Nach et le jeu des sept erreurs

Anna Chedid a tout écrit, bricolé main les maquettes, puis a amené son frère Joseph, «un excellent arrangeur et réalisateur», dans son aventure.
Photo: Universal Anna Chedid a tout écrit, bricolé main les maquettes, puis a amené son frère Joseph, «un excellent arrangeur et réalisateur», dans son aventure.

Bouclé depuis la fin de l’été dernier, ce nouvel album. « Ça fait longtemps — j’ai hâte que ça sorte ! » lance Nach, rencontrée à Montréal en février dernier, à la veille de son passage à la vitrine RIDEAU dans la capitale. On n’a rien perdu pour attendre : Anna Chedid, fille de l’un et sœur cadette de l’autre, a précisé sa chanson, moins lisse que sur l’album d’il y a quatre ans et portant son surnom, plus circonscrite, plus vibrante encore, sur L’aventure, disque rendu possible par « l’épreuve du feu » qu’elle a traversée sur scène avec le reste de la famille.

L’auteure-compositrice-interprète revient aux Francos le 18 juin, quatre ans et quatre jours après y avoir été invitée une première fois pour participer à la tournée du clan Chedid, soit papa Louis, frères aînés Matthieu et Joseph (alias Selim) et elle. « Le plus drôle, c’est que lorsqu’on m’a proposé ça, je venais de sortir mon premier album, se rappelle Anna. On m’a dit : “Il faut faire une tournée avec la famille.” J’ai répondu : “Mais attendez, je viens de sortir mon album !” Vraiment, pendant quelques jours, je me prenais la tête… En plus, on me disait : “Si tu ne le fais pas, pas de tournée, ce sera à cause de toi !” Puis, je me suis dit : “Allez, je le fais. Pour l’expérience. Et en plus, si ça se trouve, on ne le refera jamais…” »

Un chemin à faire

C’est un peu, beaucoup grâce à cette aventure qu’est née l’autre, son second disque enfin arrivé chez les disquaires, L’aventure : « J’ai réalisé que d’être là, tous ensemble sur scène, fait vraiment ressortir notre personnalité. C’est comme le jeu des sept erreurs : il suffit de mettre des choses un peu similaires les unes à côté des autres pour remarquer les différences. J’ai vu dans le regard des gens qu’ils me considéraient comme quelqu’un à part entière, avec ma personnalité. J’ai allumé que j’avais mon chemin à faire. Matthieu disait, avec raison, que ce qu’on a vécu [durant cette tournée], c’est trouver sa place dans une famille, dans le monde, dans l’existence. »

Je me suis rendu compte que d’être là, tous ensemble sur scène, fait vraiment ressortir notre personnalité. C’est comme le jeu des sept erreurs : il suffit de mettre des choses un peu similaires les unes à côté des autres pour remarquer les différences.

Ce qu’elle n’avait pas encore fait au moment de lancer son premier disque, avoue Anna. « Je pense que je n’avais pas encore assez confiance en moi sur le premier album », fait d’une chanson pop dans l’air du temps, farci de grooves électroniques tendance qui diluaient la plume de l’auteure tout en nous faisant découvrir son grain de voix, parfois comparé à celui de Catherine Ringer, mais allons-y d’un rapprochement plus audacieux : il y a, dans l’émotion de cet album, dans cette manière de dérouler les mélodies avec une touche d’imprévisibilité, quelque chose de Barbara. « Son interprétation, pure et puissante, la manière dont elle investit chaque mot, c’est ce que je trouve incroyable chez elle », dit Chedid.

Bricolé main

Exit, donc, le groove facile qui dilue — en fait, c’est beaucoup de ce qu’elle avait imaginé qui s’était un peu effacé dans ce premier disque, agréable au demeurant : « J’avais pourtant imaginé des clips, la scénographie, mais je crois que je n’avais pas assez d’aplomb pour me dire : “Ouais, je vais le faire moi-même.” Finalement, je me suis rendu compte que mes clips n’allaient alors pas jusqu’au bout de mon propos. Avec cet album [L’aventure], je me suis promis d’aller jusqu’au bout de mes envies artistiques. »

Anna Chedid a tout écrit, bricolé main les maquettes, puis a amené son frère Joseph, « un excellent arrangeur et réalisateur », dans son aventure. « Parce que c’est un album très personnel, j’avais besoin de faire appel à quelqu’un qui comprend bien ma vision, ma sensibilité. » Il ne compte que dix chansons : « J’en avais pourtant composé 25, en me disant que j’en garderais une douzaine. Finalement, quand j’ai commencé à réfléchir au spectacle et aux films », les courts métrages qu’elle écrit et qui servent de vidéoclips à trois chansons, « je me suis rendu compte qu’il y avait un bel équilibre en n’en gardant que dix, quelque chose qui racontait beaucoup plus » ce qu’est, pour elle, cet album.

L’aventure est plus varié que le précédent — quelques chansons encore propulsées par des rythmiques pop électroniques comme l’estivale Moi tout à toi, la funky La couleur de l’amour et la new wave À l’autre bout du monde —, quelques autres tout à l’opposé, dépouillées au maximum pour revenir à l’essence d’une chanson piano-voix, exactement le parti qu’Anna prend en concert.

Avec un premier album, « on ne fait pas d’erreur, ce ne sont que des expériences, philosophe la musicienne. Sur le premier disque, je crois que j’avais besoin de sentir ce type d’orchestration » très pop et électronique, coulant et confortable, « quelque chose d’efficace qui me rassurait un peu. Je laisse tomber ça aujourd’hui pour proposer quelque chose de plus tranché, plus dénudé, davantage dans la fragilité, dans l’émotion et tout ça. C’est vers ça que je tends : les orchestrations [plus étudiées], la sensibilité, le côté cinématographique de l’émotion aussi. »

L’aventure

Nach, Universal Music. En concert aux Francos de Montréal le mardi 18 juin à la 5e Salle de la Place des Arts, en première partie de l’hommage à Léo Ferré par Philémon Cimon et Antoine Corriveau.