Rock de fin de soirée à Coup de coeur francophone

Le groupe post-punk naïf Bleu nuit
Photo: Julie Lp Le groupe post-punk naïf Bleu nuit

Aut’Chose, les Marmottes aplaties, Vilain Pingouin… À croire que le rock du week-end à Coup de coeur s’est déployé sous le signe du succès souvenir. Qu’à cela ne tienne, Le Devoir tenait tout de même à sa dose de découvertes et de nouveautés en matière de grosses guitares. Les spectacles de « fin de soirée » de vendredi et samedi se sont révélés salutaires dans cette veine.

Vendredi soir, après les célébrations tout en excès du légendaire rockeur poète Lucien Francoeur aux Fouf', on attendait ferme le concert des très grandiloquents Martyrs de marde, originaires de Québec. Ajouté à la dernière minute à la programmation de fin de soirée, le groupe punk commence à se tailler une réputation enviable sur la scène de la capitale nationale. Normal, avec une démarche axée sur la théâtralité, un peu à la manière d’Anatole en plus trash, on se fait facilement remarquer.

Dans l’Escogriffe assez peu achalandé, la rumeur courait : « Il paraît qu’ils sont vraiment quelque chose à voir. » Les quatre Martyrs sont entrés en scène, costumes d’inspiration religieuse et médicale en prime, autour de 23 h 30. Au diable le fameux quatrième mur : pendant leur prestation d’un peu plus d’une trentaine de minutes, les Martyrs de marde ont harangué le public, lancé des fruits, simulé un sacrifice humain, mené une prière païenne, rampé sur le sol. Ici, la musique, solide bloc sonore parfois un peu informe, sert la scène plutôt que le contraire. Psychédélique et criard, le groupe est de ceux qui doivent être vus plutôt qu’entendus. Avec une figure centrale charismatique (le « Frère Foutre »), les Martyrs vomissent leur fiel nihiliste sur un public mi-enchanté — les amis du groupe semblaient s’être déplacés — mi-mal à l’aise. Bref, une messe satanique répulsive (les paroles choqueront les sensibles) comme il ne s’en fait plus.

Une drôle de table était donc mise pour la suite. C’était le groupe post-punk naïf Bleu nuit qui montait sur scène après la prestation des énergumènes. Gros mandat, diront certains. On a effectivement sourcillé devant cette décision de la programmation de rassembler les deux univers. Bleu nuit, construit par certains membres du défunt Pandacide et du groupe Eliza, présente sur scène une sorte de malhabile intimité. Les quatre garçons étant, sans surprise, plus rigides que leurs prédécesseurs de scène, il a fallu quelques chansons au groupe pour installer l’ambiance recherchée. Peut-être soulagée de ne plus être la potentielle victime des performeurs, la (petite) foule a ensuite suivi le mouvement. Bénéficiant d’une belle visibilité à l’international, les Bleu nuit, dont le son métallique et protéiforme n’est pas sans rappeler un Ariel Pink plus terre à terre, Corridor ou Proccupations, attendus, se sont montrés inspirés mais peu étonnants. D’autant plus qu’avec seulement un EP disponible, le groupe, qui a d’ailleurs fait paraître une nouvelle chanson récemment (Le même discours) a rapidement atteint son quota de chansons. Les attentes sont donc à moitié remplies.

Un samedi soir au Quai

Toujours en quête de nouveau rock, c’est au Quai des brumes que l’on se rend samedi soir, attiré par une programmation à forte valeur féminine.

D’abord, Léona, tout d’imprimés à motifs vêtus, ont fait bouger la salle avec leurs compositions hommage aux groupes de filles des années yé-yé. Chant informe et paroles inaudibles, meneuse à la dégaine digne du Chat dans le sac, musiciens maquillés, tout l’emballage de Léona a de quoi plaire aux amateurs d’un rock « sixties ». On jurerait entendre un savant mélange de Maude Audet et des Vulvets. Cette identité semble toute neuve, toutefois. Les pièces garage pop énergiques, psychédéliques et insolentes sont indisponibles sur les plateformes de l’artiste. À quand une mise à jour, Léona ?

Rock Garage

Ensuite, les Dates ont pris la scène du Quai. Les quatre rockeuses (dont un rockeur) ont servi leur punk garage dansant avec candeur, menées par des chanteuses à l’énergie vitale et crue. Le micro alternant entre la bassiste et la batteuse, le jeune groupe rappelle beaucoup les Coathangers ou, ici, les défunts Peelies. On repense avec nostalgie avec ces bonnes années du rock garage, quand la clarté du son était inversement proportionnelle à la vigueur et au désir de jouer. Il a suffi d’un « 1,2,3,4 » hurlé avec passion pour que la salle — qui s’était, il faut le mentionner, partiellement vidée à cette heure de la nuit — se lève et danse le twist. Faut-il prononcer « Da-tes » ou « Day-tzzz » ? Si de longs pans des paroles étaient chantés en anglais, l’auditeur insouciant emporté par le charisme des quatre jeunes gens a hâte d’en entendre plus.

Coup de coeur francophone et ses concerts de fin de soirée se poursuivent toute la semaine.