Un été à s’amuser pour Émile Bilodeau avant de reprendre le combat

Drôlement emballé par son prochain disque, Émile Bilodeau risque de laisser filer une ou deux nouveautés lors de son spectacle de mercredi soir.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Drôlement emballé par son prochain disque, Émile Bilodeau risque de laisser filer une ou deux nouveautés lors de son spectacle de mercredi soir.

Presque trois ans après avoir mis les pieds sur la scène musicale québécoise avec les chansons franches, touchantes et amusantes de son premier album, Rites de passage, le toujours jeune Émile Bilodeau frétille. D’une part, parce que son été sera chargé et qu’il pourra partir à la rencontre de son public, et d’autre part, parce qu’il vient de mettre en boîte son prochain disque, qu’il a visiblement très, très hâte de présenter.

Un coup d’oeil sur le site Web de l’auteur-compositeur-interprète de 22 ans donne le vertige. Il y a d’abord ce mercredi son grand concert gratuit aux Francos, sur la place des Festivals. La route le mènera par la suite un peu partout sur le territoire, de Boucherville à Petite-Vallée, en passant par Lasalle, Sorel, Cap-aux-Meules et Cowansville — sans compter quelques dates européennes dans le lot des 33 concerts qu’il donnera d’ici la fin août.

« C’est correct, c’est correct, tout va bien ! lance-t-il au bout du fil après l’énumération. C’est une chance de voyager sur le territoire que j’ai appris à aimer, et que je vais aimer toute ma vie. Et d’être payé en le faisant. »

En guise de bilan des derniers mois, Bilodeau se contente de remercier les diffuseurs, les radios et le public, qui ont tous aidé la montée du fougueux chanteur, dont le premier disque était inspiré par Les Colocs, Jean Leloup et Bernard Adamus. Les titres Ça va et J’en ai plein mon cass l’auront fait connaître de plusieurs.

Émile Bilodeau vient d’ailleurs de lancer une nouvelle chanson, Candy, qui se trouvera sur son prochain disque à paraître début octobre. Ce qu’il y chante résume bien son état d’esprit des mois derniers. Alors qu’il y dépeint un état des lieux sombres, notamment en matière environnementale, Bilodeau lance le refrain suivant : « Arrêtons de se prendre la tête / Sortons et allons faire la fête ».

« Ce que ça dit, c’est que j’arrive à être heureux malgré le fait qu’on est tous conscients que ça ne va pas bien, résume celui qui a appuyé les étudiants québécois dans leurs revendications vertes. C’est une chanson qui cristallise le fait que j’ai envie que [les jeunes] s’amusent pendant l’été. J’ai pour mon dire que si on est pour protéger la vie, il faut d’abord vivre notre vie. Et j’ai envie de dire à ces gens-là : payez-vous du bon temps, et revenez en force en septembre pour que le combat continue. »

Visiblement bien informé, Émile Bilodeau n’est pas très heureux des actions de la CAQ sur la laïcité, par exemple. « On nous parle d’interdire des signes religieux au lieu de parler de choses concrètes, comme la transition énergétique. Moi, ça pèse lourd sur mes épaules, dit-il. Mais c’est une philosophie très contradictoire tout ça, moi je dois faire de la route pour donner du bonheur aux gens… »

On nous parle d’interdire des signes religieux au lieu de parler de choses concrètes, comme la transition énergétique. Moi, ça pèse lourd sur mes épaules. Mais c’est une philosophie très contradictoire tout ça, moi je dois faire de la route pour donner du bonheur aux gens…

 

Tout de même, Bilodeau prend des mesures pour que la trace écologique qu’il laisse en tournant autant au Québec soit amenuisée. Il participe de sa poche à Carbone Boréal, un programme de compensation de gaz à effet de serre géré par la chaire en éco-conseil de l'UQAC. Éli Bissonnette, le patron de son étiquette de disque Dare to Care, double la mise, se réjouit le chanteur.

« Bon, ma petite équipe proche trouve que c’est une dépense saugrenue, mais pour moi, c’est important que le projet marche sur une ligne crédible. Si je suis pour aller me plaindre à Bonsoir Bonsoir, à Y’a du monde à messe, à Isabelle Maréchal et à tout le monde qu’on fait pas attention à notre planète, je vois pas pourquoi je ne ferais pas les actions qui vont avec ce que je dis. »

Aux Francos

Émile Bilodeau trouve « formidable » de pouvoir monter sur la grande scène des Francos de Montréal ce mercredi, avec ses musiciens et d’autres invités.

« C’est une grande chance dans ma vie de pouvoir faire ça, lance-t-il presque essoufflé de bonheur. Je me rappelle il y a deux ans je voyais une de mes idoles, Bernard Adamus, le faire. Et de voir à ce moment-là qu’il y avait tout ce monde-là sur place, ça m’a donné le goût d’y croire. Deux ans plus tard, me voici, avec juste des amis. »

Bilodeau ne révélera pas de punchs, mais dit avoir invité un trio de vents, des amis musiciens, dont « un gars qui va pouvoir nous accompagner au banjo ».

« On a sorti de l’argent pour faire en sorte qu’on va s’en souvenir toute notre vie. Moi, je trouve que c’est un bon investissement, de mettre ça après sur son CV. Je trouve que c’est un beau fait d’armes pour, mettons, tout ce qui est négociation avec des festivals ailleurs. »

Il risque aussi de laisser filer une ou deux nouveautés, d’autant que le chanteur est drôlement emballé par son prochain disque.

« C’est un album qui est un peu un pied de nez à toutes les attentes de maturité, explique-t-il. Et moi, je vais arriver avec un album vraiment grinçant, comique, engagé. »

L’album de quatorze titres sera fait de beaucoup d’explorations, confie-t-il, tant en matière de rythmes, d’arrangements ou de thèmes. « On grandit, on a le goût d’innover, mais les gens se sont attachés à notre envie de se faire reconnaître. Et il faut que ces gens-là comprennent que maintenant j’ai différentes envies, dont celle d’innover. Moi, j’ai envie d’un peu choquer. »

Émile Bilodeau se produira sur la scène Bell de la place des Festivals mercredi, à 21 h.