Francos 2019: Ne manquait qu’une boule miroir au concert d’Ariane Moffatt

Au milieu du concert, Ariane Moffatt a ramené son orchestre dans ses chansons plus coulantes, funk, r&b et soul-pop, invitant Les Louanges pour «Point de mire», suivie de «Cyborg» et «N’attends pas mon sourire».
Photo: Adil Boukind Le Devoir Au milieu du concert, Ariane Moffatt a ramené son orchestre dans ses chansons plus coulantes, funk, r&b et soul-pop, invitant Les Louanges pour «Point de mire», suivie de «Cyborg» et «N’attends pas mon sourire».

On a craint le pire et elle aussi. « On a eu peur un peu », a admis Ariane Moffatt au début de son concert d’ouverture à grand déploiement de personnel-musiciens et de grooves dégoulinants. « On a un show plus grand que nature, on attendait Dame Nature », qui comme des milliers de festivaliers, elle avait bonne mine sur la Place des Festivals. Pas de pluie à l’horizon, la fête pouvait commencer : bonnes 31es Francos !

Vers 20 h 30, la musique avait repris ses aises au coeur du centre-ville. Une foule compacte se laissait charmer par les airs de Fanny Bloom au coin des rues Sainte-Catherine et Jeanne-Mance ; plus haut sur la Promenade des artistes, le long du boulevard Maisonneuve, l’éminent Eman d’Alaclair Ensemble invitait les collègues Souldia et FouKi à le rejoindre sur scène, belle brochette de MC au service d’un public attentif. Plus à l’est, le Parterre était bondé, assistant au concert bien rock d’Andréanne A. Mallette. Les festivaliers se baladaient autour de la Place des Arts avec leurs canettes de bière, s’arrêtant çà et là pour attraper quelques chansons. Pas de doute, la saison des festivals est enfin commencée, même si la météo ne collabore pas avec le même entrain.

Et qui de mieux qu’Ariane Moffatt pour officiellement inaugurer cette 31e édition ? Quatre mois après sa concluante rentrée montréalaise au MTelus, elle récidivait sur la grande scène. On écrivait alors comment le souffle son dernier album, Petites mains précieuses, avait transformé les anciennes de son répertoire, bonifié par une section rythmique à toute épreuve (batteur, percussionniste). Hier soir, Ariane Moffatt en a rajouté trois couches : le soutien supplémentaire des deux choristes, une section de cuivres de cinq musiciens, et un quatuor à cordes.

« Néo-soul-disco-pop-électro funky »

La totale, pour un concert complètement séduisant. Comment l’a-t-elle qualifié, déjà ? Le « Néo-soul-disco-pop-électro funky show des Francos », rien que ça. À son meilleur quand disco et électro volaient la vedette. Ariane a commencé ça tout doucement par la sensuelle Du souffle pour deux, augmentant un brin la cadence avec Les Apparences et La Statue, trempant ensuite le gros orteil dans la mare disco avec Pour toi.

Puis ça a explosé. Tirée de l’album 22h22 (paru en 2015), Debout, l’une des meilleures de son répertoire, perdait ses impulsions new-wave d’origine grâce au travail d’arrangeur du claviériste Alex McMahon. Les cuivres venaient alors de prendre place sur scène, et les violons étaient réchauffés ; tout d’un coup, Ariane Moffatt avait un Salsoul Orchestra à elle toute seule et, généreuse comme on la sait, elle l’a partagé avec ses fans.

C’était splendide. Irrésistiblement dansant. Les cuivres qui ponctuaient le rythme, les cordes pour donner de la vélocité au groove. McMahon qui se paie un solo de Clavinet, et Ariane qui le relance avec son propre solo de claviers. Debout venait d’atteindre sa forme ultime : la plus enivrante chanson disco du monde, parfait moment de félicité qui aurait pu s’étirer encore pendant une dizaine de minutes additionnelles que personne n’en serait plaint.

Comment enchaîner après ça ? Avec un moment de douce folie, un fantasme nous a-t-elle dit, une version du thème L’île du Plaisir de Gérard Calvi, le compositeur de la musique du classique Les Douze travaux d’Astérix – si, si, cette île-là où, attirés par le chant des sirènes, Astérix, Obélix et Idéfix passent près d’échouer leur mission. On ne l’attendait pas, celle-là !

Au milieu du concert, Ariane Moffatt a ramené son orchestre dans ses chansons plus coulantes, funk, r&b et soul-pop, invitant Les Louanges pour Point de mire, suivie de Cyborg et N’attends pas mon sourire. Sa jouissive finale était nettement mieux adaptée à une soirée de cette ampleur : après ses créatives relectures de Je veux tout et Réverbère, un trio de chansons aux orchestrations électroniques propulsées par un rythme house, et mixées entre elles. Too Late, puis O.N.O., et enfin Miami, musclées et superbement orchestrées, feu d’artifice de synthés, de cuivres et de cordes, l’apothéose servie par la plus néo-soul-disco-pop-électro funky d’entre toutes.