Les couleurs de Bill Evans

Le quartet composé de François Bourassa (piano), Frank Lozano (saxophone ténor), Pierre Tanguay (batterie) et Michel Donato (contrebasse)
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le quartet composé de François Bourassa (piano), Frank Lozano (saxophone ténor), Pierre Tanguay (batterie) et Michel Donato (contrebasse)

Le Upstairs était rempli, dans la salle comme sur scène : c’est qu’un quartet de grosses pointures, ça comble l’espace. Quant à l’espace sonore, lui, il fut bellement occupé jeudi soir par tout ce que la musique de Bill Evans peut évoquer de couleurs.

Le quartet composé de François Bourassa (piano), Frank Lozano (saxophone ténor), Pierre Tanguay (batterie) et Michel Donato (contrebasse) lançait son deuxième disque tournant autour de l’oeuvre du légendaire pianiste américain mort en 1980. Le premier avait été très chaudement accueilli en 2011. Celui-ci (intitulé Re : Bill Evans et lancé sur étiquette Malasartes) mérite le même accueil : c’est tout bon — un constat qui s’étend à la livraison scénique entendue jeudi.

Frank Lozano l’a souligné dans une intervention : jouer du Bill Evans (ou jouer ce que Bill Evans a déjà joué, puisque plusieurs morceaux de l’album et du spectacle ont été écrits par d’autres), c’est plonger dans un répertoire qui touche au coeur de l’histoire du jazz, et qui compte une infinité de nuances.

L’approche du groupe implique certainement un grand respect pour celui qui demeure une référence absolue en matière de phrasé et de retenue. Mais elle implique aussi de se donner la liberté de jouer Evans comme ils le souhaitent. À chacun ses couleurs, en somme. Et celles du quartet, par la présence du saxophone notamment, avaient jeudi beaucoup d’éclat, de teintes vives et d’ombres discrètes.

Le répertoire ? Des classiques comme You Must Believe In Spring (marquée par un superbe crescendo opérant une transition entre l’introduction à la contrebasse solo et le relais pris par le piano de Bourassa), The Touch of Your Lips ou une fort inspirée Nardis. Des moins connues comme The Washington Twist, aussi. Lyriques ici, mordantes là, les interprétations ont été à la fois très fines et investies. Beaucoup de rondeur dans le son général (le trompettiste et bugliste Jim Lewis a collaboré sur quelques pièces), beaucoup de douceur, tempos plutôt relevés.

Ce projet n’est fait ni d’épate ni de pyrotechnie : plutôt sculpté dans le bon goût et le plaisir de jouer avec la palette de couleurs d’un géant du jazz.