Shelley-Métropolitain: la belle rencontre

La surprise de la soirée fut ce concerto pour clarinette suédois contemporain dans lequel le soliste, l’exceptionnel David Dias da Silva, est aussi acteur ; le clarinettiste étant tantôt lui-même, tantôt un paon identifié par le port d’un masque.
Photo: François Goupil Orchestre Métropolitain La surprise de la soirée fut ce concerto pour clarinette suédois contemporain dans lequel le soliste, l’exceptionnel David Dias da Silva, est aussi acteur ; le clarinettiste étant tantôt lui-même, tantôt un paon identifié par le port d’un masque.

C’est un concert sans faute et avec beaucoup d’âme que nous avons pu vivre à l’occasion de cette première association entre Alexander Shelley et le Métropolitain. Il a débuté par une émouvante minute de silence à la mémoire des victimes de la tuerie de Polytechnique du 6 décembre 1989, tous les musiciens arborant un ruban blanc en signe d’opposition aux violences faites aux femmes.

Belle surprise ensuite avec l’entrée d’Alexandre Shelley s’adressant aux spectateurs dans un français impeccable pour expliquer son programme. Sa langue maternelle a fini par reprendre le dessus, mais il est clair que son français est nettement suffisant si jamais certains avaient l’idée de l’appeler à d’autres destinées dans la métropole…

La chose mérite d’être considérée, car Alexander Shelley, nous l’avons écrit maintes fois, est un grand chef. Cela s’est vu et entendu très rapidement dans Mendelssohn, d’une finesse, d’une souplesse et d’une précision remarquables. La vivante articulation des phrases dans le Scherzo, tout comme la fougue et la fièvre de Roméo et Juliette de Tchaïkovski ne se font pas avec crispation, mais dans une sorte de joyeuse ivresse musicale collective.

Du point de vue esthétique, Shelley fait la musique qui lui ressemble : il est longiligne et ses interprétations fuient toute calorie inutile. Ainsi, il ne ralentit pas à la fin de Roméo et Juliette pour montrer que l’heure est grave. Pareil avec Macbeth de Strauss : c’est de la musique claire et saine, en fait la seule manière de faire passer cet exubérant essai de jeunesse de Strauss, où perce nettement Don Juan. Stylistiquement, j’ai souvent pensé à l’éthique de direction d’un Charles Mackerras, chef que j’ai beaucoup aimé et infiniment respecté.

La surprise de la soirée fut ce concerto pour clarinette suédois contemporain dans lequel le soliste, l’exceptionnel David Dias da Silva, est aussi acteur. La partie soliste comprend des ronds de jambe et une partie chorégraphique, le clarinettiste étant tantôt lui-même, tantôt un paon identifié par le port d’un masque. L’oeuvre est assez fascinante, ne serait-ce que pour le tour de force exigé de la part du soliste et pour les idées un peu folles comme cette fin, où le soliste sort de scène alors que l’orchestre chante bouches fermées.

Tout au long de la soirée, il était évident que le courant passait entre les musiciens et le chef. Et c’était bien normal. De part et d’autre.

Songes de Shakespeare

Mendelssohn : Ouverture et Scherzo du Songe d’une nuit d’été. Tchaïkovski : Roméo et Juliette. Hillborg : Peacock Tales, millenium version. Strauss : Macbeth. David Dias da Silva (clarinette), Orchestre Métropolitain, Alexander Shelley. Maison symphonique de Montréal, jeudi 6 décembre. Reprises vendredi à Pierrefonds-Roxboro et samedi à Saint-Léonard.