Pink au Centre Bell: cette fois, c’est la bonne

Pink chantant au gala «MusiCares Person Of The Year» 2019 à Los Angeles
Photo: Valerie Macon Agence France-Presse Pink chantant au gala «MusiCares Person Of The Year» 2019 à Los Angeles

Est-ce un oiseau ? Est-ce un avion ? Non, c’est l’icône pop américaine Pink qui traverse la patinoire du Centre Bell suspendue à des câbles. Après avoir brisé le cœur de ses admirateurs en annulant le concert qu’elle devait donner en mars 2018 pour cause de grippe, l’auteure, compositrice et interprète s’est rachetée de spectaculaire manière hier soir avec un concert tape-à-l’œil imaginatif et acrobatique qui n’a cependant presque pas touché au répertoire de son tout récent album Hurts 2B Human, paru le 26 avril dernier.

Le pire, c’est que cette partie remise a failli encore passer à la trappe : Pink a annulé les deux concerts qu’elle devait donner à Toronto lundi et mardi derniers pour cause de — on vous le donne en mille — grippe. Si sa voix gardait encore quelques symptômes du virus hier soir, ça n’a heureusement pas trop paru, sinon peut-être durant le premier quart du concert, de toute façon un tantinet générique. Lorsqu’est venu le temps de balancer ses hymnes Try et Just Give Me a Reason au milieu du concert, les cordes vocales ont tenu : la voix forte, le trémolo fin, son timbre rauque distinctif, c’était senti.

Ainsi, Pink a démarré en trombe ce concert du Beautiful Trauma Tour amorcé il y a déjà plus d’un an. Lorsque l’immense rideau rose masquant la scène est tombé, la musicienne était déjà suspendue à un chandelier dans un décor d’hôtel déjanté, taraudant la foule avec Get the Party Started. On se serait cru à Las Vegas : les danseurs, l’orchestre de neuf musiciens (dont cinq femmes), les éléments de décor extravagants et la dimension circassienne de sa performance. On a beau vanter son flair pour l’hymne pop rock rassembleur et sa voix typée, il faut aussi la voir sur scène pour reconnaître l’athlète de la scène.

Les éléments visuels et très dynamiques de sa performance avaient le mérite de détourner notre attention du programme musical plus mièvre qu’elle nous a initialement servi : après la pétarade Get the Party Started, Beautiful Trauman, Just Like a Pill et Who Knew (celle-là particulièrement bien accueillie), toutes pareillement pop-rock ou rock-pop. Ah oui, ça bougeait sur scène, l’épatant écran géant était judicieusement utilisé pour créer de superbes illusions de profondeur de champ, mais côté orchestrations, la variété se faisait attendre.

Elle est venue, rassurez-vous. Revenge, d’abord, une pop moins coincée dans le rock, plus groovy, servie par un propos grinçant à l’endroit des ex malpropres et par une mise en scène de foire durant laquelle un Eminem gonflable géant est apparu pour rapper son couplet. Et rebelote dans le rock, alors que Funhouse fut enchaînée dans le succès Just a Girl de No Doubt, le tout rehaussé par des effets de pyrotechnie.

Le public a tout bu jusqu’à la lie. La musicienne compte près de vingt ans de carrière (son premier album, Can’t Take Me Home, est paru en 2000) et son public ne l’a pas lâchée depuis — un public hier majoritairement composé de trentenaires, de quarantenaires, de cinquantenaires, tout un contraste avec les jeunes filles croisées récemment au concert d’Ariana Grande dans la même enceinte. Des admirateurs de sa formule pop-rock rassembleuse, qui connaissaient par cœur les paroles de ses succès et qui ne se sont sans doute pas trop formalisés que Pink n’ait inclus que deux chansons de son nouvel album dans le programme, Hustle (un blues rock entraînant mais convenu) et Walk Me Home.

Cette dernière fut offerte au bout de la passerelle, lors d’un moment « feu de camp » qui paraissait un brin décalé par rapport au reste de l’extravagante performance, surtout après les superbes tableaux imaginés pour le méga-succès Try (dans un décor fantastique emprunté à Tim Burton) et Just Give Me a Reason. Il a toutefois eu le mérite de la rapprocher des admirateurs, de permettre à la star d’avoir un brin de conversation avec nous, moment sympathique qui brisait néanmoins l’élan qu’elle a ensuite repris, avec moult acrobaties, à partir de la puissante Just Like Fire, suivie de What About Us (et son introduction vidéo rappelant l’engagement civique dont l’artiste a fait preuve durant toute sa carrière), jusqu’à Raise Your Glass, Blow Me (One Last Kiss) et, au rappel, So What et Glitter in the Air.

Généreux, musclé, affirmé et ingénieux concert. Pink remet ça encore ce soir, toujours au Centre Bell.