Montréal, métropole musicale «underground»

Il reste difficile pour des créateurs hors des sentiers battus d’être programmés dans une salle reconnue, selon Mason Windels.
Photo: Getty Images Il reste difficile pour des créateurs hors des sentiers battus d’être programmés dans une salle reconnue, selon Mason Windels.

Si les quartiers ou les lieux qu’elle occupe dans la métropole changent au fil des années, la scène musicale underground — voire clandestine — de Montréal reste fertile et prend un visage pluriel, selon trois de ses acteurs invités en discussion mercredi à l’INRS.

Sous le thème « Montréal underground : où est passée la scène ? », la discussion organisée par la Chaire Fernand-Dumont sur la culture a permis de réaffirmer que les soirées musicales nichées, souvent secrètes et illégales parce que menées sans permis d’alcool, restent dans l’ADN de la ville.

« Ça fait partie de notre identité », a lancé Arielle Cissy Loé, alias DJ Empress, qui fait partie du collectif Palma Disco avec Justin Doucet, aussi présent à la discussion.

À Montréal, « il y a une vivacité [de l’underground] parce qu’il va toujours y avoir un besoin de se divertir après 3 h du matin. C’est une ville où les gens viennent pour faire le party, il y a beaucoup d’étudiants, explique la DJ et animatrice radio. Sachant qu’il y a une culture underground établie ici, ça va toujours être nourri par cette jeunesse ».

Pour Justin Doucet, qui mène avec Arielle Cissy Loé le balado Échantillons sur la radio Web n10.as — cofondée par le troisième panéliste de la discussion, Mason Windels —, l’inertie musicale des clubs souffle sur les braises des after-partys montréalais.

« C’est souvent le même style de musique qui y joue, et les jeunes, eux, “dépassent” les clubs dans ce qu’ils veulent entendre, alors c’est à l’extérieur de ces endroits-là que ça se passe pour diffuser ces musiques-là. »

Visages multiples

Jadis portée par la présence des musiciens du groupe Godspeed You ! Black Emperor, qui ont fini par créer dans le Mile End montréalais un écosystème alternatif avec salles et studios de musique, la scène clandestine de la métropole tend à se diversifier, estime Mason Windels. Ce dernier travaille chez l’étiquette de disques montréalaise Arbutus et pour son volet dance, SOBO, l’acronyme de Sounds of Beaubien Ouest — un clin d’oeil à ce coin de la ville où les soirées underground battaient leur plein jusqu’à récemment.

Ces rassemblements nocturnes, dont on connaît souvent l’existence par le bouche-à-oreille, sont faits « de tout, il y a des anglophones, des francophones, des immigrants aussi, les petites communautés aussi nichées qu’elles puissent être », dit Windels.

Pour Justin Doucet, qui s’intéresse abondamment à l’esthétique de la musique africaine, les questions identitaires et la représentation des groupes marginalisés « sont beaucoup plus importantes dans les after-hours » d’aujourd’hui, et ce, un peu en réaction aux maigres avancées qui sont faites en ce sens sur les plateformes de diffusion grand public.

Des freins

Selon Mason Windels, si la scène est vivante, il n’en reste pas moins qu’elle a aussi des bâtons dans les roues. Il reste difficile aujourd’hui pour des créateurs hors des sentiers battus d’être programmés dans une salle reconnue, dit-il, car « peu d’établissements donnent la chance et l’espace » pour ces artistes — et donc leur public.

Et si dans certains quartiers les entreprises de technologies tendent à occuper les espaces ouverts autrefois utilisés pour les fêtes, il y a aussi la police qui peut y mettre son grain de sel. « N’oubliez pas que c’est l’escouade Éclipse qui s’occupe des after-hours, l’équipe qui d’habitude enquête sur le crime organisé », illustre Windels en riant.

Le cas Moonshine

La locomotive montréalaise de la scène musicale underground est certainement Moonshine, des soirées organisées tous les samedis suivant la pleine lune. Aux dires d’un des organisateurs, présenté simplement comme Ceylan, une des récentes éditions a attiré plusieurs centaines de personnes dans un lieu communiqué par message texte aux intéressés. « Moonshine, ça a ouvert la ville sur différentes sonorités, croit Justin Doucet. La place pour l’expérimentation, elle était là. » Pour Arielle Cissy Loé, alias DJ Empress, la force de Moonshine est aussi dans la mise en scène. « C’est l’espace, la décoration, [ce qui fait] qu’on embarque dans la wave. » « C’est du DIY, mais à grande échelle », concède Ceylan.