Francos 2019: Petula, son spectacle, ses Québécois

Le nouveau répertoire québécois de Petula Clark ne manque ni de tonus ni de beauté.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Le nouveau répertoire québécois de Petula Clark ne manque ni de tonus ni de beauté.

J’ai tant d’amour. Je me sens bien. Il suffit de deux chansons en ce vendredi, premier soir des Francos de Montréal, pour me rappeler à l’ordre. Moi qui suis venu revoir Vu d’ici, le spectacle de l’album « québécois » de Petula Clark, parce que les co-réalisateurs et créateurs Antoine Gratton et Louis-Jean Cormier y seront, de même que France D’Amour qui a signé l’une des réussites du disque, je comprends d’entrée de jeu que ce sera, passablement comme en avril 2017 et les fois d’avant, un autre splendide spectacle de la grande interprète. D’abord et avant tout.

Avec des invités en valeur ajoutée. En supplément pas indispensable, mais sympa. Quand elle s’amuse à jouer Que fais-tu là, Petula ?, puis enchaîne avec Chariot (I Will Follow Him), adorable slow-rock de l’époque des « girl groups », je mesure. Elle en a fait, des chansons, de 1970 à aujourd’hui, mais les immortelles ne sont pas immortelles pour rien. Elles n’ont besoin de rien d’autre que de Petula Clark.

Imparables et incomparables

« Ce soir c’est un petit peu différent, explique Petula à son auditoire gagné d’avance. Je reçois quelques invités, ce que je ne fais jamais dans mes spectacles… » Et Antoine Gratton, qui est déjà derrière son piano, se lève pour l’accompagner dans l’épatante chanson qu’il a créée pour l’album, Sourire. Très Petula Clark dans le genre. C’est un chouette moment, mais tout de suite après, il y a Coeur blessé, belle comme au premier jour, et puis Don’t Sleep In The Subway, pépite pop de 1967. Disons que ça relativise.

Le nouveau répertoire québécois de Petula ne manque ni de tonus ni de beauté, mais on l’avouera, Ceux qu’on aime est du néo-Bacharach, de la même façon que Sourire est du néo-Tony Hatch (le réalisateur-compositeur des années où la chanteuse passait pour ainsi dire chaque dimanche soir au Ed Sullivan Show). Du sur mesure de qualité, assurément. Mais La Gadoue de Serge Gainsbourg, quand même, c’est le charme fou, inégalable toutes époques confondues.

L’art d’interpréter

Je comprends que l’intérêt des nouvelles chansons est surtout de mesurer un art d’interprétation : elle sert admirablement tout ce qu’elle chante, Petula Clark. Le chemin de la gare est sans doute la plus mémorable des contributions locales : la chanson écrite par Louis-Jean Cormier (que Petula présente en tant que Jean-Louis), demeure du pur Louis-Jean, avec des modulations magnifiques, portant une histoire inspirée par la vie de Petula. N’empêche que la petite rengaine d’après, C’est ma chanson, a été créée puis donnée à Petula par… Charlie Chaplin.

Le duo avec France D’Amour n’est pas moins relevé. La complicité entre les chanteuses fait plaisir : rien de guindé, France et Petula s’amusent. Cela étant, quand Petula entonne ensuite La nuit n’en finit plus (Needles and Pins), la chanson est autrement immense et le rendu en conséquence. Mais même celle-là pâlit quand Petula Clark donne magistralement la chanson que Brel lui donna : Un enfant. Essayez d’accoter ça ! La chanson y arrive à peine. Petula a beau proposer une musique d’elle sur un texte d’Aznavour (Pour être aimée de toi) et prendre La chanson d’Evita à témoin, il faudra Downtown, à la fin, pour y parvenir. Incroyable répertoire que le sien. Dans cette perspective, la belle rencontre avec les créateurs québécois aura été un sacré défi, dignement relevé. Ce n’est pas peu dire.