Dans le cerveau en ébullition de Mark Guiliana

Guiliana est désormais considéré comme l’un des batteurs les plus influents et créatifs de la sphère jazz contemporaine.
Photo: Shervin Lainez Guiliana est désormais considéré comme l’un des batteurs les plus influents et créatifs de la sphère jazz contemporaine.

C'était en 2000, et Mark Guiliana avait 19 ans. Avec cinq autres étudiants en musique, il avait conduit de New York à Montréal pour venir au Festival international de jazz de Montréal, avec en poche juste assez d’argent pour deux billets. Dont l’un était pour voir le groupe avec qui il jouera dimanche.

En fait, rectifions un peu : il avait payé pour voir le populaire trio Medeski, Martin Wood, alors que l’affiche de dimanche se lit plutôt « Medeski, Martin and Guiliana ». Elle s’inscrit à la fois dans la première et la deuxième série Invitation de cette édition 2018 du FIJM — le pianiste et claviériste Medeski terminera en effet sa carte blanche en accueillant Guiliana, qui aura ensuite le même privilège pour deux soirs.

« Je trouve ça très significatif de pouvoir jouer avec John Medeski et [le batteur] Billy Martin, disait-il en entretien il y a quelques jours. Mais c’est encore plus spécial de jouer avec eux à Montréal, considérant ce séjour en 2000. Nous étions six à dormir dans la même chambre, et nous voulions surtout profiter des concerts gratuits. Mais j’avais pu me payer des billets pour aller voir le duo entre [le batteur] Max Roach et [le pianiste] Mal Waldron, puis MM W. »

Rappeler l’anecdote est une manière de mesurer le chemin parcouru pour Guiliana, désormais considéré comme l’un des batteurs les plus influents et créatifs de la sphère jazz contemporaine. Et bien au-delà, même : c’est lui qui officiait derrière David Bowie sur son dernier album, Blackstar. On l’a entendu avec le pianiste Brad Mehldau (Mehliana), la chanteuse soul Meshell Ndegeocello, le guitariste Lionel Loueke, et, et, et… La liste est longue.

La série Invitation

C’est aussi pourquoi cette série Invitation s’annonce intéressante : l’occasion, rare, d’entendre coup sur coup le jeu de Guiliana se déployer dans une variété de formats. « J’adore jouer dans différentes situations, dit-il. Mais le faire plusieurs soirs consécutifs, ça n’arrive jamais. Depuis dix ans, je multiplie les projets, mais c’est généralement un à la fois : je fais quelque chose pendant un an ou deux, puis je passe à autre chose. C’est excitant et épanouissant de pouvoir tout faire côte à côte comme ça. »

Selon Guiliana, ce sera un bon instantané de ce qui se passe dans son cerveau. « Parce que tous ces projets coexistent d’une manière très naturelle, sans que je cherche à tout catégoriser. »

Quelques mots sur chaque prestation ? Dans l’ordre.

Medeski, Martin and Guiliana. « Des trois concerts, c’est probablement le plus étonnant, et le plus ouvert », dit Mark Guiliana, qui n’a jamais joué en public avec les deux musiciens américains. Ils ont toutefois pu jammer ensemble il y a deux semaines en marge d’un camp musical. « Juste assez pour comprendre ce qui pouvait se passer entre nous trois », indique Guiliana.

« Ce sera une première, mais je ne le sens pas comme ça : je suis ami avec Billy, on se connaît très bien — j’adore son jeu, la variété de sons qu’il peut amener. Et je suis un fan de Medeski depuis longtemps. J’ai l’impression de les connaître déjà, d’une certaine façon. »

Mark Guiliana Beat Music avec Bigyuki. Guiliana sera ici davantage en terrain connu. Voilà près de dix ans qu’il développe ce projet Beat Music, qui se situe beaucoup plus dans le champ de l’électro que dans celui du jazz.

« C’est vraiment comme une famille, une communauté de musiciens, explique Guiliana. Le personnel a beaucoup changé au fil des ans, mais le groupe a toujours été composé de collaborateurs de longue date. La musique s’appuie sur des improvisations, mais il y a un certain cadre à partir duquel on bâtit — et qui reste profondément inspiré par la musique électronique. »

Si Guiliana avait présenté une mouture de Beat Music à Montréal en 2013, la formation sera cette fois complètement différente : on trouvera sur scène le claviériste Bigyuki, le bassiste Chris Morrissey et le chanteur Jeff Taylor — que Guiliana connaît depuis l’époque de son voyage à Montréal il y a 18 ans.

Mark Guiliana Jazz Quartet avec Gretchen Parlato. La dernière carte blanche ramène le quartet acoustique de Guiliana, déjà présent l’an dernier. Mais avec un ajout de taille cette fois : la chanteuse Gretchen Parlato, qui n’est plus venue à Montréal depuis 2011 — c’était dans la foulée de son excellent album The Lost and Found.

Dire que Guiliana connaît bien Parlato relève de l’euphémisme : ils sont mariés l’un à l’autre. « À mon sens, c’est vraiment une chanteuse-musicienne. C’est-à-dire que c’est une musicienne dont la voix est l’instrument, de la même façon que John Coltrane était un musicien dont l’instrument était le saxophone. Elle est toujours en contrôle et peut composer avec les différentes énergies de la musique — elle est vraiment en relation avec la musique. Et on ne sent jamais avec elle que c’est une chanteuse avec un groupe : non, elle est une membre du groupe, totalement. »

En spectacle au FIJM

  • Medeski, Martin and Guiliana : 1er juillet au Gesù à 18 h
  • Mark Guiliana Beat Music avec Bigyuki : 2 juillet au Gesù à 18 h
  • Mark Guiliana Jazz Quartet avec Gretchen Parlato : 3 juillet au Gesù à 18 h