Charpentier traité avec soin

Luc Beauséjour en répétition avec Margaret Little
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Luc Beauséjour en répétition avec Margaret Little

C’est une très belle soirée musicale que nous ont offerte Luc Beauséjour, Marie-Nathalie Lacoursière et leurs interprètes. Les échappées ponctuelles de Clavecin en concert, comme des Boréades (avec Nicandro et Fileno en 2017), dans le domaine de l’opéra baroque, fussent-elles de dimensions modestes, sont un apport courageux et non négligeable à la vie musicale montréalaise. L’association, vendredi soir à la salle Bourgie, des Plaisirs de Versailles, gentillet divertissement chanté, et d’Actéon, véritable petit opéra de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), a été concoctée avec grand soin.

Le dispositif est déjà bien rodé : le placement de l’orchestre à l’avant du parterre est la bonne option, puisqu’il permet de laisser le champ libre aux chanteurs sur la scène tout en maintenant une cohérence acoustique. La surprise est venue de l’efficacité et de l’élégance du dispositif scénique. Des voiles permettent de cacher Diane puis de la révéler aux yeux d’Actéon. Les costumes de Marc Sénécal sont simples, astucieux et évocateurs.

Le meilleur du spectacle coïncide avec le meilleur de la musique. À partir de la 3e scène d’Actéon et l’air du héros « Agréable vallon, paisible solitude… Liberté, mon coeur, liberté », l’oeuvre prend, en miniature, une vraie dimension et le spectacle épouse cette magie grandissante, notamment au moment de la transformation d’Actéon en cerf, un instant délicat géré avec beaucoup de poésie.

Attention et concentration ont marqué toute la soirée, des intermèdes dansés, aux accessoires (chapeaux), en passant évidemment par la musique, véritablement sculptée par Luc Beauséjour, à l’image du dernier choeur d’Actéon. Il faudrait qu’un commanditaire se joigne à l’équipe pour permettre à ces spectacles d’assumer une projection de surtitres. Même si la langue chantée est le français, les mots sont différemment intelligibles selon les chanteurs. Par exemple, dans Les plaisirs de Versailles, Stéphanie Pothier (la conversation) était plus compréhensible que Jacqueline Woodley (la musique). Mais s’efforcer à tout bout de champ de comprendre « de quoi on cause » empêche de se concentrer davantage sur les beautés de la musique.

Sur le plateau, Luc Beauséjour a réuni une belle et cohérente équipe. Il faut cependant tirer un coup de chapeau particulier au ténor Philippe Gagné. Cela fait cinq ans que nous le voyons régulièrement dans des productions baroques, mais il ne nous a jamais fait aussi bonne et rayonnante impression. Il est vrai que le rôle d’Actéon ne sollicite pas les dimensions dramatiques de la voix. En tout cas, dans ce registre plutôt élégiaque, Philippe Gagné a été très convaincant. S’il continue sur cette lancée, il paraît prêt à s’attaquer à quelques rôles d’opéras de Rameau.

Actéon Les plaisirs de Versailles

Oeuvres de Marc-Antoine Charpentier par Clavecin en concert, dir. Luc Beauséjour. Mise en scène : Marie-Nathalie Lacoursière. Chorégraphies : Marie-Nathalie Lacoursière et Stéphanie Brochard. Décors et costumes : Marc Sénécal. Éclairages : Audrey Janelle. Les plaisirs de Versailles : Jacqueline Woodley (la musique), Stéphanie Pothier (la conversation), Pierre Rancourt (Comus), William Duffy (le jeu et un plaisir). Actéon : Philippe Gagné (Actéon), Marianne Lambert (Diane), Stéphanie Pothier (Junon et Hyale), Ariadne Lih (Aréthuse et Daphné), etc. Salle Bourgie, vendredi 5 octobre.