Caroline Rose en avait marre d’être sérieuse

Il est presque difficile de croire que la sérieuse jeune femme qui grattait la guitare façon americana est la même que celle qui désormais joue avec le grotesque et s’amuse des conventions reliées à la féminité.
Photo: Matt Hogan Il est presque difficile de croire que la sérieuse jeune femme qui grattait la guitare façon americana est la même que celle qui désormais joue avec le grotesque et s’amuse des conventions reliées à la féminité.

Entre le premier et le second album — Loner, sorti en avril — de Caroline Rose, on peut parler de petite révolution personnelle. L’auteure-compositrice-interprète toute de rouge vêtue, qui sera en concert en soutien à Rainbow Kitten Surprise mardi, s’est donné la permission de laisser transparaître son excentricité, menant à l’un des albums pop les plus honnêtes de l’année.

Soul No. 5, rassembleur morceau pop à la guitare surf rock et aux couplets à la narration imagée, a mis Caroline Rose en haut de page des blogues musicaux au printemps dernier. La jeune artiste y dénonce l’absurdité du harcèlement de rue, en se mettant elle-même dans le rôle de la harceleuse.

La vidéo de la chanson montre Rose arborant manteau de fausse fourrure, sandales Crocs et queue de cheval, en train d’enfourcher une trottinette sur la promenade de Coney Island. Rigolote et parodique, la chanson s’incruste dans la tête. Rose a trouvé, avec ce ton bien à elle, la façon de toucher à des sujets pas toujours drôles de façon légère.

Il en va ainsi pour les 35 minutes que dure Loner. Pourquoi se prend-on autant la tête ? Pourquoi la course aux sous nous rend-elle tous aussi dingues (Money) ? Pourquoi les mecs croient-ils que c’est normal d’interpeller des inconnues dans la rue par des petits noms affectueux ? Pourquoi veut-on faire croire aux femmes qu’elles ont plus de valeur en petite tenue (Bikini) ? Et pourquoi tout le monde tente-t-il de paraître différent, mais a finalement le même look (More of the Same) ?

Autant de questions qui demeurent en suspens, et qui font rire jaune, à travers un parcours fait de pop-rock pigeant autant chez Le Tigre que chez Suuns, avec ce quelque chose de la performance de foire.

Car si Caroline Rose avait beaucoup de choses à dire sur cet album, elle a fait le pari de les dire sans se prendre au sérieux. On le voit tout de suite à la pochette, qui présente l’artiste originaire de New York dans son désormais traditionnel survêtement rouge, s’allumant une multitude de cigarettes d’un seul coup. Le monde n’est pas facile à vivre, mais au moins on va tenter d’en profiter un peu pendant qu’on y est, semble-t-elle vouloir dire.

Être soi-même

« Je crois que ma musique, actuellement, est un peu en réaction par rapport à ce que j’ai fait précédemment, explique Rose, jointe au téléphone pendant sa tournée automnale. J’essaie d’être plus honnête maintenant, d’être complètement fidèle à moi-même. »

Ce qui a précédé Loner s’intitule I Will Not Be Afraid et, malgré ce qu’indique le titre, était bien plus conventionnel. En fait, il est presque difficile de croire que la sérieuse jeune femme qui grattait la guitare façon americana est la même que celle qui désormais joue avec le grotesque et s’amuse des conventions reliées à la féminité.

Sur scène, Rose se fait capitaine d’un drôle de navire : encore et toujours vêtue de rouge, bandeau (rouge) à la Rambo sur le front, elle gratte sa guitare électrique (rouge) avec énergie en sautillant et en faisant la grimace.

À l’origine de cette transformation, une réalisation : il ne sert à rien d’essayer d’être un créateur autre que soi. Et comme l’humour fait partie d’elle, il fallait qu’il transparaisse dans sa musique.

« Il faut se baser sur la création de son propre univers, poursuit la jeune femme de 28 ans. Je montre les éléments de ma personnalité que j’ai envie de mettre en scène. Et ça, ça fait nécessairement ressortir mon humour, mon côté décalé. Je m’en fais beaucoup moins avec ça maintenant, de l’image que je projette. J’ai juste envie de créer un univers dans lequel les gens peuvent s’évader. »

Sans être un personnage

Mais n’y a-t-il pas un danger dans le fait d’incarner la « comique » de service ? Est-ce que le message peut autant être entendu lorsqu’il est scandé la cigarette au bec et en habits d’entraînement ?

« J’essaie de trouver cet équilibre entre être drôle et être une blague. Moi je suis comme ça, alors ma musique devient comme ça. C’est possible d’être plus d’une chose à la fois, vous savez. C’est possible d’être drôle en étant une femme, même ! C’est fou, hein ? Ça, je crois que ça surprend toujours les gens. Quand on dit auteure-compositrice-interprète féminine, on va toujours croire qu’il s’agit d’un truc triste. »

En concert, c’est un vrai « party », assure Rose. « Surtout dans des petites salles où l’énergie est très électrique, où les gens sont tous collés les uns contre les autres. On essaie d’être attentifs à ce que les lieux [permettent]. » Elle a beau se qualifier de Loner, on a cette envie irrépressible de se joindre au party, pour rire avec elle de tout ce qui ne va pas.

Caroline Rose

En première partie de Rainbow Kitten Surprise, mardi, 20 h, au Théâtre Corona