Waahli présente à Mundial Montréal «Black Soap»

Le mélange des couleurs, des parfums et des cultures musicales coule de source sur ce premier album solo de Waahli, qui cumule 17 ans de carrière.
Photo: Evan Shay Le mélange des couleurs, des parfums et des cultures musicales coule de source sur ce premier album solo de Waahli, qui cumule 17 ans de carrière.

L’auteur-compositeur-interprète et entrepreneur Waahli fabrique ses chansons comme ses savons : avec soin, éthique et plusieurs parfums différents. Après 17 ans de carrière, dont presque 15 au sein du collectif Nomadic Massive, il a enfin proposé le mois dernier un nourrissant premier album solo où cohabitent afro-funk, reggae, hip-hop et rythmes afro-caribéens. « Et en plus, cela ne représente qu’un fragment de ma vie », dit le vétéran, qui sera en concert mercredi soir au festival Mundial Montréal.

Sur ce premier album se trouve une chanson qu’il n’a ni composée ni interprétée. Elle est plutôt signée Kenlo (Alaclair Ensemble) et Caro Dupont, « parce que ça fait longtemps qu’on se dit qu’il faut qu’on fasse de la musique ensemble, sauf qu’on ne trouve jamais le moment ! » Qu’à cela ne tienne, le duo figure sur l’album… le temps d’un jingle publicitaire pour son entreprise de savons artisanaux, Wyzah Musk Soap. Elle a pignon sur Web.

Sa spécialité ? Le « Black Soap », justement le titre de son album, un savon noir fabriqué selon la tradition africaine. « Pourquoi ce titre ? Parce que l’idée même d’un savon noir est contraire à ce qu’on imagine d’un savon. » Le savonnier-chanteur obtient la couleur de ses savons en lui ajoutant de la cendre de feuilles de plantain. « Que du bio, des ingrédients naturels. Quand tu regardes le savon, il est noir. Mais sens-le, chaque savon a son propre parfum. C’est un savon qui possède beaucoup de propriétés bonnes pour le corps… comme mon album ! »

Mélange des couleurs

Évidemment, l’allusion à la couleur de la peau n’échappera à personne : né à Montréal de parents qui, eux, ont vu le jour en Haïti, Waahli aborde le thème des races sur ce disque chaleureux évoquant, dans ses envolées engagées, les belles années du rap américain des années 1990, pensons pêle-mêle aux Fugees, à The Roots, A Tribe Called Quest, « tous ces groupes avec lesquels j’ai grandi, qui m’ont donné envie de faire de la musique, d’imiter la leur, mais à ma manière ».

Le mélange des couleurs, des parfums et des cultures musicales coule de source sur ce premier album, comme dans la musique de Nomadic Massive, d’ailleurs. « On fait dans la diversité, mais pas au sens cliché du terme, nuance Waahli. Cette diversité est venue par la force des choses : tout le monde au sein du collectif a des origines distinctes. Pour nous, chanter en trois langues différentes sur une même chanson, ça se passe de manière naturelle. » S’il compose des textes en français pour Nomadic Massive, Waahli a plutôt choisi de rapper et de chanter en créole et en anglais sur Black Soap.

« Je suis fier de mon album, c’est tout mon bagage que j’ai mis là-dedans », explique Waahli, qui n’a jamais perdu de vue le rêve d’un premier album solo, même investi dans Nomadic Massive, « un collectif devenu un groupe » polyglotte, transmusical et terriblement funky qui soulignera son quinzième anniversaire l’an prochain avec un nouvel album — entre-temps, un EP de cinq nouvelles chansons intitulé Miwa (« miroir », en créole) paraîtra le 23 novembre.

Dénominateur commun

Nomadic, c’est sa famille, et ils sont quelques-uns à avoir contribué à l’enregistrement de Black Soap, dont Lou Piensa et Meryem Saci, laquelle a aussi lancé son propre album solo à l’été 2017. « Le dénominateur commun entre les membres de Nomadic Massive, c’est le hip-hop. Son rythme, la culture qui vient avec, aussi. Ensuite, ce sont les expériences qu’on a vécues ensemble qui ont resserré les liens, qui nous ont permis chacun de croire en nous, puis en l’entité que représente ce groupe. »

Autre influence artistique sur le travail de Waahli, l’oeuvre de Jean-Michel Basquiat, à laquelle fait référence la pochette de l’album. Une manière d’insister sur la richesse de la diversité et de ses racines créoles : « Tout le monde connaît Basquiat, mais on ne dit pas assez souvent que, s’il est né à Brooklyn, il est à moitié-haïtien, moitié-portoricain. » Même son oeuvre est le fruit d’un métissage, « il mélange des images avec des mots. Moi, je mélange les sons avec les mots ».

Waahli jouera à L’Esco mercredi à 23 h dans le cadre du festival Mundial Montréal, avec le Urban Science Brass Band, Ramon Chicharron, la Norvégienne Elle Márjá Eira et les orchestres Aurora (Espagne) et Cha Wa (Louisiane).