Shakira au Centre Bell: ses hanches ne mentent pas

Shakira a offert pour cette escale de son <em>El Dorado Tour</em> une performance experte, mais un brin décousue dans ses enchaînements et aux effets scénographiques excessifs.
Photo: Kevin Mazur/Getty Images pour Live Nation Shakira a offert pour cette escale de son El Dorado Tour une performance experte, mais un brin décousue dans ses enchaînements et aux effets scénographiques excessifs.

« Mon Dieu, vous m’avez manqué ! » a dit Shakira avant de se lancer dans le groove pop-rock de Si Te Va. Huit ans qu’elle n’avait mis ses pieds nus sur la scène du Centre Bell, un bail ! Ses fans, près de 13 500 entassés hier soir jusqu’au dernier balcon, attendaient de pied ferme la plus grande pop star d’Amérique latine des vingt dernières années, venue distribuer ses succès en ratissant du disco à la cumbia, et les pas de danse qui vont avec. Mon Dieu, ses coups de hanches !

Hé, elle l’a dit en français ! Et pas juste une petite phrase comme ça mémorisée en vitesse avant de monter sur scène pour faire plaisir aux fans. La mégastar colombienne nous a causé toute la soirée dans un français plus qu’adéquat, s’adressant longuement et avec une sincère affection à son auditoire — les Montréalais d’origine latino-américaine avaient répondu présents, mais le plus impressionnant était de voir que toutes les générations de la pop avaient leurs billets. En vingt ans de carrière, elle en a accumulé.

L’auteure, compositrice, interprète et danseuse a offert pour cette escale de son El Dorado Tour une performance experte, mais un brin décousue dans ses enchaînements et aux effets scénographiques excessifs. On a d’abord douté un peu de sa forme en ouverture de spectacle alors qu’elle dansait et chantait prudemment sur trois vieux succès, ici grossièrement apprêtés à la mode pop-dance-house, Estoy aqui, ¿ Dónde estás corazón ? puis She Wolf, avec la foule qui hurle au loup avec elle.

« Il y a quelques mois, j’ai pensé que je ne chanterais plus jamais », nous a-t-elle ensuite confié, allusion à une hémorragie des cordes vocales qui l’a forcée au repos l’hiver dernier et au report de la première portion de sa tournée. « C’est grâce à vous si je suis ici, merci ! » a ajouté Shakira avant d’entonner la ballade Nada, une des belles de son dernier album El Dorado, paru en mai 2017. Là, plus de doute : le trémolo, le timbre délicat, la force d’évocation, le talent d’interprète, ses cordes vocales ont été rafistolées.

La pop-rock de ses débuts et la dance moderne font leur effet au Centre Bell, mais c’est vraiment pour ses bombes reggaeton-cumbia-salsa qu’on l’attendait. Si vous aviez entendu la foule hurler lorsque le violoncelle a glissé les premières notes de Pierro Fiel, son récent succès en duo avec Nicky Jam ! Pire encore pour Me Enamoré, encore une autre bombe de son dernier album.

Un joli petit orchestre l’accompagnait (batterie, guitare, basse, claviers et une violoniste-guitariste) sur cette scène qui s’est transformée en îlot de chaleur sous la quantité de projecteurs braqués sur elle. Un écran LED géant au fond, deux autres écrans circulaires aux extrémités de la scène, assez de projecteurs laser pour percer le plafond du Centre Bell.

Sans compter la pyrotechnie, les lance-flammes et les multiples explosions de confettis, chaque chanson était l’occasion de faire péter quelque chose. C’était un peu mucho, mais le plus remarquable dans tout ça était la présence de Shakira : malgré la surenchère d’artifices, impossible de quitter la musicienne des yeux, elle qui changeait de costume au besoin (son numéro de baladi pendant Whenever, Wherever au milieu du concert !), agrippait une guitare ou jouait du synthétiseur. Un charisme fou, le sourire franc en prime, du début à la fin, avec la déferlante de succès, La Tortura, Antologia, Waka Waka, puis Hips Don’t Lie et La Bicicleta (duo avec un autre Colombien, Carlos Vives).

Ainsi donc, Beyoncé et son mari ne s’arrêteront pas à Montréal pendant leur tournée nord-américaine ? Eh bien, au moins, nous aurons eu Shakira, et ce n’est pas un prix de consolation, tant s’en faut.

Si Beyoncé remporte en Amérique du Nord et en Europe la palme de l’attention médiatique, l’autorité de Shakira dans le monde pop latino est plus difficile à saisir autrement que par ces bêtes statistiques : après avoir considéré prendre sa retraite du show-business il y a trois ou quatre ans (elle a enregistré son premier disque à 13 ans, en a aujourd’hui 41), la musicienne a composé un duo avec une autre star colombienne, Maluma, intitulé Chantaje, puissamment interprétée hier soir. Le clip de cette chanson parue en novembre 2016 a aujourd’hui été visionné 2,2 milliards de fois. Celui de La Bicicleta, paru à quelques mois d’intervalle, a été vu 1,2 milliard de fois. Ses fans en redemandent. Souhaitons qu’elle ne remette pas huit ans avant de visiter ceux qu’elle a ici.