Francos de Montréal: Catherine Durand au coeur d’elles

Les chansons de Catherine Durand ne demandent qu’à être réinterprétées, génération après génération.
Photo: Frédérique Ménard Aubin Les chansons de Catherine Durand ne demandent qu’à être réinterprétées, génération après génération.

Catherine Durand sous un large chapeau. Sous ses doigts, un beau clavier Nord. Elle chante et joue Sur mon île. Toute seule. Sur la petite plateforme, elle est là où se passe la chanson qu’elle a choisie en ouverture de son spectacle anniversaire, la fête de ses vingt ans de disques, de spectacles et de rencontres. En compagnie d’elle-même. Beau symbole : elle est sa propre éditrice, réalisatrice, productrice, arrangeure, en plus d’être auteure, compositrice, interprète, musicienne.

Et rassemble. Ce n’est pas par hasard si elles seront si nombreuses autour d’elle ce soir. Ce ne sont pas des « invitées spéciales » de festival qu’elle a convié à sa soirée. Ce sont des amies, des soeurs de musique et d’âme, des voix alliées, des présences fidèles, des aidantes naturelles de folksingeure qui aime autant son indépendance farouche que la proximité des coeurs.

J’en ai été témoin souvent, au cours des ans. Là, maintenant, elle joue Coeurs migratoires, et je nous revois au si beau studio Victor pendant l’enregistrement de l’album du même nom, avec Ghyslain-Luc Lavigne, Joss Tellier, Catherine Major, Moran. J’entends les différentes prises, j’ai encore au palais le goût des festins que Joss l’as guitariste et cuisinier préparait. Ah ! Ces gens avaient compris que le vivre-ensemble, en musique autant qu’ailleurs, est toujours un repas partagé.

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Mara Tremblay, Marie-Annick Lépine viennent l’accompagner pour L’aube t’attendra : deux violonistes, une voix. L’entrelac des violons est exquis : Mara et Marie-Annick regardent Catherine en jouant et lui sourient. Et puis c’est le pas suivant : Mara chante du Catherine Durand, la si belle Marcher droit, qui touche au ciel quand elles harmonisent.

Je voudrais que mille millions de personnes vivent comme moi et les quelques centaines de spectateurs de la Cinquième salle de la PdA ces moments de grâce d’un samedi soir sur la Terre : quelqu’un enregistre-t-il ? Ça appelle tellement l’éternité, ces mélodies, ces amours justement pas toujours éternelles dont les chansons narrent les chapitres : les chansons, elles, sont faites pour durer toujours. Et ainsi magnifiées ? J’en ai les yeux dans l’eau tellement c’est beau.

Parcours commenté

Entre les chansons, Catherine raconte son parcours, l’émaillant d’anecdotes qui en disent long sur les méandres du métier, de la multinationale Warner jusqu’à aujourd’hui, avec détours, désillusions, résilience, et surtout une volonté farouche de s’appartenir. Fanny Bloom, à son tour au Nord, chante et joue Peu importe, la chanson qui a lancé Catherine à la fin des années 1990. Catherine chante l’harmonie, à la fois participante et spectatrice. Encore là, les voix montent bien plus haut que le plafond de la salle.

Avec Marie-Pierre Arthur et Fanny Bloom, le ciel s’ouvre tout entier : la chanson Toit de pierre, si basse de plafond, respire. S’envole. Ces trois voix ensemble, c’est évoluer en apesanteur dans l’espace. Marie-Pierre reste pour Point de départ : l’entendre lancer la chanson me la fait entendre autrement, Marie-Pierre module beaucoup, comme si elle signifiait à Catherine que ses chansons méritent d’être portées loin et ailleurs. Leur séance de vocalises, en cela, est une sorte d’échantillon jouissif.

Aujourd’hui, par Amylie (avec Catherine), Peine perdue, par Laurence Hélie (avec Catherine, toujours), sont pareillement des redécouvertes : elles peuvent donc vivre d’autres belles vies, ces chansons déjà si belles. Peine perdue, c’était au studio Victor quand j’y étais : on avait tous les yeux dans l’eau cette fois-là, imaginez maintenant. Elles et le guitariste de Catherine ce samedi soir la font sans amplication autre que la réverbération naturelle du lieu, au beau milieu des gens du parterre. Magie de la musique en bivouac. Bonheur du partage au superlatif.

Toutes les filles, le retour

C’est trop vite la fin, je pense qu’elle aurait pu aligner les sept albums avec ses amies, on y aurait passé la nuit, et quelle nuit ! À les voir ensemble, on voudrait qu’elles relancent l’aventure de la tournée Toutes les filles. D’autant que ce bel été est évoqué par Catherine. Et que c’est le signal de la finale groupée. Jorane s’ajoute à la belle équipe : ce n’est pas rien que d’entendre Je veux rester (encore une merveille des sessions chez Victor) avec Mara, Marie-Annick, Jorane et Catherine. La grandeur de ces arrangements de cordes, la richesse de ces voix ainsi mariées, ne se calculent pas : c’est au-delà du calibrage possible.

Les revoilà toutes pour Vivre à petits feux, y compris Marie-Claudel, l’étonnante chanteuse-guitariste de la première partie. Beau symbole, encore : les chansons de Catherine Durand ne demandent qu’à être réinterprétées, génération après génération. La vraie célébration de cette soirée, c’est ça : mesurer la nécessité de propager ce catalogue d’exceptionnelle qualité.