Le GAMIQ 2018: chacun son tour

Le duo Milk & Bone fait partie des artistes récompensés dimanche soir au Café Campus.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le duo Milk & Bone fait partie des artistes récompensés dimanche soir au Café Campus.

Vingt-neuf prix Lucien ont été attribués à autant de lauréats hier soir lors du Gala alternatif de la musique indépendante du Québec (GAMIQ). Un an après le raz de marée Alaclair Ensemble, alors reparti avec cinq statuettes, le gala a cette fois célébré la diversité en distribuant ses récompenses au plus grand nombre. De plus, sept d’entre elles ont été décernées à des musiciennes, parmi lesquelles le duo Milk Bone, Lucien de l’artiste de l’année, Lydia Képinski, album pop de l’année, et Maude Audet, album folk de l’année.

Pas de raz de marée, donc, hier soir au Café Campus où se déroulait cette soirée animée par le duo Sexe Illégal, qui a offert son meilleur numéro d’ouverture en trois ans, farci de blagues sur la légalisation du cannabis, mais une déferlante de trophées remis au plus vaste éventail de musiciens méritants. Une soirée célébrant la fertile scène musicale québécoise, du jazz (Lucien de l’album de l’année au bassiste et compositeur Hugo Blouin pour l’étonnant Charbonneau ou les valeurs ‘à bonne place, volume 1) au métal (Get the Shot pour Infinite Punishment), en passant par l’expérimental (Martin Lizotte, Ubiquité) et les musiques du monde (Papagroove, The Hunt).

Ce GAMIQ, ponctué par des performances signées Crabe, Donzelle, TU/LIPS, Sonido Pesao, Renard Blanc, Silver Dapple, Random Recipe et K-Iri, entre autres, est celui des révélations – le prix de la catégorie officielle est revenu à Les Louanges, qui a offert en septembre dernier La nuit est une panthère, son suave premier album. Celui aussi des belles premières fois, comme ce Lucien du EP rap/hip-hop de l’année remis à la rappeuse et compositrice Marie-Gold (pour Goal : Une mélodie) et celui du EP folk de l’année à Helena Deland (pour Altogether Unaccompanied, Vol. 1 II). Deux belles tapes dans le dos, moins pour le beau travail déjà accompli en tout début de carrière que pour celui qui reste encore à faire.

D’autres révélations : Ouri et Mind Bath pour leur collaboration, album électro de l’année, et Apashe, EP électro de l’année, prix d’autant plus vitaux que l’ADISQ ne récompense plus les créateurs de musiques électroniques. Dans la catégorie album post-rock/post-punk de l’année, victoire de Victime pour La femme-taupe ; album punk à Oktoplut pour Démon normal ; album indie-rock à Mon Doux Saigneur, pour son premier disque, éponyme. Mentionnons encore Rosie Valland (EP pop de l’année pour Synchro), Duu (EP indie rock de l’année, Contre-Cycles), Fuudge (EP rock de l’année, Man !).

Commençant la soirée avec le plus grand nombre de mises en nominations (quatre, dont une dans la catégorie artiste de l’année), Fouki est reparti seulement avec le prix choix du public, déterminé par scrutin populaire. Le « gayé » rappeur était également en lice dans la catégorie vidéoclip de l’année (aux vétérans WD-40 ce Lucien, pour le clip La Forêt) et pour le chaudement disputé prix de l’album rap/hip-hop de l’année, remporté celui-là par Eman X Vlooper pour La Joie, au nez des Lary Kidd, Mike Shabb et Obia le Chef. Fouki n’a surtout pas à être déçu : encore inconnu du grand public il y a dix mois, le jeune MC a brûlé la scène rap underground, émergeant au printemps avec la parution d’un premier album officiel (Zay) comme l’un des plus colorés espoirs du hip-hop québécois.

Enfin, un triplé de vétérans a également pu goûter aux honneurs : le duo Seba et Horg repart avec le Lucien de la chanson de l’année pour la phénoménale Vintage à l’os, Keith Kouna s’illustre dans la catégorie album rock de l’année pour Bonsoir shérif et le groupe GrimSkunk est le lauréat du prix du spectacle de l’année. Cette 13e édition du GAMIQ a d’ailleurs été l’occasion de rendre un fier hommage aux membres de GrimSkunk, qui célèbrent cette année trois décennies de prog-metal psychédélique, en plus d’avoir milité pendant toutes ces années pour la légalisation du cannabis. Ô ironie, a relevé l’architecte du GAMIQ, Patrice Caron : aujourd’hui, en raison de la loi C-5.3, encadrant le cannabis au Québec, le groupe n’est plus autorisé à vendre ses t-shirts arborant la feuille de chanvre.