Dear Denizen, du Congo au Plateau

Dear Denizen, c’est un projet «pas vraiment à mon nom, juste pour explorer, essayer toutes sortes d’affaires, et dans n’importe quelle langue», confie Ngabo.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dear Denizen, c’est un projet «pas vraiment à mon nom, juste pour explorer, essayer toutes sortes d’affaires, et dans n’importe quelle langue», confie Ngabo.

Chris Ngabonziza est une éponge. Par la force des choses, précise-t-il. « J’ai quand même un bagage culturel éclectique. Je suis né en Afrique, j’ai grandi en Afrique, j’ai grandi sur la musique africaine — congolaise, surtout —, j’avais vingt ans lorsque je suis arrivé ici et je suis complètement tombé en amour avec la musique occidentale. Quand j’ai commencé à faire mes propres trucs, tout ça a informé mon travail, c’est certain », ajoute l’auteur-compositeur-interprète indie rock-pop, qui présentera ce soir son troisième EP intitulé BEC (Belle existence chaude), le premier en français sous le nom Dear Denizen.

Ngabo, comme on le surnomme, nous avait donné rendez-vous au bar Pow Pow Club nouvellement ouvert, administré par l’équipe de la salle l’Esco, située juste en dessous. En plein coeur du Plateau, coin Saint-Denis et Mont-Royal, son terrain de jeu et son lieu de travail, il connaît les petites scènes underground de la zone comme le fond de sa poche en plus d’avoir longtemps servi des verres au Quai des Brumes et au bar La Rockette.

Les patrons accueillent ce grand tatoué au look du tonnerre avec une bonne tape dans le dos. Ngabo revient justement du Congo, sans doute pour revoir la famille et les amis dans la région de Goma, dans le nord du pays. Il a ramené dans ses valises une pile de disques de musiques de club de la région et propose au patron de faire une soirée afroclub pour ce nouveau bar à vocation dansante.

« C’est mon quartier, ici », abonde Ngabo, que les mélomanes ont découvert en 2011 avec un premier album de rock indé « africanisé » principalement chanté en français et paru chez La Tribu. « Quand j’ai quitté La Tribu, j’ai d’abord eu envie de travailler en anglais. Bien sûr, le français demeure mon premier amour, littéraire, si tu veux. Mais la langue anglaise me faisait triper, je lisais beaucoup en anglais, je voyais des films… »

Est alors né Dear Denizen, un projet « pas vraiment à mon nom, juste pour explorer, essayer toutes sortes d’affaires, et dans n’importe quelle langue », aujourd’hui son principal canal créatif, à lui autant qu’au groupe qu’il forme avec ses trois complices de la première heure, Jeff Louch aux claviers, Bucky Wheaton à la batterie et Chris Velan aux guitares ; le quartet prépare d’ailleurs pour Coup de coeur francophone un concert complètement en français, majoritairement constitué d’inédits qui seront du premier album complet de Dear Denizen, encore en cours d’écriture.

En continuité rock avec Ngabo, le EP paru en 2014 impressionnait déjà. Dans le troisième, qui paraîtra demain, la curiosité musicale de l’artiste brille alors que de subtils rythmes africains couplés à la musique électronique, au rock (« Je tripe full sur Rod Stewart ces temps-ci », confie Ngabo) et à la pop viennent rehausser une proposition déjà éclectique, à laquelle il faut joindre le projet ABAKOS, qu’il pilote avec son ami Pierre Kwenders (prenez note, un nouvel album du duo congolo-québécois est en train de mijoter).

Ngabo a sonné son retour avec la bombe électro-pop BEC et son clip décadent bricolé à la main. Il chante qu’il se cherche un job parfait, un 3 1/2 parfait. « Je me cherche un chum/Un chum parfait/Optimiste, je suis hédoniste/Dans ma belle existence chaude… »

« Je ne voulais pas trop me prendre au sérieux, dit-il avec le sourire, mais c’était mon premier extrait [signalant] que j’étais de retour, et en français. J’avais envie de quelque chose de débile, queer, trash un peu. C’est aussi très “Montréal” — je voulais rendre hommage au nightlife montréalais, tout en reconnaissant qu’on vit un peu dans une bulle », dit-il à propos de ses camarades artistes et oiseaux de nuit. « Il y a une harmonie hallucinante ici, dans mon monde, en tout cas. On vit bien tous ensemble, les gais, les straights, on s’en fout, on fait la fête et on s’amuse. Une bulle de gaieté — j’emploie ici le mot au sens propre. Et Montréal, c’est aussi tout le monde qui se cherche un appart, un chum, une blonde… »

Dear Denizen présentera ses nouvelles chansons à 20 h jeudi soir au Ministère.