Concerts populaires de Montréal: Mathieu encore à la fête

Jean-Philippe Sylvestre, ici à l'occasion d'un événement pour souligner le 50e anniversaire d'André Mathieu.
Photo: Étienne Boucher Cazabon Jean-Philippe Sylvestre, ici à l'occasion d'un événement pour souligner le 50e anniversaire d'André Mathieu.

Les Concerts populaires, après avoir ouvert leur saison 2018 avec Louis Lavigueur et ses jeunes musiciens, accueillaient jeudi le concert de l’Orchestre Métropolitain, l’une des trois propositions classiques de cette année avant la venue, dans deux semaines, de l’Orchestre de la Francophonie, dirigé par Jean-Philippe Tremblay.

Tremblay dirigera la 5e Symphonie de Tchaïkovski. Nicolas Ellis avait choisi la 7e Symphonie de Beethoven et nous avions hâte de voir comment ce jeune chef prometteur allait affronter un tel défi. La première partie, elle, était décidément dans l’air du temps : celui du 50e anniversaire de la disparition d’André Mathieu. Nul ne peut plus se plaindre d’un manque de considération du compositeur québécois que le pianiste Jean-Michel Dubé s’en va d’ailleurs jouer dans quelques jours à Ottawa.

Quelle part de Mathieu ?

Jean-Philippe Sylvestre donnait hier le 4e Concerto pour piano enregistré par Alain Lefèvre en 2008 à Tucson. L’oeuvre de 1946-47 a été retrouvée par Alain Lefèvre, reconstituée et orchestrée en 2006 par Gilles Bellemare qui connaissait partiellement le sujet, puisque le 2e mouvement de ce concerto, son moment fort (et de très loin) fournit le substrat de la Rhapsodie romantique sur laquelle Bellemare avait travaillé antérieurement.

La question sera éternelle : dans ces fresques orchestrales avec piano, entend-on du Mathieu ou du Bellemare (ou, selon l’oeuvre, ses collègues, autres orchestrateurs et arrangeurs) ? Mathieu était un pianiste, compositeur de musiques pour piano, adepte de la forme concise et incapable de développements organisés. C’est pour cela que Jean-Michel Dubé s’en tient à la musique pour piano seul et, pour aller plus loin, la musique de chambre : il ne veut jouer que du Mathieu attribuable pleinement à André Mathieu !

Alors, un concerto de 40 minutes, est-ce vraiment crédible et réaliste ? Sans doute pas, mais on ne peut nier que c’est la forme symphonique et ces oeuvres pour piano et orchestre qui ont servi à toucher un large public à l’impressionner et à populariser Mathieu, fussent-elles pas tout à fait, voir pas vraiment, de Mathieu. Alors jouons le jeu et faisons semblant d’y croire, surtout que Jean-Philippe Sylvestre, grâce à la complicité établie avec l’Orchestre Métropolitain, avec lequel il a enregistré (pour ATMA) ce concerto il y a quelques semaines au Festival Classica, se permet une approche plus ludique qu’Alain Lefèvre. Il lui manque le poids sonore d’Alain Lefèvre, mais le côté plus détendu convainc au concert. Nous ferons le point plus précisément en comparant les disques. Nicolas Ellis, concentré sur la partition, apprenait les dures contraintes du métier, car la chose n’est pas facile à accompagner. Il s’en est bien tiré.

Beethoven juvénile

Le jeune chef s’est récompensé après la pause en dirigeant la 7e Symphonie de Beethoven. Dans l’enceinte du Centre Pierre-Charbonneau, il a disposé les violons I et II les uns à côté des autres et placé les violoncelles à droite avec les contrebasses. J’imagine que c’était pour clarifier la stéréophonie de la musique qui parvient amplifiée aux spectateurs. Car la 7e gagne beaucoup à l’opposition sur scène des violons I et II.

L’interprétation de Nicolas Ellis est tonique, dynamique. Il organise bien la pulsation de l’Allegretto (2e mouvement) et, de manière générale, met en place ses rythmes et l’architecture d’ensemble. C’est à l’intérieur de cette architecture que le fignolage se fera, avec un peu plus de douceur dans les interventions des bois (1er mouvement) un peu moins de raideur dans la scansion (2e). Après la danse, sa Septième apprendra le chant. Il a le temps pour cela,

Concerts populaires de Montréal

« Mathieu et Beethoven ». Mathieu : Concerto pour piano n° 4. Beethoven : Symphonie n° 7. Jean-Philippe Sylvestre (piano), Orchestre Métropolitain, Nicolas Ellis. Centre Pierre-Charbonneau, jeudi 5 juillet 2018.