Le jazz de Vancouver à New York, et vice versa

Le saxophoniste alto Cory Weeds, héritier de Jackie McLean, a décidé un beau jour d’étendre son activisme à la production d’albums.
Photo: Cellar Live Le saxophoniste alto Cory Weeds, héritier de Jackie McLean, a décidé un beau jour d’étendre son activisme à la production d’albums.

Entre Vancouver et New York, il y a une ligne. On ne pense pas à celle des transports, mais bien à celle des connivences qui relient ces deux villes. Les connivences musicales, plus précisément. Entre, pour être encore plus exact, deux étiquettes : Cellar Live, située sur les bords du Pacifique, et Smoke Sessions, basée sur les rives de l’Hudson et qui accueille également un club de jazz, l’un des meilleurs de la Grosse Pomme.

Le nombre de collaborations qui ont été réalisées au cours des dix dernières années entre les musiciens de ces deux villes, qui sont le fer de lance du contingent jazz du temps présent, est tout simplement incroyable. Aujourd’hui, l’étiquette de Vancouver nous propose le Cory Weeds Quintet – Live at Frankie’s Jazz Club alors que la new-yorkaise se signale avec Steve Davis – Correlations. Bon, éclaircissons.

À l’origine, Cellar Live était un club de jazz animé par le saxophoniste alto Cory Weeds, fervent héritier de Jackie McLean, qui a décidé un beau jour d’étendre son activisme à la production d’albums. Au fil du temps comme des associations, il a produit des musiciens qui sont pour ainsi dire les domiciliés permanents de Smoke.

 

Des noms ? Les pianistes Harold Mabern, Mike LeDonne et David Hazeltine, les saxophonistes Eric Alexander et David Schnitter, le trompettiste Jim Rotondi, le contrebassiste John Webber, le batteur Joe Farnsworth et plusieurs autres, dont le tromboniste Steve Davis. Cellar a même publié le bien nommé Invades Vancouver qui regroupait plusieurs des instrumentistes nommés sous la signature One for All.

Aujourd’hui, le saxophoniste de Vancouver se manifeste en compagnie du pianiste Mabern, qui, faut-il le rappeler, a joué auprès de Miles Davis, Dexter Gordon, McLean et autres poids lourds, du trompettiste Terell Stafford et de Michael Glynn à la contrebasse et Julian MacDonough à la batterie. Et Davis ? Il est soutenu par le pianiste Xavier Davis, le trompettiste Joshua Bruneau, le ténor Wayne Escoffery, le contrebassiste Dezron Douglas et le batteur Jonathan Barber.

Le programme du disque de Weeds, enregistré devant public, est au fond une mise en relief des grandes heures de l’étiquette Blue Note dans les années 1950 et 1960. Les pièces proposées ont été écrites par McLean, Lee Morgan, Mal Waldron, Walter Davis Jr. et Tina Brooks, celui que les patrons actuels de Blue Note ont ressuscité ces dernières années en ressortant des boules à mites ses enregistrements d’il y a une quarantaine d’années. En ce qui concerne Davis, le programme est fait essentiellement de ses compositions.

Au final, après écoute, ce qui frappe, c’est l’abondance de points communs entre ces deux productions. C’est be-bop en diable avec la joie en prime. Celle de jouer, il va sans dire. Si nos bonshommes ne réinventent pas la roue, ne font pas la révolution, ils dispensent par contre beaucoup de plaisir.

Bolden à l’écran et à l’oreille

Grosse nouvelle : le 3 mai prochain, un film consacré au trompettiste Buddy Bolden, l’ancêtre du jazz, celui qui influença Louis Armstrong plus que tout autre musicien, sera à l’affiche aux États-Unis. Le film Bolden n’a pas encore de sortie canadienne arrêtée, mais on peut d’ores et déjà se le mettre à l’oreille puisque sa bande sonore vient d’être publiée ici. Elle a été réalisée par Wynton Marsalis, avec notamment les chanteuses Catherine Russell et Brianna Thomas, le tout en compagnie du Lincoln Jazz Orchestra, qu’il dirige depuis des lunes. Le programme? Il est fait essentiellement des compositions qui ont établi la réputation du style «new-orleans» en général et d’Armstrong en particulier. En d’autres mots, Marsalis reprend les classiques du genre comme You Rascal You, Muskrat Ramble, Tiger Rag, Basin Street Blues, Stardust et autres.