrer. Ça ferait sauter pour de bon les gonds des portes de la perception.

Pas besoin de pyramide

Je pense que je viens de voir le fantôme de Timothy Leary. Turn on, tune in, drop out, et puis welcome back in. Tout est cycle et la boucle est bouclée. Une tortue géante vient de passer au-dessus de nos têtes ; j’ai failli la manquer en écrivant la phrase précédente. Tiens, une sonnerie de téléphone. Quelqu’un va-t-il prendre l’appel ? C’est énervant à la fin. On comprend pourquoi ils ont inventé les répondeurs, à peu près en même temps que l’acide lysergique, d’ailleurs. Mon royaume pour un buvard.

Il y aura toute une série de représentations, deux semaines durant. C’est un voyage en résidence. Vous aurez tout le loisir de vous préparer à l’expérience, avec vos substances d’élection. Je le répète néanmoins : ça fonctionne très bien aussi à jeun. Un conseil : garder les yeux ouverts. Vos équipées intérieures sont peut-être supérieures, mais c’est franchement un très beau trip éveillé. Guy Laliberté peut aller se rhabiller le pharaon avec sa pyramide ésotérico-touristique du Vieux-Montréal. Richard Reed Parry offre bien plus pour bien moins cher. L’imagination, c’est encore la devise la moins quantifiable qui soit.