Klaus éclaire les musiques de sa lanterne

Francois Lafontaine (à gauche), Samuel Joly, et leur troisième complice, Joe Grass (absent de la photo), se définissent comme des têtes chercheuses.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Francois Lafontaine (à gauche), Samuel Joly, et leur troisième complice, Joe Grass (absent de la photo), se définissent comme des têtes chercheuses.

Ces trois musiciens chevronnés qui font partie de la crème de la scène locale (Marie-Pier Arthur, Karkwa, Galaxie, Patrick Watson, Fred Fortin et bien d’autres) se définissent d’abord comme des têtes chercheuses. Avec son assemblage de sonorités tirées d’un large éventail, Klaus veut s’émanciper de la tyrannie des modes.

C’est autour d’un verre que les amis Samuel Joly (batterie), François Lafontaine (claviers) et Joe Grass (guitare) se sont dit que ce serait une fichtre de bonne idée de travailler en trio. Quoi de plus naturel que d’échafauder des projets d’envergure avec un petit verre dans le nez ? Mais voilà, ils ont tenu bon et, près de deux ans après la formulation de l’idée, on peut tenir entre ses mains le bébé qu’ils ont porté si longtemps ; un disque.

« Au départ, on voulait sortir le projet au mois d’avril, mais on s’est rendu compte que c’était trop “rushé” pour un groupe absolument pas connu… », dit François Lafontaine. Ceci explique pourquoi Klaus n’est sorti que maintenant, alors que les dix pièces étaient prêtes depuis décembre. « Les têtes sont connues, mais le projet ne l’est pas », précise Samuel Joly.

Pas connus, mais n’empêche qu’ils ont du rodage, ces trois-là. Au point que certains ont même parlé de « supergroupe », un terme qui ne plaît guère à Joly et à Lafontaine — Grass n’ayant pu assister à l’entrevue à cause d’une blessure récente. « C’est quoi de toute façon, un supergroupe? demande le claviériste, avec une moue. Je trouve que ça fait prétentieux. » Le batteur renchérit, dubitatif lui aussi : « tu peux [réunir] les meilleures têtes dans le monde. […] quand ils [vont faire] de la musique ensemble, ça ne voudra absolument rien dire. Mais si tu parles de trois grands chums qui ont du plaisir ensemble, ça oui [ça peut marcher]. »

Jeu d’assemblage

Les trois grands chums ont visiblement élimé leurs tables tournantes avec des oeuvres fort variées. Les pièces embrassent large, à la manière d’un grand carnet de route musical, rejetant toutes contraintes. Entre surf-rock, krautrock, afrobeat, les complices s’éclatent dans les musiques qu’ils affectionnent. On avance à tâtons dans le disque, une lanterne à la main, en éclairant des parcelles sonores.

Il faut plus d’une écoute pour embarquer dans le doux délire de Klaus. Puis, à un moment, voilà que ça arrive, la lumière fuse. On comprend, on capte et on danse, surtout sur le joyeux beat de Fever ou sur la guitare indie-rock de The Aluminoid. On se perd dans nos pensées à l’écoute de la très cohenesque Bad Religion.

« Il y a beaucoup de gens qui vont dire que c’est référentiel, avance Joly. Mais ça ne l’est clairement pas. On n’a pas voulu être dans tel style, ou sonner comme telle affaire. C’est plutôt trois personnes qui ne pouvaient pas sortir ce genre d’idées là depuis 10 ans parce que personne ne voulait les “fronter”. On a juste garroché toutes les idées qu’on avait d’enfouies. »

« Il y a plein de bands qui ont fait des albums comme ça, poursuit Lafontaine. Les Flaming Lips, ça va dans tous les styles, pis on capote. »

S’il y a quelque chose qu’on ne peut nier, c’est que les garçons de Klaus semblent s’amuser ferme, faisant fi du qu’en-dira-t-on. Le groupe revient tout juste du Festival de musique émergente, où ils étaient attendus.

« Je pense qu’on va sûrement avoir un public pour [le projet], explique le batteur. On est actuellement tellement surexposés à une musique extrêmement pop, ou alors il y a simplement trop de musique. Des tounes plus cassées, plus aventurières… Il y en a des gens qui aiment écouter de la musique pour écouter de la musique, sans se dire que c’est dans des catégories. »

Et François Lafontaine de préciser : « C’est important de dire qu’on ne fait pas de la musique pour un public full mélomane. On fait de la musique, point. Je pense à un band comme Deerhoof, qui ne se prend pas au sérieux, même si c’est complexe un peu. Je sais qu’il y a beaucoup de modes, des sons hyperparticuliers en musique, chaque époque il y a ça. Ben ça, nous, on a essayé de s’en “câlisser”. Que ce soit in ou pas… ben qu’ils mangent de la marde ! »