Des lieux communs qui sonnent et qui résonnent avec Bleu Jeans Bleu

Les astres s’alignent pour le quatuor Bleu Jeans Bleu, d’autant que le vent frais du printemps a fortement soufflé dans la voilure de la formation. Porté par l’efficace et sympathique chanson Coton ouaté — et son vidéoclip dansant —, le groupe de musique à saveur humoristique franchit rapidement les étapes, à grands coups de lieux communs québécois aussi efficaces que rythmés.

Si c’est fin janvier que Bleu Jeans Bleu a fait paraître son troisième disque, Perfecto, ce n’est que quelques mois plus tard que la sauce a pris, et bien plus que ses membres ne l’avaient espéré, avoue le chanteur Mathieu Lafontaine, de son nom de scène Claude Cobra.

Le quatuor est composé de musiciens de talent, qui s’amusent avec des personnages et des chansons un brin décalés. Ils sont tous vêtus de costumes clinquants et le chanteur roule ses « r ».

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir

Déjà connu de certains grâce à des titres comme J’te gâte all dressed,Petit pouding et J’ai mangé trop de patates frites, Bleu Jeans Bleu a vu son parcours accélérer récemment grâce à la pièce Coton ouaté, où le chanteur, sur une musique hybride entre Run-DMC et Le rap à Billy de Lucien Francoeur, se questionne sur un enjeu majeur de notre société : est-ce que la température nécessite une petite laine ? « On est-tu ben, juste en coton ouaté ? » chante Mathieu Lafontaine.

« Je me rends compte que c’est une phrase que les gens disent dans la vraie vie, et de l’avoir dans une chanson, ça engendre quelque chose, analyse le chanteur. C’était un peu le pouvoir potentiel d’une phrase réutilisable comme ça. La toune rentre un peu dans l’univers commun parce que cette expression-là était utilisée dans la vie avant. »

La chanson, qui joue autant à la radio commerciale qu’à Ici Musique, a aussi été portée par son vidéoclip et la simple mais efficace chorégraphie qu’on y retrouve.

« Ç’a donné un deuxième souffle à la chanson, mais d’une façon qu’on n’avait pas espéré, avoue Lafontaine. Ce qui est en train de se passer, c’est plus cool que ce qu’on estimait possible. C’est pas le hit de l’heure, mais c’est une toune dont les gens jasent. »

Sur la page YouTube de Bleu Jeans Bleu, Coton ouaté enregistre 370 000 vues depuis son lancement il y a un mois. Et le compteur continue de tourner rapidement.

Vocabulaire du quotidien

Cette pièce, comme plusieurs du répertoire du groupe, vient piger dans ces images, ces phrases ou ces références qui sont très québécoises, ou nord-américaines, comme le bowling, la danse en ligne, les fifth wheel ou les motels. Des réalités qui ne sont pas nécessairement montréalaises, et qui peuvent toucher tous les publics.

« Il y a des chansons qui ont plusieurs sens, mais en gros, je me rends compte que les tounes partent souvent des mots que j’entends ou que je dis, parce que c’est du vocabulaire du quotidien, explique Mathieu Lafontaine. Le défi c’est de bien faire sonner ces réalités-là ».

C’est un défi mais aussi une petite obsession pour le parolier natif de Victoriaville, pour qui le côté percussif des mots et des refrains est essentiel. « C’est le prétexte pour faire une toune, pour moi. Après ça, on l’habille, on écrit autre chose autour de [la phrase rythmique], pour en arriver à ce que ça fasse une chanson. Mais c’est juste pour me donner l’occasion d’arriver à ce bout-là ! »

« De la musique qui fait rire »

Bleu Jeans Bleu ne fait pas à proprement parler de l’humour sur disque, mais le ton global amène le rictus en même temps que l’émotion. Les comparaisons avec Les Trois Accords ou Paul et Paul sont revenues souvent, mais ce n’est pas tout à fait ça, estime Mathieu Lafontaine. Plume ou Crampe en masse ? Non, mais oui, mais non.

« Dans ma tête, c’est comme de la chanson pop, disco, rock, folk, et je peux rajouter un élément alimentaire là-dedans pour que les gens comprennent qu’il y a un petit côté pince-sans-rire, tente de résumer le chanteur. C’est pas humoristique, mais je dis que c’est de la musique qui fait rire. Pour moi, la nuance est vraiment importante. »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Bleu Jeans Bleu ne fait pas à proprement parler de l’humour, mais le ton global amène le rictus en même temps que l’émotion.

C’est que le filon purement musical compte aussi beaucoup aux yeux de Lafontaine et de ses acolytes François Lessard, Pierre-David Girard et Mathieu Collette. « Les gars sont super compétents, avec beaucoup de goût. Et quand vient le temps d’essayer un style, on trouve le moyen de s’y rendre. Et ça, c’est l’aspect non limitatif de travailler avec d’excellents musiciens », insiste le chanteur.

Sur son troisième disque, Perfecto, la formation a proposé des arrangements étonnants, parfois très Motown, avec des lignes de cordes. « On s’en permet plus. On veut aller plus loin, on a un besoin d’accomplir quelque chose qui nous fait du bien à nous autres aussi, comme musiciens », résume Mathieu Lafontaine.

L’été de festivals de Bleu Jeans Bleu commencera le 20 juin aux Francos de Montréal, mais l’horaire de juillet est déjà très occupé pour le groupe.

« Il n’y a pas de projection en arrière, ou de grands déploiements visuels, explique Lafontaine. On essaie de garder ça assez “classic rock”, mais ça tombe un peu théâtral dans l’interprétation des personnages. C’est quatre gars qui se donnent un peu trop sur scène, et à la fin de la veillée, je veux que tout le monde soit un peu heureux avec une petite crampe aux joues. »

Chanteur et… gérant

Depuis son deuxième disque, intitulé Franchement Wow, Bleu Jeans Bleu fait paraître ses chansons sur sa propre étiquette, Chalet Musique. Et le chanteur et parolier Mathieu Lafontaine est aussi le gérant et l’agent de spectacles du groupe.

« À force de baigner là-dedans, tu comprends un certain lot de choses, explique Lafontaine. Il y a des choses que tu vois avec l’angle plus administratif ou business, plutôt que juste artistique. Je trouve ça utile à la longue de voir les deux côtés de la médaille. Et l’un défend bien l’autre aussi. »

Bleu Jeans Bleu étant un projet à la personnalité assez unique, il a été utile que son principal protagoniste soit celui qui le décrive et le vende aux différents diffuseurs, croit Lafontaine.

« Je ne pensais pas avoir cette fibre-là, mais mon père l’a beaucoup, explique le chanteur. C’est pas tous les artistes qui ont envie de le faire, moi j’avais envie de l’essayer, et jusqu’à maintenant, c’est ce qui a le mieux marché pour le projet. »

Bleu Jeans Bleu

Aux Francos de Montréal le jeudi 20 juin, à 23 h, au stationnement Jeanne-Mance. Gratuit.